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En fait, quel est le projet
explicite ou non quand nous voulons aider les personnes malades ou
stabilisées à émerger ? Est-ce de les rendre capables de satisfaire seules
le niveau exigeant de l'ordinaire - remplir les papiers, accompagner mille
choses extrêmement compliquées, sans être plus incompétentes que nous
tous. Ou bien est-ce qu'on veut tout simplement les rendre capables
d'arriver à manger seuls, à mettre un pied devant l'autre, éventuellement
de s'exprimer un peu sur le versant de la sexualité si ça les intéresse,
ou si on les autorise à le faire (...).
Médecine, chirurgie,
psychiatrie, il y a toujours un état antérieur, un extérieur à ce qui se
passe dans la relation clinique, un extérieur d'où émerge la personne et
où elle retournera. Y a-t-il une partie de responsabilité de ce monde
extérieur qui incomberait à ceux qui, à l'intérieur de nos institutions,
se trouvent être les soignants d'une personne à un moment donné ? C'est
toute la théorie et la démarche ouvertes depuis longtemps par le secteur
(...).
Reconnaître ce qui pourrait
sembler être une évidence, qu'il y a un extérieur, c'est admettre que la
vie du patient n'est pas réductible à ce qu'il en apparaît dans les
moments où il est en contact avec l'équipe des infirmiers ou des médecins.
Mais cela ouvre aussi une interrogation redoutable, souvent implicite,
posant problème sur le fond : est-ce que l'on devra assumer par la suite,
et à long terme éventuellement, la charge de protéger et d'accompagner la
vie du patient à l'extérieur sous prétexte qu'à un moment donné de sa
trajectoire, par le hasard des choses, il est venu rencontrer le service
de soins dans lequel on travaille (...). Mais, pour la psychiatrie, se
situer par rapport au devenir du malade apparaît moins évident. Pourquoi
est-ce qu'on veut mieux articuler le social et le médical ? Est-ce que
c'est pour mieux soigner une phase aiguë et sa retombée ? Est-ce pour
mieux rééduquer ou mieux éduquer une déficience ou un retard ? Est-ce que
c'est tout simplement parce que le malade relève d'un droit à être assisté
dans sa trajectoire de vie, jusqu'au bout, comme doit le faire la sécurité
sociale pour son ayant droit ou comme le fait l'armée avec un ancien
soldat ? L'exemple est significatif puisque le modèle « ancien combattant
» reste partiellement une base de référence pour l'appareillage des
handicaps (...).
Un
large questionnement
En France, en gros, quand on
est sorti d'une institution, son rôle est fini, elle ne vous connaît plus.
Or, la question que nous nous posons pour une meilleure articulation du
sanitaire et du social, au bénéfice d'une personne dont la vie et les
difficultés de toutes sortes ne seront pas éteintes miraculeusement le
jour de sa sortie, c'est de savoir s'il convient de continuer ce que je
pourrais appeler une prise en charge multi-institutionnelle globale, après
la sortie d'une institution spécialisée faisant partie de cette chaîne
globale ? (...).
Aujourd'hui que
souhaitons-nous pour ceux qui n'y arrivent pas bien tout seuls dans la vie
civile ordinaire ? Faut-il arrêter notre mission, exclusivement réalisée
par des professionnels, à la fin de la séquence de prise en charge par
prix de journée sociale et/ou médicale ? Faut-il accompagner, tout au long
de leur existence, quels que soient les âges de la vie, un grand nombre de
nos contemporains, et pas seulement les malades graves et les grands
incapables ? Accompagnement qui ne serait pas seulement le fait de la
famille et d'éventuels amis mais réalisé par des gens payés pour le faire,
dans le cadre d'une mission publique. Il y a là une question qui, à mon
avis, n'a jamais été clairement résolue et je ne sais d'ailleurs pas si on
peut la résoudre.
Autre question, autres
enjeux, devons-nous continuer à travailler au cas par cas ? Le modèle
dominant de l'assurance maladie, de l'aide médicale ou plus généralement
de l'aide sociale, ne connaît et ne nous désigne qu'une personne à la
fois, même si l'on peut avoir à travailler sur ses proches. Ce mode de
désignation, donc de délégation d'intervention sanitaire et sociale qui
nous est conférée, nous oblige au travail focalisé sur une seule personne,
dans le cadre d'un mode précis et limité de mandat et de financement.
Est-il possible de penser autrement cet état de choses ? Nous ne sommes
payés que pour prendre en charge la personne désignée, porteuse du
symptôme. Aucun d'entre nous n'a explicitement une mission de travail un
peu globale sur l'environnement de cette personne, bien qu'il soit facteur
de risque ou espace d'épanouissement potentiel. C'est là que se joue aussi
l'ouverture de la psychiatrie vers le social. Il y a des problèmes
techniques, notamment parce que les financements et les compétences du
sanitaire et du social sont extraordinairement séparés en France plus que
dans d'autres pays, mais indépendamment de cela, il y a une culture de
définition restrictive des missions qui nous sont confiées, ou des
missions que nous nous auto-confions. A quoi affecter la mission de la
psychiatrie publique ? Prise en charge à long terme de patients malades et
dont l'institution devient comme leur parentèle de substitution, pour
toujours. Soins discontinus et aide à des personnes insérées dans un
milieu de vie mais qui n'y arrivent pas toutes seules. Dans ces cas-là,
concrètement, notre temps de travail et nos institutions s'occupent
directement de patients désignés et admis dans nos dispositifs. Le débat
d'aujourd'hui, quasiment l'alternative dans certaines circonstances, c'est
de quitter le service direct aux patients pour s'occuper des gens qui
s'occupent des autres. C'est bien l'interpellation faite à la psychiatrie
quand les travailleurs sociaux, éducatifs, familiaux, frappent à la porte
en déclarant « on n'y arrive pas, venez nous donner un coup de main ». Et
nous connaissons bien souvent la réponse à ceux qui se manifestent encore
: « mais ce n'est pas de la psy ». Plus qu'avant, la mission nouvelle qui
se dessine, c'est d'aider les acteurs de première ligne qui, dans les
multiples facettes de la vie sociale, sont au contact direct de l'armée du
mal être et de ses symptômes. Est-ce que nous avons, comme responsables
institutionnels, le souci d'amener nos contemporains ordinaires à des
envies d'engagements de solidarité, au savoir-faire nécessaire pour que
leur bonne volonté puisse être efficace sans risquer d'être iatrogène ? En
clair, souhaitons-nous inventer et promouvoir des modes d'actions autres
que la panoplie médico-sociale et psychiatrique actuelle ? Modes d'actions
qui ne seraient pas conçus et mis en œuvre par des professionnels
seulement ?
Du strict point de vue
des besoins à moyen et long terme, dans le champ de la maladie mentale
chronique et du handicap, mieux articuler les services sanitaires et les
services sociaux est une nécessité incontournable, rendue encore plus
exigeante par les progrès des soins, de la réadaptation et une espérance
de vie offerte aux patients plus longue qu'autrefois. Une réunion comme
celle d'aujourd'hui y participe et les interrogations que se posent les
psychiatres publics et privés vont dans ce sens, même si des résistances
théoriques, techniques et organisationnelles demeurent. Mais je voudrais
terminer en insistant sur le fait que les enjeux d'un meilleur croisement
entre le champ de la psychiatrie et celui dit du médico-social, ne sont
pas seulement ceux de la réforme des institutions de soins aigus et de
longue durée. Il me semble encore que ceux qui, mieux que d'autres,
appuient leur parole sur du savoir psy, doivent se risquer à étudier plus
largement les modes de vie en évolution, prendre position sur les
propositions naissantes de transformation des rapports sociaux et de leur
réorganisation.
Antoine LAZARUS
Professeur à l'UER de
Bobigny
Editorial : DES ENJEUX CONSIDÉRABLESLa question de l'articulation entre le dispositif
médico-social et la psychiatrie contient un ensemble d'enjeux très
important pour les deux dispositifs.
Pour le premier, comment ne
pas perdre, ou retrouver dans les soins psychiatriques un soutien et un
enrichissement dont il ne peut se passer, et qui risquent de lui faire de
plus en plus cruellement défaut ?
Pour la psychiatrie, l'enjeu
est
plus vaste encore car éthique,
financier, structural et culturel. Il impose de relativiser la réussite du
projet thérapeutique au profit d'un projet éducatif et de vie de plus en
plus prépondérant. Il confronte aussi au cloisonnement qui devrait céder
la place à un continuum gradué au sein duquel la place du patient évolue.
Il est financier, car il oblige à la coordination harmonieuse entre des
financements d'origine différente à propos de la même personne. Structural
aussi, car l'évolution et la diversification de la psychiatrie ne pourront
s'effectuer
si la modernisation du
dispositif intra-hospitalier n'est pas aboutie. Or, celle-ci dépend aussi
de l'articulation du segment hospitalier avec un dispositif gradué
médico-social. Est-ce à la psychiatrie d'en être le promoteur, sur ses
propres deniers gagés ou non par ses moyens intra-hospitaliers, ou à
d'autres ? Mais dans le premier cas, comment la psychiatrie pourra-t-elle
financer ses autres missions qui s'amplifient ?
Enfin, la forme
donnée aux solutions possibles
de transformation, par l'externalisation, est aussi importante. Elle
implique, pour les patients qui en relèvent, le choix de la communauté et
de la proximité et pour les hôpitaux concernés, celui des besoins des
patients et non ceux des institutions.
S. Kannas
QUELS FINANCEMENTS POUR LES STRUCTURES MÉDICO-SOCIALESSi la recherche de l'articulation entre le
secteur sanitaire et le secteur social et médico-social se réduit à la
recherche de la restructuration immobilière de ces secteurs, et à la
course aux financements du sanitaire et du médico-social, on aura perdu
l'occasion de résoudre des problématiques et des difficultés qui
interpellent un champ plus ouvert qui s'appelle « La lutte contre les
exclusions ». En clair, c'est un enjeu de cohésion sociale de notre
pays.
Les partenaires sociaux et
les professionnels ont confisqué cette réflexion qui concerne pourtant
l'ensemble du corps social. Si l'on rétablit pour tous le débat autour de
la lutte contre les exclusions, et pour la part qui nous concerne, à
l'insertion sociale, on va élargir le champ des interventions sanitaires
et sociales, en termes de santé, telle que la définit l'Organisation
Mondiale de la Santé : c'est-à-dire un état de bien-être physique, mental
et social. Ainsi, on posera différemment la question du financement des
structures sanitaires, sociales et médico-sociales, et cela concernera
l'ensemble des pouvoirs publics de notre pays : Etat, collectivités
territoriales, système de protection sociale, etc.
Le
constat
Il est double : les besoins
sont en augmentation dans un champ de plus en plus ouvert sur la société ;
la complexité du système rend difficile d'y répondre.
* Le champ des compétences
est enchevêtré, voire intriqué entre l'Etat, les collectivités
territoriales et les organismes de protection sociale (CNAM, CNAV, CRAM,
MSA, etc.).
* Les statuts des structures
sanitaires et sociales sont divers : établissements publics de l'Etat, des
collectivités territoriales, établissements publics de santé,
établissements associatifs, établissements privés à but lucratif.
* Les modes de financement
sont divers et croisés : dotation globale de fonctionnement, tarification
à la journée, subventions, prêts, et relèvent de différentes institutions
telles que l'Etat, les collectivités territoriales, les organismes de
sécurité sociale, les associations, etc.
* Les instances de tutelle,
de contrôle et de tarification sont variées et indépendantes, et sont dans
des logiques contributives et contradictoires.
* Cette organisation crée des
flous et des chevauchements. Pour mieux articuler les interventions
sanitaires, sociales, et médico-sociales, que faut-il faire ?
La
clarification
Il faut inclure dans
le champ social et sanitaire, toutes les populations vulnérables, en
difficulté ou en risque : personnes âgées, malades mentaux, handicapés,
les exclus du social, l'enfance en danger, etc. Il est donc nécessaire
d'élaborer, dans un premier temps, une clarification de la place de tous,
sur la base d'un diagnostic territorial transversal : qui fait quoi, qui
travaille avec qui, comment peut-on faire ensemble ? Travail
institutionnel ou travail en réseau ?
Ce diagnostic territorial
doit pouvoir préciser par une observation, les demandes et les besoins des
populations les plus en difficulté ; les interventions sur le territoire
de chaque acteur du sanitaire, du social et du médico-social ; quel projet
partenarial et coordonné, partagé, peut être développé ; et enfin, quelles
actions sanitaires et sociales doit-on conduire. (avec ses objectifs, ses
moyens et son financement, son évaluation) ? Quelle part chaque
institution apportera à la mise en place de l'action ?
Les
outils
Les outils les plus
classiques restent les outils de « l'aménagement social du territoire »
(planification, programmation, schéma des équipements sanitaires et
sociaux) et la contractualisation (schémas des équipements sociaux et
médico-sociaux, contrat de plan régional et contrats d'objectifs et de
moyens). Cette démarche méthodologique liée au « développement social du
territoire » passe par une bonne connaissance préalable des besoins, par
un observatoire social local, et par une bonne documentation-communication
reposant sur la maîtrise de la législation et de la réglementation. Enfin,
ce processus « itératif » entre les pouvoirs publics et le territorial,
doit pouvoir compter, pour s'enrichir, sur « I'expérimentation » du
terrain.
Quels financements
Si les institutions et les
professionnels s'inscrivent dans une démarche visant à un projet partagé,
concerté et coordonné, ils pourront rechercher les financements croisés
qui s'additionneront pour produire de l'action individuelle et
collective.
Michel MASSAT
Directeur de l'Action
Sociale du département des Yvelines
ÉVOLUTION DE LA PRISE EN CHARGE DES HANDICAPÉSL'auteur retrace le processus qui, depuis le début du
siècle, conduit à une mise en place de dispositifs de mieux en mieux
adaptés aux besoins des handicapés.
Il insiste en particulier sur
les mesures et initiatives prises depuis une vingtaine d'années et qui
dessinent aujourd'hui quelques orientations fondamentales :
1/ l'intégration optimum à tous
les âges de la vie, depuis la crèche jusqu'à l'emploi et la vie sociale,
en passant par l'intégration scolaire,
2/ la création d'institutions
spécialisées lorsque l'intégration n'est pas possible, mais on demande à
ces institutions une normalisation des objectifs et des prestations de
manière à ne pas reproduire la ségrégation,
3/ le renforcement des échanges
entre le milieu des institutions spécialisées et le monde normal
d'éducation, de formation, d'habitat et de travail,
4/ le développement
d'alternatives aux institutions, c'est-à-dire l'accompagnement de
processus d'intégration partiels ou semi-protégés,
5/ l'accroissement des droits
des usagers : il s'agit d'accentuer les droits des personnes handicapées
dans leur choix de vie et leur choix des prestations financées par la
collectivité. Cette cinquième orientation est importante car elle devrait,
logiquement, encourager la multiplication des services aux personnes
plutôt que les institutions traditionnelles. Il note particulièrement les
orientations des textes qui préparent à la révision de la Loi du 30 juin
1975 sur les institutions sociales et médico-sociales :
- des droits des usagers et de
leur entourage (remise d'un livret d'accueil avec une charte de la
personne accueillie et un règlement de fonctionnement, le recours possible
à un médiateur...),
- des modalités d'organisation
et d'évaluation des interventions sociales davantage axées sur le «
sur-mesure que sur le tout-institutionnel »,
- des coopérations et des
synergies entre les établissements médico-sociaux d'une part, et, entre
ces derniers et les établissements de santé, d'autre part.
Ce dernier point intéresse
particulièrement la réflexion sur l'articulation entre le sanitaire et le
médico-social. Et l'auteur souligne le rôle du secteur médico-social, rôle
important d'alternatives aux réponses en santé mentale. Il note :
* En foyer d'hébergement, en
foyer de vie, en FDT, plus d'un résident sur sept est affecté de troubles
graves de la personnalité ou d'un handicap par la maladie mentale ; c'est
le cas pour 20 à 25 % des employés handicapés des centres d'aide par le
travail.
* Des coopérations entre le
sanitaire et le médico-social, malgré des cultures et des approches
différentes se sont, avec des difficultés certaines, instaurées.
Gérard ZRIBI Directeur Général
AFASER
UN PARTENARIAT CHS CHARLES PERRENS (BORDEAUX)ET UNE ADAPEIUn GIP associe le Centre Hospitalier Charles Perrens
et l'ADAPEI Gironde dans la prise en charge et l'accompagnement d'adultes
autistes gravement handicapés.
L'objectif général est de
proposer une articulation entre un cadre de vie avec possibilité
d'accompagnement pour les soins, l'autonomie, l'insertion sociale et un
lieu de soins à temps complet, en service psychiatrique, réservé à des
périodes de décompensation et de crise.
L'organisation projetée garantit
une forte implication des partenaires et une parfaite maîtrise des
transferts des personnes entre le lieu de vie et le lieu de crise.
Les
buts poursuivis
* Assurer une prise en charge et
un accompagnement de la personne autiste et gravement handicapée de la
manière la plus adaptée et la plus efficace, dans un environnement
correspondant précisément à ses besoins.
* Participer à la maîtrise des
dépenses de santé en évitant les hospitalisations inadéquates.
* Conserver la maîtrise du
transfert des personnes entre le lieu de soins et le lieu de vie à
l'extérieur et réciproquement.
* Prendre en compte la dimension
associative du projet en intégrant la personne handicapée dans son
environnement familial et parental, tout en renforçant la composante
soignante, afin de contribuer à son maintien dans le lieu de vie.
La
population concernée
D'une part, 38 patients
présentant une pathologie déficitaire (catégorie F 84 de la CIM 10 et 17
dans les catégories F72 à F79) âge moyen : 32 ans et 42 ans. D'autre part
: 25 adolescents et jeunes adultes : âge moyen : 16 ans.
Le
schéma d'organisation sanitaire
Le projet ne comporte pas de
création de lits ou de places et est conforme au schéma des personnes
adultes handicapées de la Gironde qui demande, « d'adapter, améliorer et
développer les réponses alternatives au maintien en milieu ordinaire de
vie » ainsi que de « coordonner les interventions et travailler en réseau
».
« La globalité et la continuité
des interventions au profit de la personne handicapée sera assurée par la
mise en place d'un dispositif de travail en réseau dans lequel des
établissements et services devront s'inscrire et une mise en
complémentarité des équipements, tant sanitaires que médico-sociaux, sur
un même secteur géographique ».
Renforcement du personnel para-médical dans le lieu de vie
Ce choix doit faciliter le
maintien des personnes gravement handicapées dans le lieu de vie et éviter
la suroccupation de l'unité de crise.
Le personnel médical :
deux postes :1 psychiatre mi-temps sur
le lieu de crise mais avec engagement de poursuivre la prise en charge sur
le lieu de vie ; 1 généraliste mi-temps affecté au lieu de vie.
Les autres
personnels
1) Intervenants communs
au lieu de vie et au lieu de crise :
Ils sont affectés principalement
sur le lieu de vie : un mi-temps d'assistant social, un mi-temps de
psychologue clinicien, un psychomotricien, un ergothérapeute.
Soit trois postes en équivalent
temps plein.
2) Effectif nécessaire
pour le lieu de crise : ce sont les
effectifs habituels d'une unité de soins de ce type qui comprennent un
cadre infirmier, 10 infirmiers, 5 aides-soignants, 4 agents de service
hospitalier.
Soit en tout 20
personnes.
3) Les effectifs
nécessaires pour le lieu de vie sont les suivants :
- Direction Administration : un
directeur, un directeur-adjoint, une secrétaire de direction, 0,5 employée
de bureau (selon statut convention collective ADAPEI).
- Services généraux : 8 agents
de service intérieur ou ASH. Cet effectif ne comprend pas de personnel
pour les services logistiques : restauration, blanchisserie, entretien des
bâtiments et des matériels feront l'objet de prestations extérieures
chiffrées dans le budget de fonctionnement.
- Personnel de contact :
Le jour : 38,5 personnes (10 infirmiers, 9 aides
médico-psychologiques, 9 aides- soignants, 10,5 moniteurs-éducateurs).
La nuit : 4,5 veilleurs de nuit (statut convention collective
ADAPEI).
- Personnel de remplacement
non-permanent : 2,5 personnes pour les veilleurs de nuit, 1,8 pour le
personnel de jour soit 4,3 postes en équivalent plein temps.
Bernard
Deixonne *
Directeur des services
financiers, CHS Charles Perrens
Chantal Savin *
Directrice de la Stratégie, CHS
Charles Perrens
Christian
Tabiasco *
Ancien Directeur ADAPEI,
Gironde
DES SOINS GÉNÉRAUX AUX STRUCTURES MÉDICO-SOCIALES
Le
projet de réforme
Les ordonnances de 1996 visent à
permettre l'évolution et la modernisation de l'hôpital confortant sur ce
point la Loi du 31 juillet 1991. Elles permettent aussi une ouverture vers
le médico-social par le biais de l'Article 51 de l'Ordonnance du 24 avril
1996, rompant ainsi avec la logique, qui avait présidé depuis 1975, de
séparation du social et du sanitaire.
Le projet de réforme de
la Loi du 30 juin 1975 nous propose l'hypothèse suivante : le secteur
médico-social sera progressivement géré comme le secteur sanitaire. Le
système de dotation globale, d'agence régionale, de schéma opposable, et
les valeurs repères proposées par la loi que sont la contractualisation de
la prise en charge, les droits de l'usager, l'instauration d'une
référence, à la qualité, et sans doute à une forme d'accréditation, nous
obligent à regarder simultanément ces deux mondes qui ont longtemps été
opposés : la maladie et le handicap, le soin et le prendre soin (« cure »
et « care »), l'éducatif et le médical, les lieux de vie et les lieux de
soins, l'usager sujet et acteur de sa vie ou objet de soins. C'est la
notion de service rendu à l'usager pris dans sa globalité qui devient
élément fondamental.
L'usager au centre du projet
Il est le destinataire des
diverses prises en charge ; il l'est en tant que citoyen, même s'il est
handicapé, il doit bénéficier d'un projet de vie s'appuyant sur la
multiplicité des points de vue réunis en une synthèse. Cette approche dans
un centre hospitalier oblige à un recentrage des agents sur leurs
pratiques professionnelles et leurs compétences : les infirmiers sur la
dimension globale des soins, les éducateurs sur les aspects du
prendre soin, cadre de vie, activité, environnement,
socialisation.
L'hôpital en projet
L'activité de l'hôpital est
organisée autour du médecin, des actes médicaux, des pathologies des
patients et de l'idée de guérison. Les structures médico-sociales abordent
la prise en charge des personnes handicapées de façon plus horizontale, le
regard de chaque intervenant (médical, éducatif, rééducation) est une
contribution, non hiérarchisée qualitativement à la prise en charge et au
bien-être des usagers, pour leur permettre de développer un projet de vie.
L'hôpital peut évoluer vers le
médico-social quand la prise en charge du patient le justifie : seules
peuvent être à vaincre, dans un premier temps, les résistances médicales.
Mais le parcours est difficile : il faut intégrer une nouvelle culture et
gérer de façon volontariste le social, ce qui entraîne une réorganisation
interne, le redéploiement d'agents et leurs requalification
professionnelle à combiner avec le recrutement des personnels
médico-sociaux qualifiés, directeurs d'établissements sociaux, et cadres
socio-éducatifs notamment.
Il est donc crucial
d'opérer ce changement culturel important sans risquer de conflit ou
d'opposition entre un secteur sanitaire prédominant et un secteur social
émergent. Il peut donc être décidé de créer des « binômes
soignant-éducatif » lorsque les éducatifs sont nouvellement recrutés ou en
formation.
Mais les structures
médico-sociales, même les plus médicalisées d'entre elles, auront toujours
besoin de l'hôpital, de son plateau technique, du savoir-faire, des actes
et des gestes de la médecine aiguë ou de crise pour les résidants qu'elles
accueillent, ceux-ci étant plus fragiles que la population dite
normale.
Une
synergie entre le sanitaire et le médico-social
Le secteur sanitaire d'un
établissement pour lequel les nouvelles dispositions juridiques prévoient
une prise en compte sans précédent de l'usager, s'enrichit fortement des
dispositions et solutions mises en place dans les structures pour adultes
handicapés, le patient redevenant une personne prise en charge
individuellement dans une « médecine globale ».
La démarche qualité entreprise,
centrée sur le patient ou le résident, dans le cadre de processus
transversaux, intègre les réflexions développées par l'émergence du
secteur « handicap », et constitue un élément fort du management
participatif nécessaire à la mise en œuvre du projet d'établissement.
Enfin, elle s'inscrit dans la procédure d'accréditation.
Marie-Paule
MORIN *
Directrice du Centre Hospitalier
de Beaumont-sur-Oise
Michel ROUX *
Directeur-Adjoint du Comité
d'Etude et Soins polyhandicapés (CESAP)
COMMENT ORGANISER LA FILIERE DE SOINS POUR RÉSOUDRE LES INADÉQUATIONS
?Le temps est venu que la
psychiatrie admette de n'être plus considérée comme la réponse unique aux
pathologies mentales. Ce qui suppose de nouvelles façons de concevoir les
alternatives à l'hospitalisation. En fait, l'idée d'une articulation avec
les institutions sociales et médico-sociales n'est rien d'autre qu'une
démarche de réseau. S'interroger sur la chronicité, ce n'est pas délaisser
les chroniques !
L'exposé de l'auteur
s'interroge en effet sur la notion de chronicité en psychiatrie, à travers
l'histoire de l'assistance apportée aux aliénés en France au cours du
XIXe siècle, jusqu'aux conceptions des psychiatres de la
libération qui déboucheront sur la sectorisation - et sur son échec
partiel. Cet échec naît d'une contradiction entre la rupture radicale avec
l'option ségrégative en vue d'intervenir « dans la cité » et l'absence de
modification profonde des concepts restant axés sur la maladie mentale, à
travers ses institutions intactes. C'est ainsi que si le secteur
représentait « le déploiement en acte de la spécificité de la psychiatrie
», l'organisation de la psychiatrie démeurait, au milieu des années 80,
essentiellement hospitalière.
Aujourd'hui, le débat
dépasse la psychiatrie du CHS/ la psychiatrie du CHG, se poursuit par
celui de l'articulation et de la répartition des champs d'activité du
sanitaire et du médico- social. Il est temps de passer des oppositions
idéologiques à la considération des réalités ; donc de cesser de vouloir
concilier l'inconciliable pour tenter des réponses opératoires.
Propositions de réponses
Les patients
hospitalisés qui ne relèvent plus de l'hospitalisation relèvent de 4
cadres nosographiques :
- les psychoses chroniques
stabilisées et de nouvelles pathologies (états-limites, etc.) demeurant
dépendantes de l'institution et en attente d'une alternative,
- les personnes âgées
détériorées psychiquement et physiquement en attente d'un service de long
séjour,
- les psychoses infantiles et
les arriérations parvenues à l'âge adulte, en transfert ancien des
services de pédo-psychiatrie,
- les polyhandicapés et adultes
jeunes dépendants (atteinte neurologique et désocialisation).
Pour tous ces patients,
la prise en compte de l'autonomie versus la dépendance auxquelles
concourent la dimension psychopathologique et Ies circuits en place doit
permettre de dégager des points communs aux soins et au médico-social,
sans exclusion.
Certains établissements
ont spécifié leurs unités : pavillon d'admission ; de suite ; de
réinsertion ; d'autres ont maintenu des unités non spécifiées où se
côtoient tous les types de pathologies... La situation représente un
moment historique où les hôpitaux sont marqués par le regroupement à
certaines périodes de certains types de patients ou de pathologies.
Aujourd'hui le recrutement cesse pour les polyhandicapés, diminue pour les
psychoses infantiles, se poursuit pour les psychoses chroniques.
En règle générale, la
situation est figée.
Une
démarche intersectorielle
Prendre en compte la
chronicité, c'est vouloir résoudre l'insuffisance des moyens extérieurs
aux établissements - donc créer des outils. La notion de secteur est ici
peu pertinente du fait de la rupture avec la communauté. La première étape
passe par une requalification des unités de court séjour, une
spécification d'unités par la mise en commun de moyens et de compétences.
Les patients sont regroupés selon leur situation clinique et leur état de
dépendance sur la base d'un projet thérapeutique individuel.
A- Les
psychotiques stabilisés
Cette population
comporte plusieurs sous-groupes de patients à potentialités différentes.
Une évaluation clinique doit pour chaque cas trouver la réponse adaptée
(proximité, site hospitalier, hébergements divers, appartements
thérapeutiques, etc.) ces derniers sur une base intersectorielle
articulant les démarches intra-hospitalières des unités de préparation à
la sortie (U.P.S.) avec les structures alternatives. Il s'agit de proposer
un réseau articulé, souple et gradué de réponses.
B - Les
psychoses infantiles et les arriérés adultes
Dans les cas où ils ne
peuvent être accueillis en structure médico-sociale, ils nécessitent des
unités associant projet éducatif et soutien soignant. Ces unités
développent un réseau avec l'ensemble des structures médico- sociales de
la zone d'attraction. Elles pourront constituer un département organisant
une unité de court séjour pour bilan, diagnostic, orientation et
traitement séquentiel.
C - Les
polyhandicapés
On estime le nombre des
adultes polyhandicapés en France entre 30 000 et 40 000. Il s'agit là de
polyhandicapés associant déficiences motrice et mentale avec restriction
extrême de l'autonomie. Ces patients nécessitent des unités capables
d'offrir un nursing prévalent et divers modèles d'interventions.
Des
principes
La mise en place de ces
unités passe par une reconnaissance de leur existence et par le
développement de nouvelles compétences. Chaque unité doit être placée sous
la responsabilité d'un médecin et d'un cadre infirmier qui assurent les
nouvelles missions et leurs objectifs.
Il s'agit d'apporter
une réponse au cas par cas et non générale, et de raisonner, en termes
d'insertion, pour des malades à évolution lente. Les nouvelles compétences
peuvent être acquises par la formation continue des professionnels et le
recrutement de certains secteurs du sanitaire et du médico-social. A
mesure de l'évolution de la population prise en charge, les unités se
transformeront en vue de nouvelles missions sanitaires ou médico-
sociales.
La
démarche de base est celle du réseau entre le sanitaire et le
médico-social
La délimitation
entre le sanitaire prépondérant et le médico-social prépondérant s'appuie
essentiellement sur des arguments techniques.
Si le registre
de réponses est à dominante médico-sociale pour les psychoses infantiles,
l'arriération et le polyhandicap, les psychoses chroniques relèvent de
réponses sanitaires prépondérantes.
Gérard MASSÉ
Responsable de la MNASM - CH
Sainte-Anne
LES RÉSISTANCES RESPECTIVES DU SANITAIRE ET DU MÉDICO-SOCIALAu cours des dernières années, un nombre croissant de
patients a basculé vers les structures sociales et médico-sociales. Le
mouvement inquiète la psychiatrie et le secteur social. Dans un contexte
économique difficile « la peine à vivre » (H. Arendt) déborde les
catégories des pathologies ou des formes de la précarisation, et le flou
des concepts entraîne un désarroi devant « l'inefficacité des différents
outils techniques et sociaux ».
AUJOURDH'Ul (1998) 500 000
personnes cumulent précarité sociale et précarité médicale (CREDES). 12 à
15 millions d'individus souffrent en France de « souffrance mentale »
s'ajoutant à la précarisation. S'il ne saurait être question de
psychiatrie, mais de souffrance existentielle, il faut pouvoir répondre à
la détresse et aux dégradations. D'où la nécessité de favoriser la
combinaison des interventions des travailleurs sociaux et des équipes
psychiatriques.
LA NÉCESSITÉ est de trouver des
modes de collaboration qui tiennent compte, par delà les logiques propres
des dispositifs psychiatriques, sociaux et médico-sociaux, de la réalité
complexe et instable des personnes en difficulté.
Faire accepter aux
professionnels les changements nécessaires implique des modifications dans
l'organisation du travail et dans les identités de chacun. L'auteur
insiste sur les différences culturelles enracinées des professions
éducatives et soignantes.
Les
professions sociales et éducatives
Le champ d'intervention des
éducateurs spécialisés, est aujourd'hui très large : nés dans le secteur
de l'enfance inadaptée, ils sont sollicités en milieu scolaire, en
psychiatrie ; ils s'occupent d'adultes, d'handicapés, de RMIstes, de
personnes âgées. A l'intérieur même du champ, les projets individualisés
et institutionnels s'inscrivent dans les trois dimensions : éducative,
pédagogique, thérapeutique, ce qui justifie des équipes
pluridisciplinaires, au sein desquelles chacun des actes n'est pas la
propriété exclusive des uns ou des autres : « trois actes pour trois
acteurs, mais aussi trois actes pour un même acteur ».
Les
infirmiers en santé mentale
Depuis l'arrêté de 1998, leur
diplôme est validé non seulement pour les établissements de santé mais
pour les institutions sociales et médico-sociales. Mais quel intérêt
ont-ils à passer du premier secteur à l'autre ?
Les infirmiers éprouvent un
malaise qui touche à leur travail et à leur identité. Certains
revendiquent un « rôle propre », une « science infirmière », « un
diagnostic infirmier », comme affirmation d'un contre-pouvoir vis-à-vis de
références distinctes : psychanalyse, biologie, sociologie...
D'autres se réfugient dans l'action au quotidien
Pour ajouter au trouble, il y a
eu la question de la reconnaissance du diplôme des infirmiers du secteur
psychiatrique qui s'est soldée par l'acquisition du titre d'infirmier de
soins généraux, qui ne mettra sans doute pas fin à la bipolarisation des
identités professionnelles, entre techniciens du soin et des infirmiers
qui se sentent proches (hors hôpital) des travailleurs sociaux. Cette
antinomie entre le pôle relationnel et le pôle instrumental, qui recoupe
largement la distinction entre travail en milieu hospitalier et
extrahospitalier est illustrée par une enquête d'A. Pidolle qui révèle que
39 % des infirmiers du secteur psychiatrique s'estiment proches des
éducateurs, contre 26 % qui se sentent proches des infirmiers de médecine
générale.
De surcroît, l'évolution du
travail infirmier doit être mise en perspective avec l'intervention de
nouveaux professionnels à l'heure du redéploiement des moyens en
personnel, alors que l'inflation passée des effectifs a surtout profité -
en pourcentage - aux psychologues, aux assistants de service social et au
personnel éducatif. Avec le diplôme unique, le choix d'une intégration
complète au champ médical a le mérite de la clarté. Il participe d'une
médicalisation de la psychiatrie dans le contexte des courants organisés
et de la psychiatrie biologique et il éloigne les infirmiers de la
psychiatrie sociale.
Comment articuler ?
« La seule façon de
tenter de surmonter les résistances des deux bords est d'impulser une
réflexion sur les statuts, mais aussi sur les qualifications et sur les
compétences. Inévitablement, cela suppose de repenser les formations, à la
fois en termes d'adaptation à l'emploi et en opérant une projection sur
les besoins à venir ».
Marcel JAEGER Directeur de
l'Ecole d'Educateurs Spécialisés de BUC
UN CHOIX ENTRE STRUCTURES ET BESOINSLes services d'hospitalisation des hôpitaux
psychiatriques et des services de psychiatrie des hôpitaux généraux
conservent, depuis parfois plusieurs années, des patients régressés,
autistes, polyhandicapés, déments et arriérés profonds, dont la présence
dans des structures d'hospitalisation de soins aigus, ne se justifie pas.
Leur maintien dans ces services s'explique par le déficit criant en
structures médico-sociales de type maison d'accueil spécialisée (MAS) ou
foyer à double tarification (FDT). Or, les hôpitaux psychiatriques sont
confrontés depuis plus de 20 ans à une baisse régulière de leur activité
hospitalière : un transfert des patients régressés vers les structures
médico-sociales peut accélérer cette baisse d'activité et la question peut
se poser de l'existence de ces hôpitaux. La question se pose donc du choix
des priorités entre structures de soins et besoins de santé et de prise en
charge de cette population.
Comment créer des
structures médico-sociales ? Sur quel
site et qui gère ? Voilà la double question qui se pose.
Sur
quel site ?
La plupart des structures
médico-sociales créées à l'initiative des établissements psychiatriques
l'ont été - avec l'accord des pouvoirs publics - sur le site de
l'hôpital.
L'auteur voit là une erreur pour
trois raisons :
- la stigmatisation de la folie
et de la maladie mentale est fortement ancrée dans ces hôpitaux, conçus au
début du XIXe siècle et réalisés jusqu'au milieu du
XXe siècle. La maison d'accueil spécialisée ou le foyer à
double tarification, installé dans l'enceinte de l'hôpital - avec ou sans
entrée particulière - conservera cette stigmatisation,
- l'histoire et la culture
asilaires, propres à ces établissements, risquent d'influencer
l'organisation et surtout le projet de prise en charge des patients dans
cette nouvelle structure. Avant tout lieu de vie, la maison d'accueil
spécialisée est fondamentalement différente d'un service
hospitalier,
- en implantant la structure
médico-sociale dans l'hôpital psychiatrique, au détriment de la prise en
charge des patients, ses promoteurs choisissent délibérément d'accorder la
priorité à la structure d'hospitalisation psychiatrique. Rien n'interdit
en effet une implantation sur un autre site, pas même des considérations
budgétaires ou financières, et quel que soit par ailleurs l'organisme
gestionnaire.
L'auteur y voit aussi une
volonté de conserver une clientèle issue de l'hôpital afin d'assurer la
pérennité de l'institution et constate que le but est atteint, puisque
notre pays conserve aujourd'hui la totalité de ses grands hôpitaux
psychiatriques, mais qu'en 2003 la Grande-Bretagne aura fermé la totalité
des 130 grands asiles victoriens.
Qui
gère ?
L'Etablissement Public de Santé
(EPS) peut gérer la structure médico-sociale, mais il est préférable,
estime l'auteur, de confier cette gestion à un organisme dont c'est le
métier.
Les structures
médico-sociales et le secteur. Les
objectifs fondamentaux du texte fondateur du secteur (1960) sont en
relation directe avec l'implantation des structures médico-sociales.
L'auteur les rappelle :
Le premier concerne le
développement d'actions précoces, permettant d'éviter l'émergence et la
persistance d'affections mentaIes, par la prévention, les soins
ambulatoires et une hospitalisation recentrée sur sa vocation
thérapeutique, et la participation à une meilleure insertion sociale des
malades mentaux.
Le second porte sur la proximité
des services au plus près de la population, de manière à faciliter l'accès
aux soins, à permettre des soins plus précoces, un suivi ambulatoire et un
maintien des patients dans leur milieu social et familial naturels.
Le troisième objectif, enfin,
porte sur la coordination entre les acteurs de santé et les autres
intervenants de la communauté dans le champ de la santé mentale.
La gestion, par les hôpitaux
psychiatriques, de structures médico-sociales implantées sur le site même
de ces établissements, est aux antipodes de la politique de santé mentale
qu'il faut conduire. La période actuelle est pauvre en débats d'idées et
en réflexion philosophique sur la psychiatrie à penser et à réaliser. Le
discours est trop polarisé sur le maintien des moyens, la sécurité et la
conservation de l'hôpital psychiatrique.
Patrick MORDELET
Directeur de l'Hôpital de
Maison-Blanche
UN CAT : ÉCUEILS ET DIFFICULTÉSLe CAT en question est d'une capacité de 100
places et a été créé en 1983. Le budget du CAT est de 6,8 MF ; le budget
du foyer d'hébergement de 5,8 MF et le chiffre d'affaires de 6,9
MF.
Deux
diffcultés
1. La
fongibilité des enveloppes : comme la
création du CAT provient de réductions de capacités et de crédits de la
psychiatrie, il s'agit de basculer les crédits du secteur sanitaire vers
les crédits du budget de l'Etat. La première enveloppe est gérée par l'ARH
; la seconde par la DRASS et la DDASS. Il s'agit donc de délégations de
crédits spécifiques. Budgétairement, il s'agit d'un transfert de crédits :
quel est le bien-fondé de l'opération, compte tenu de ces mécanismes
complexes ? Par ailleurs, l'encadrement des crédits fait du CAT - section
sociale - une structure très normalisée.
2. Les
qualifications
Le CAT, géré par l'ASM,
est composé de 17,7 postes ETP, dont la majorité (14,7) sont des moniteurs
qui encadrent les travailleurs handicapés.
Un des enjeux de cet
aspect du problème est la gestion prévisionnelle des emplois et des
compétences.
En effet, faut-il
privilégier, dans ce cas, la présence au sein des ateliers d'infirmiers
ayant une compétence technique (qu'il faut parfois leur donner), ou faire
appel à des professionnels que l'on sensibilise à la maladie mentale
?
Le premier cas de
figure pourrait paraître le plus séduisant, mais se pose alors la question
du coût salarial, qu'il n'est pas toujours possible de financer, compte
tenu du coût à la place limitatif. En tout état de cause, il appartient à
l'établissement qui élabore le projet d'arrêter le plus rapidement
possible une stratégie afin d'anticiper au mieux les besoins en
recrutement en profitant des départs naturels.
Le
choix des activités
On ne peut se contenter
de l'occupationnel. Ici, on a opté pour des ateliers à « marché captif »
(garage, blanchisserie) ou d'autres intégrés dans le marché économique
(menuiserie, ferronnerie, etc.). Tous ces ateliers dégagent des marges
pour la rémunération des handicapés (10 à 15% du SMIG).
Pour terminer son
intervention, l'auteur souligne un dernier point qui lui paraît
fondamental, à savoir : éviter qu'une structure telle que le CAT développe
sa propre logique d'établissement et se démarque de son objectif
initial.
En effet, dès lors
qu'il se situe dans le cadre d'une création à partir des unités de
psychiatrie, le CAT devra se positionner en conséquence. Or, la logique
économique s'imposant, les choix de recrutement de travailleurs handicapés
se portent tout naturellement vers les plus productifs et les mieux
intégrables professionnellement. Il faudra donc veiller à organiser, de
façon permanente, des liaisons entre les secteurs de psychiatrie et le
CAT, de façon à obtenir une décision collégiale d'intégration ou pas du
travailleur handicapé, qui ne soit mal perçue par l'une ou l'autre des
parties. Ce point est, à son sens, une des clés importantes de la réussite
et de la pérennisation du projet.
Patrick RODRIGUEZ
Directeur Général de
l'Association Audoise Sociale et Médicale de Limoux
PENSER LA CRÉATION DES MAS ET DES FDTIl s'agit, lors de l'écriture d'un projet d'une MAS et
d'un FDT d'arrêter les principes qui vont définir les conditions de vie
des futurs résidents et de faire en sorte que ceux-ci ne deviennent pas
les otages d'une institution qui peut être elle-même la victime de sa
propre culture. C'est un travail sur les principes que l'auteur mène
depuis 16 ans avec ses collègues des autres CREAI (Centre Régional pour
l'Enfance et l'Adolescence Inadaptée), et les 474 établissements (MAS et
FDT) de France (Publics et privés).
Le but est d'assister un
promoteur dans l'élaboration de son projet d'établissement ou de donner un
avis au CROSS sur la pertinence d'un tel projet.
Le travail s'opère au sein de
séminaires (une semaine) et porte sur l'examen de toute une série d'études
:
- l'étude de la demande et des
besoins,
- l'étude de la population et
ses caractéristiques,
- son degré d'indépendance,
(régie directe, convention associative),
- la taille de la structure
(40/50 grand maximum),
- l'implantation géographique et
son environnement,
- les choix architecturaux
(espaces dédiés, choix des matériaux),
- la composition du plateau
technique avec des qualifications et des compétences en nombre suffisant
et suffisamment diversifié,
- le fonctionnement social et
organisationnel de l'établissement (les réunions, les horaires, la
composition des groupes),
- la place du soin, la place des
familles, la place du psychiatre, la place des bénévoles,...
Ces études permettent de fixer
les difficultés opératoires qui seront rencontrées :
- des horaires relativement
figés où l'on ne repère plus les saisons,
- l'heure de distribution des
médicaments (surtout le soir),
- les heures du dîner et du
coucher,
- la durée et l'organisation des
toilettes le matin,
- le choix des ateliers et leur
mode de fonctionnement,
- les activités proposées (ou
possibles),
- la nature des repas et de la
nourriture (mixés, ...),
- le cadre de vie de jour comme
de nuit,
- les zones de déambulation
(avec le système de clés, et le niveau d'enfermement),
- les sorties à l'extérieur
(s'il y en a encore) et les vacances, si le mot peut encore signifier
quelque chose,
- et enfin, le vocabulaire et le
ton utilisés pour s'adresser aux résidents (les diminutifs), les mots pour
désigner les personnes « les malades », « les patients », « les
grabataires », « les poly », « les psy », « les CRETON »...,
- et parfois la tenue
vestimentaire des professionnels,
- sans parler du cloisonnement
entre les unités de vie et de la juxtaposition des interventions (travail
d'équipe... ).
Les difficultés témoignent de la
culture dominante en cause, ce qui donne la mesure du travail en réseau
qu'il reste à accomplir à ce stade, et précise la nécessité des formations
afin d'organiser une approche pluridisciplinaire.
Pour
sortir de la segmentation du secteur
La marche désormais
commencée de l'articulation du sanitaire et du social, du sanitaire et du
médico-social, et du médico-social et du social, suppose donc un travail
en réseau qui débouche sur une plus grande perméabilité des structures :
AP, CAT, Foyers, FDT, MAS, CHS... si on veut arriver :
- à apporter des réponses
de proximité qui puissent être territorialisées,
- à créer des
établissements qui soient de véritables plates-formes multiservices où
l'on va de la gestion du maintien à domicile à l'accueil de jour,
proposant de l'accueil temporaire et permanent, de l'accueil familial,
etc.,
- à créer des
établissements qui soient de véritables centres ressources pour les
personnes handicapées et leurs familles.
René CLOUET
Directeur CREAI
Pays-de-Loire
ENQUETE DE LA MNASM AUPRES DES CENTRES HOSPITALIERS L'enquête se présente sous la forme d'un questionnaire
transmis en février 1999, à 330 établissements (130 CHS -160 CHG - 36
MAS-FDT), afin d'obtenir une vision quantitative et qualitative des
structures médico-sociales créées et en projet. Le total des réponses
s'établit à 112, soit 34%.
1. Les résultats
quantitatifs
On compte 24 MAS créées
et 28 MAS en projet ; 4 FDT créés et 15 en projet, ainsi que divers Foyers
de vie : 20 créés et 13 en projet. Quelle que soit la structure, on
n'observe que peu de différences en personnel :
- Le ratio : de 1 à 1,3
agent par lit pour les MAS - 1 pour les FDT.
- La composition : FDT,
recours fréquents à un cadre socio-éducatif ; MAS, choix entre
aides-soignantes et aides médico- psychologiques. La place des AMP est
variable comme celle des infirmiers.
2. Les résultats
qualitatifs sur l'élaboration et la mise en place des structures
A - Des
difficultés
* Avant la création
:
- définition des champs
de compétence, (Etat - Conseil Général) et conceptions différentes,
- position de la CME
(résistances médicales à un projet de vie plus éducatif que de
soins),
- délai souvent
long,
- manque de
crédit,
- rôle de la
COTOREP.
* Lors de la création
:
- erreur de conception
architecturale.
* En fonctionnement
:
- difficultés
d'adaptation : des malades, du personnel redéployé,
- difficultés de
recrutement,
- difficultés de
renouer avec les familles,
- mauvaise
considération des structures par le milieu hospitalier,
- pressions de certains
établissements contre les foyers occupationnels,
- articulations de
fonctionnement difficiles à trouver entre établissements et foyers.
B - Les
avantages
* L'essentiel, la prise
en charge des résidents en situation d'inadéquation avec la définition
d'un projet de vie.
* Constat de progrès
comportementaux sensibles chez ces résidents.
* La création apparaît
comme la réponse à une situation de carence.
* La création d'une MAS
permet à l'activité du centre hospitalier de se concentrer sur les
patients relevant de la psychiatrie.
Les relations
entre les CH et les associations privées du secteur du handicap.
Le problème, est celui du comment
travailler ensemble :
a - Au stade
du projet : réunions de présentation de
chaque « partie » en vue d'un partenariat multiple, dont les CREAI et les
associations de parents, pour une intégration des associations dans la
conception du projet.
b - Pour
construire un réseau à deux niveaux.
* Articulation au
niveau des structures médico-sociales entre elles : des conventions
peuvent permettre une complémentarité entre les structures.
* Articulation au
niveau des relations entre structures et CH : il s'agit de participation
et de collaboration en vue de la mise en œuvre d'activités communes
(participation réciproque au conseil d'établissement et représentation aux
conseils d'administration ; participation réciproque à la vie des
structures, collaboration des psychiatres des deux parties).
* Articulation par
actes concrets : conventions de partenariat logistique (achat de
prestations au CH), conventions pour la prise en charge de patients
chroniques ; signatures de protocoles et intégration des acteurs dans
l'élaboration du schéma départemental.
3 - Les
éclaircissements souhaités
A la question de savoir
quelles sont aujourd'hui les étapes qui restent à franchir pour une bonne
articulation du sanitaire et du médico-social, quatre thèmes émergent des
réponses comme autant d'obstacles à vaincre :
a - Le
financement
Les modes, le régime
des autorisations et de la prise en charge financière, la problématique
financière de l'hébergement, etc.
b - Le
résident et sa famille
Il s'agit avant tout de
questions autour du handicap et de ses pathologies ; quelles sont ses
limites ? Quel type de prise en charge pour ces patients, (la question des
groupes homogènes), les erreurs d'orientation et leurs corrections ; la
question des autistes adultes avec troubles associés, la possibilité d'une
évolution des textes ?
Il s'agit aussi du rôle
de la famille dans les structures médico-sociales, et de l'intégration du
patient dans la cité.
c - Les
personnels
C'est la question de
leur formation et de leur requalification qui domine, ainsi que de leur
composition et de leur hiérarchisation fonctionnelle.
d - Le
fonctionnement des structures et leurs créations
Comment on élabore un
dossier CROSS ; comment implanter ou réutiliser des immeubles ; à travers
quelles structures concilier les prise en charge de type CATTP et une
structure légère d'hébergement ; quels critères conduisent au choix d'une
structure juridique ; comment créer une structure alternative à
l'hospitalisation, etc. etc.
Claudine ROUSSET MNSAM
UNE ENQUETE SUR LES MAS ET LES FOYERS A DOUBLE TARIFICATION A
ROUFFACHLe projet d'ouverture d'une MAS de
45 places et d'un FDT de 40 places au Centre Hospitalier de Rouffach
répond du constat, au sein des services de psychiatrie adulte, de la
présence d'un certain nombre de patients « en inadéquation ». Ces deux
opérations de réorientation médico-sociale ont permis de distinguer les
inadéquations, d'obtenir une prise en charge adaptée, de conserver une
activité importante sur le site, de créer et de maintenir des postes. Les
avantages ont conduit à vouloir savoir si des initiatives semblables
avaient été prises ailleurs : d'où l'enquête. UN QUESTIONNAIRE a été
envoyé à 93 établissements (ensemble des ex-CHS). 60 ont répondu dont 34
pour dire qu'ils n'étaient pas concernés. Pour les autres, 22 ont un
projet de MAS - 6 un projet de FDT, 1 un projet de foyer
occupationnel.
Les
résultats
1. 67 ex-CHS sur 93 n'ont pas engagé de démarche
médico-sociale (72%).
2. Les 22 MAS : 16 fonctionnent, le nombre des places
varie de 26 à 90. Le prix de journée varie de 717 à 1 100 F.
3. Les 6 FDT : 2 fonctionnent et ont entre 30 et 40
places. Prix de journée : 800 F. Ratio : 0,9 agent/lit.
Cette enquête a été conduite en
septembre 1998 : à l'époque, moins d'un ex-CHS sur trois avait engagé une
réflexion vers le champ médico-social, mais les choses évoluent, comme le
montre l'enquête de la MNASM.
Pierre WESNER
Directeur du CHS de Rouffach
PASSAGE D'UNE UNITÉ DE SOINS D'ARRIÉRÉS PROFONDS A UNE MASLa MAS de
Saint-Jean-de-Bonnefonds est créée en 1986, à partir de la restructuration
d'une unité hospitalière, « véritable ghetto asilaire » et devient
juridiquement autonome en 1992.
Le projet actuel est le
résultat de dix années d'un lent enchaînement : il définit les objectifs
qui doivent permettre à l'usager d'avoir une bonne qualité de vie.
Construit avec l'adhésion de tous, il a été élaboré à l'aide de
consultants extérieurs, et est passé par diverses phases méthodologiques :
consultation des salariés, observation du fonctionnement effectif des
groupes (éducateurs et soignants), étude des fonctions.
1. Une prise
en charge holistique : le projet est
personnalisé et, pour ce faire, il s'appuie sur un recueil d'informations
qui permet d'évaluer les troubles de l'usager. Le recueil s'appuie sur des
informations préalables recueillies par le référent du résidant dans sa
famille et dans l'institution. Le médecin apporte les observations
cliniques pour mieux cerner les troubles du comportement ; l'éducateur
intervient sur l'évaluation des capacités potentielles, l'infirmier fait
état des symptômes observés ; le chef de service cadre infirmier, fait
enfin la synthèse de ces informations et arrête avec les techniciens, les
décisions. Ainsi sont recentrées sur l'usager les interventions des
différents acteurs.
2. Les
activités donnent vie à l'institution et
structurent le temps et l'espace. Elles sont nombreuses et fort diverses:
psychomotricité à fin de développer la motricité globale, et l'attention ;
communication, afin d'améliorer la production des messages, expression
artistique, toujours en vue d'ouvrir des possibililtés de relation qui
confortent le bien-être.
3. Les
réunions des professionnels en vue de
résoudre les conflits, d'articuler les pratiques et d'exploiter les
possibilités d'initiative - et afin de renforcer la cohérence de l'équipe.
Ces réunions peuvent être « de relève », de groupe, de projet, générales,
fonctionnelles ou de directions. Elles tendent toutes à assurer la
dynamique de l'ensemble des initiatives de chacun des partenaires par une
continuité fluide des relations.
4. Aujourd'hui
: lors d'une enquête conduite au début
de 1999 par la conférence d'assurance (SOFCAH) auprès du personnel de la
MAS, la forte motivation des acteurs apparaît à travers des réflexions : «
on fait beaucoup pour eux » - « les résidents sont respectés » - « c'est
une bonne structure d'accueil, où les résidents sont bien », qui
témoignent d'une satisfaction basée sur le sentiment du service
rendu.
Le directeur
insiste pour sa part sur quelques points :
1 - la
participation juridique : elle donne la possibilité d'évoluer vers un lieu
de vie.
2 - le ratio de
personnel 1 agent/1 résident est trop contraignant.
3 - La nécessité
de conserver (ou de créer) des lieux de soins en centre
hospitalier.
Daniel BRANDÉHO
Directeur de la Maison d'Accueil
Spécialisée de
Saint-Jean-de-Bonnefonds
LES LEÇONS D'UNE MAS APRES TROIS ANSLa création d'une MAS au sein du Centre Hospitalier Le
Vinatier répond à une double nécessité : prendre en charge les malades que
les services de pédo-psychiatrie et de psychiatrie générale n'ont plus
pour vocation de soigner et prendre en charge des adolescents et des
adultes souffrant de psychoses infantiles, souffrent également d'être
appréhendés comme malades déficitaires et d'être méconnus comme sujets
d'une douleur psychique (la situation concerne 160 patients).
Le projet a deux volets
: création d'une MAS de 40 lits et d'une fédération pour patients
déficitaires graves.
La MAS est aujourd'hui
un budget annexe comprenant 40 lits, 40,7 agents, avec un prix de journée
de 1 000 F et un budget de 16 millions de francs. La construction plus
l'équipement ont représenté un investissement de 18,5 millions de francs.
Les 40,7 agents
comprennent : personnel administratif : 0,7 dont 0,2 directeur ; personnel
soignant : 36 avec 21 aides-soignants et 10 infirmiers ; personnel
socio-éducatif, 4.
Les
leçons
1) La MAS est
une avancée pour les patients : elle
permet la définition d'un projet de vie, et la mise en place de la
commission d'établissement avec les familles permet de basculer dans la
dynamique du médico-social. La MAS entend répondre à la fois à un problème
de santé publique et à un problème clinique. Elle catalyse les principaux
débats de la psychiatrie : le devenir comme adultes des psychoses
infantiles, la distinction entre lieu de vie et lieu de soins, les limites
des classifications ; les référentiels mal validés par défaut de
méthodologie de recherche appropriée.
La rupture que
constitue la MAS impose la création de nouveaux modèles, dont ceux de
mesure du travail thérapeutique ; de nouveaux fondements en travail
éducatif ; de nouveaux liens entre thérapeutique, éducatif et
institutionnel.
2) Le
redéploiement, pour les agents, s'est
opéré dans la transparence avec l'appui d'une commission de
sélection.
3) La
définition d'un projet médico-social pour Le Vinatier, reste une question sur le plan médical : il est
difficile de concilier autonomie et définition d'un projet médico-social
au sein d'une structure psychiatrique.
4) La
nécessité d'une ouverture sur l'extérieur se heurte encore aux difficultés rencontrées dans la réorientation
des patients de la MAS.
Les
défis
1. La création
de la MAS comme reconnaissance de l'égalité des soins, qui devient ainsi complémentaire du projet
éducatif.
2. La
définition du service public, au-delà de
la tentation monopolistique qui conduit à l'uniformité autour d'une seule
structure, d'un seul statut, d'un seul métier, c'est l'avantage donné à
l'aspect multidisciplinaire et à l'ouverture vers l'extérieur.
3. A côté du
partenariat interne, le partenariat externe, avec d'autres hôpitaux et les structures médico-sociales et
d'hébergement.
Jean-Paul SEGADE
Directeur du Centre Hospitalier
Spécialisé LE VINATIER
LA COMPOSANTE SOIGNANTE DANS LES STRUCTURES MÉDICO-SOCIALESLe médecin généraliste :
Marc Taligault
L'auteur, médecin généraliste,
intervenait au CHS Sainte-Marie-du-Puy dès avant la création d'une MAS et
avait déjà contribué à regrouper une partie des patients relevant d'une
telle orientation.
Il note, en préalable, l'effort
de remise en cause de formation et d'imagination demandé au personnel
soignant pour passer d'une logique à une autre.
1. Quelle spécificité
pour les soins somatiques des polyhandicapés d'une MAS ?
Avec ces sujets, la difficulté
réside dans l'incertitude diagnostique, fortement majorée par rapport aux
situations habituelles. Pour y pallier, trois moyens : bien connaître le
patient, constituer un panel de correspondants spécialisés, disposer d'un
plateau technique (laboratoire, pharmacie, service, radio-échographie,
cabinet dentaire, etc.)
Le rôle du praticien
institutionnel est avant tout d'instaurer un suivi régulier en dehors de
tout épisode aigu : suivi médical, réévaluation des traitements,
prescriptions diverses (kiné, etc.), examen clinique périodique de
synthèse.
C'est le travail de base que
permet une connivence entre le résident et le médecin, très utile lors des
épisodes aigus.
2. Le rôle
institutionnel, non-soignant, du médecin
* La fonction est difficile à
définir mais elle a pour visée la cohérence de l'institution grâce à
l'adhésion du personnel à son fonctionnement, ce qui suppose que tout le
monde (infirmier psy, aide-soignant, aide médico-psychologique, agent
hôtelier, etc.) reçoive une information claire sur le fonctionnement, qui
comporte : rythme des repas et des toilettes (non adapté aux horaires
habituels), mise en route des prises en charge occupationnelles et
participation à la vie sociale locale. Ceci passe par des réunions de
synthèse.
* Un autre rôle institutionnel
du médecin de MAS est celui de la formation et de l'information médicale
générale (évaluation de la douleur, diététique, etc.).
* Enfin, ce médecin est un des
interlocuteurs réguliers des familles, soucieuses très souvent du
fonctionnement de la MAS au quotidien.
Le
psychiatre : Jean-Marc Ponsin
L'auteur, psychiatre, intervient
à la MAS de Lommelet, à Saint-André lez Lille. Il s'agit d'une MAS de 40
places ouverte depuis janvier 1998 (périphérie de Lille). 36 des résidents
proviennent des secteurs hospitaliers et 4 de l'extérieur : 21 présentent
des états déficitaires (polyhandicaps cérébraux et moteurs), 13 sont des
états déficitaires, séquelles de psychoses, 6 ont des problèmes somatiques
initiaux. L'âge moyen est de 41 ans avec un long passé institutionnel
psychiatrique. 23 des résidents n'ont plus de famille, 32 sont sous
psychotropes et 19 sont épileptiques. La MAS dispose sur place d'un cadre
socio-éducatif (directeur), de 3 éducateurs spécialisés, de 4 infirmiers
(de 7 h à 22 h), de 4 AMP, de 23 aides-soignants, d'un psychomotricien
mi-temps, d'1 médecin généraliste vacataire, d'1 psychiatre
vacataire.
Réflexions
1 - Une
éthique doit présider à la rédaction des
certificats destinés à la COTOREP.
Il s'agit d'éviter l'admission
de patients non stabilisés et porteurs de troubles du comportement.
2 - Il faut
envisager, en tout état de cause, une
convention passerelle thérapeutique entre le secteur et la MAS.
3 - Les soins sont un
préalable à l'action médico-éducative,
l'action médicale s'inscrivant dans un travail d'accompagnement à long
terme dans trois directions : somatique, rééducation fonctionnelle,
psychiatrie.
4 - Les actions du
psychiatre : action directe classique
(chimiothérapie) ; travail d'équipe : écoute, informations, conseil,
participation aux synthèses, etc. ; relation avec les familles.
5 - Les problèmes :
l'ancienneté des troubles et leur aspect
très psychiatrisé ; la nécessaire remise à plat des problèmes somatiques ;
l'insuffisance de la formation para-médicale des équipes qui explique leur
désarroi devant l'absence de communication verbale des résidents.
6 - Les avantages
:
- pour la société :
désaliénation à prix de journée moindre ;
- pour les familles :
satisfaction de voir leurs proches dans un cadre de vie adaptée ;
- pour les résidents : qualité
de vie marquée par une rééducation et une restimulation ;
- pour les équipes : exercice
d'un dynamisme professionnel au sein d'une pluridisciplinarité ;
- pour le psychiatre, une
certaine crainte de la dépsychiatrisation de certaines pathologies au
passage du sanitaire au médico-social. *
D'UN ÉTABLISSEMENT PUBLIC À L'AUTRE : NAISSANCE D'UNE MAISON D'ACCUEIL
SPÉCIALISÉLe cadre du projet
du CHS de Mayenne approuvé en février 1999 comprend trois axes dont la
poursuite de la différenciation des prises en charge médico- sociales qui
a connu trois étapes : la création d'un CAT en 1991, la création d'un
budget de long séjour pour trois appartements de 17 lits pour personnes
âgées démentes, en 1992, et, en 1998, la création d'une MAS de 30 lits en
vue d'étendre les missions de l'EPSMS créé pour le CAT en 1991.
Du soin à la prise en
charge socio-éducative comprenant une
part de soins.
Pour Patrick Chesnais, le souci
majeur est de développer la personnalité des résidents et de considérer
chacun d'entre eux comme un être à part entière dans son lieu de vie, avec
ses besoins quotidiens.
C'est dans cette perspective
qu'il est nécessaire de mettre en place des instruments de travail pour
mieux suivre les actions menées - dont une grille d'évaluation adaptée à
la population MAS.
A - Du côté du
résident
Il s'agit de préciser les
dimensions de la personnalité : son autonomie, son caractère, ses pouvoirs
de communication, ses relations familiales. Dans le cadre de
l'autonomie, il s'agit d'observer des variables : quel est son rapport à
son corps et quelle est la gestion de ses fonctions vitales (sommeil,
contrôle sphinctérien, motricité, pulsions, sexualité ... ) ? Dans sa
sphère d'activité, quelle est son hygiène corporelle, comment
s'habille-t-il ? Comment mange-t-il ? Quel est son caractère, son
ouverture aux autres, son humeur ? Etc. etc.
B - Du côté des
intervenants
Il s'agit ici d'évaluer les
prestations et leur qualité. La grille porte sur quatre points principaux
: la qualité de l'analyse clinique, la qualité de l'intervention (de l'
action concrète de l'intervenant), la qualité du co-partenariat (de l'aide
que l'intervenant trouve auprès de ses partenaires), des appréciations
globales (l'intervenant s'estime-t-il créatif, s'estime-t-il efficace ?).
Pour donner un exemple plus précis, s'agissant de la qualité de l'analyse
clinique, l'intervenant connaît-il le contexte familial ? A-t-il procédé à
une observation fine des conduites du résident dans les activités
quotidiennes ? A-t-il mis en lumière la problématique centrale du résident
? A-t-il conçu, en fonction de ces données et observations, un projet
d'intervention ?
Serge ADAM *
Directeur - Etablissement
Départemental de la Santé Mentale de la Mayenne
Cadre socio-éducatif
LA REPRÉSENTATION DES USAGERS EN SANTÉ MENTALEL'Ordonnance du 24 avril 1996 a permis que les usagers
soient désormais représentés dans les Conseils d'Administration des
hôpitaux. Cette mesure est venue renforcer un partenariat qui se tisse
depuis plusieurs années entre les malades, les soignants et les
familles.
L'usager en psychiatrie,
c'est en premier lieu la personne qui est atteinte de troubles psychiques
et qui est soignée. Aujourd'hui, ces soins ne sont plus exclusivement
administrés à l'hôpital, qui est de moins en moins un lieu de vie, mais
plutôt un centre de soins intensifs pour les périodes de crise. La vie du
malade se déroule de plus en plus en dehors de l'hôpital et son entourage
prend alors toute son importance. Il s'agit le plus souvent de sa famille,
qui peut valablement témoigner de la vie quotidienne du malade, parler de
lui. Elle assure un accompagnement qui complète et souvent assure le
succès du suivi sanitaire en ambulatoire.
La qualité d'administrateur
a permis d'ouvrir les portes de l'hôpital et de faire communiquer les deux
mondes, celui des familles et celui des soignants. La possibilité d'une
visite des services, et mieux encore celle des structures alternatives
mises en place en dehors de l'hôpital, est une ouverture extrêmement
positive sur des activités en plein renouvellement. Les familles peuvent
mieux comprendre les difficultés et les pratiques des médecins, en
accédant à une connaissance plus humaine des équipes et de leurs
problèmes. A leur tour, elles peuvent leur faire connaître leurs
interrogations ou leur souffrance. A ce titre, une association de familles
comme la nôtre paraît mieux placée qu'une traditionnelle association de
consommateurs pour faire état des spécificités de la vie avec une personne
souffrant de troubles psychiques. Une meilleure compréhension de ces deux
mondes pourrait passer par la participation à des modules de formation,
grâce auxquels les familles accéderaient à une meilleure connaissance de
l'univers médical, tandis que les soignants seraient amenés à découvrir la
réalité du vécu avec un malade psychique ainsi que les attentes des
familles.
Notre rôle est donc
bien de parler du malade et non au nom du malade, ce qui signifie que nous
considérons que les associations de patients ou d'ex-patients ont une
action qui est complémentaire à la nôtre, dans le souci constant de placer
le malade au centre du dispositif de santé mentale, tout en l'encourageant
à l'autonomie. La défense des intérêts
matériels et moraux des malades comme de leurs familles, a toujours été
notre préoccupation, à une époque où l'on n'imaginait même pas une
possible représentation des usagers. L'UNAFAM s'est toujours efforcée de
faire entendre le point de vue du malade, de permettre que se mettent en
place les éléments d'une vie quotidienne décente et organisée. L'UNAFAM a
notamment contribué à ce que les personnes souffrant de troubles
psychiques soient reconnues comme des personnes subissant un handicap à
caractère social, leur faisant ainsi bénéficier des dispositions de la Loi
de 1975. Elle veille également au respect du droit des patients
hospitalisés, que ce soit par la communication du livret d'accueil et de
la charte du patient hospitalisé ou encore par la participation aux
commissions départementales des hospitalisations psychiatriques, aux
conseils d'établissements ou aux commissions de conciliation.
Les familles se mobilisent
pour les malades et veulent aujourd'hui que la santé mentale soit une
cause de santé publique qui fasse l'objet d'une véritable politique, qui
prenne en compte des aspects médicaux et sociaux.
La notion de santé
mentale est plus large que celle de psychiatrie et elle suppose un
dispositif qui aille de la prévention à l'insertion, en passant par le
soin et le nécessaire accompagnement social. La place des malades est bien
dans la cité et il faut les y accompagner, faire en sorte que toute sortie
d'hôpital s'inscrive dans un projet de vie réaliste et réalisable,
soutenant la lutte du malade contre sa maladie et évitant les
réhospitalisations répétées.
Henri LACHAUSSÉE Président de
l'UNAFAM
TECHNOLOGIE et SANTÉMieux
articuler le sanitaire et le médico-social en psychiatrie
N°38- septembre 1999
Le constat est alarmant
: 20 à 40% des personnes
hospitalisées en psychiatrie, le seraient sans nécessité et devraient relever de structures d'hébergement et
d'accompagnement conjuguant projet de vie et projet de soins.
Les ordonnances d'avril 1996
et les premières orientations de la réforme de la loi de 1975 relative aux
institutions sociales et médico-sociales en préparation, mettent en
évidence le cloisonnement des champs sanitaire et médico-social et
la nécessité d'adapter les
réponses aux besoins des personnes hospitalisées au long cours en milieu psychiatrique.
Comment parvenir à la
création de telles structures extra-hospitalières pour des personnes qui
ne relèvent plus d'un service d'hospitalisation complète ? Comment passer
d'une situation de « chronicisation » à une trajectoire dynamique
d'insertion individualisée ? Comment faire évoluer les établissements de
santé dans les restructurations possibles vers le médico-social ?
Ce nouveau numéro de
Technologie &
Santé, de plus de 150 pages, détaille
les différentes structures
sanitaires et médico-sociales existantes, en lien avec la psychiatrie, et analyse les enjeux de ce secteur : quelles sont les inadéquations et leurs conséquences en termes
d'organisation dans la filière de soins
? Quelles sont les résistances
respectives des secteurs sanitaire et
médico-social ? Comment conjuguer pérennité de l'Hôpital
psychiatrique et besoins de santé et de prise en charge de la population ?
etc.
Une large place est consacrée
à la restitution des expériences et des difficultés à résoudre, en
particulier pour ce qui concerne le mode de gestion, la qualification des
personnels et son éventuel redéploiement ainsi que le problème de
tarification. A travers des expériences concrètes et des enquêtes menées
au niveau national (et présentées dans cet ouvrage), on observe que plus
de la moitié des établissements publics de santé mentale se sont engagés
(ou vont le faire) dans la voie du médico-social (en particulier MAS,
FDT). *
Technologie
& Santé N° 38, Mieux articuler le sanitaire et le médico-social en
psychiatrie, 152
pages, 450 F.
CNEH :
Véronique Douville, 9 rue Antoine Chantin, 75014 Paris.
LE CONCEPT « SOINS DE READAPTATION » A-T-IL UN SENS ?La définition retenue par la conférence de consensus
de 1993, qui avait pour objet les psychoses schizophréniques est claire :
la réadaptation peut être définie
comme l'ensemble de soins spécifiques s'adressant à des malades pour
lesquels, après une période de soins curatifs adéquats, une insertion ou
réinsertion sociale et professionnelle suffisante apparaît comme
problématique mais pour lesquels on peut espérer une évolution positive à
moyen terme, afin qu'ils participent de façon libre, spontanée et
responsable, à toutes les formes de la vie sociale. Dans la circulaire de décembre 1997, les objectifs
poursuivis par les soins de réadaptation « dans le but d'assurer une
meilleure réinsertion » sont les suivants : limitation des handicaps -
restauration somatique et psychologique - éducation du patient et de son
entourage - poursuite et suivi des soins et du traitement - préparation de
la sortie et de la réinsertion
Réadapter pour qui ?
En 1965, Saad NADJI, le
premier, définit le champ de la réadaptation comme devant répondre aux
incapacités. Mais quelles incapacités ? Les travaux initiés par l'OMS
(avec P. Wood) en 1975 à Rennes, définissent quatre plans d'expérience de
santé :
- plan des processus
morbides : diagnostic - plan des atteintes de fonctions et d'organes :
déficience, lésionnel
- plan qui touche les
comportements et les activités : incapacités, fonctionnel
- plan qui touche les
rôles sociaux et l'environnement : désavantages, situationnel.
Avec
quels objectifs ?
Ces soins doivent
permettre « le réinvestissement par le patient de sa réalité interne et
externe ».
Il faut pouvoir
proposer à ce patient de nouvelles modalités de soins pour qu'il puisse
réduire les conséquences de sa maladie, améliorer sa qualité de vie,
parfois faire son deuil d'ambitions et de réussites sociales ou
professionnelles, tout en retrouvant une certaine estime de lui-même !
Mais les soins ne sont qu'une étape intermédiaire, préparant un processus
de réinsertion : il s'agit donc, pour ces soins, d'assouplir des défenses
pour favoriser les capacités relationnelles dans un plus grand plaisir de
fonctionnement.
Quelles stratégies de réadaptation en psychiatrie ?
Le projet est
d'utiliser les objets de la réalité externe comme médiateurs dans les
soins relationnels pour amener si possible à un changement de
fonctionnement de la réalité interne.
Les soins de
réadaptation se développent dans un cadre contractuel, ce qui veut dire
que les soins engagés jusque-là permettent au patient d'accéder à une
conscience relative de ses troubles. D'autre part, cela veut dire qu'il se
repère dans un cadre diagnostique et pronostique et qu'il est à même
d'être acteur dans ses soins. Mais certaines études montrent que les gains
ainsi obtenus sont perdus 14 mois après l'arrêt du programme. Aussi
faut-il tenir compte de quelques principes où l'articulation et la
coordination, la continuité et la stabilité, la famille, jouent des rôles
majeurs. Le travail relationnel est souvent décisif, fixé sur la vie
quotidienne, il nécessite une analyse permanente en vue d'en faire un
riche matériel psychothérapeutique.
Des
soins médiatisés
Il s'agit de construire
un espace de rencontre autour de l'objet médiateur dans lequel le soignant
est centré sur la relation, sur la personne. Comme le dit J. Hochmann :
« Le soin psychiatrique est une
activité : ce qu'on fait compte plus que ce qu'on dit, le soin
psychiatrique est une activité symbolique : ce qu'on ne fait pas compte
plus que ce qu'on fait, le soin psychiatrique est un acte parlé. C'est
seulement de l'alliance entre l'acte et la parole que des effets de sens
peuvent surgir ».
Et
les associations ?
Une association peut
être un outil thérapeutique, un cadre thérapeutique où les malades groupés
autour des infirmiers et des médecins organisent eux-mêmes leurs activités
collectives dans le but d'une réadaptation sociale.
Les
résultats d'une enquête
Une enquête conduite en
1998 par la FASM-CM et le CCOMS répond à deux questions :
- les structures à
vocation de réadaptation et leurs modalités de fonctionnement ?
- les caractéristiques
des sujets suivis pendant 6 mois ?
Elle a été conduite
dans trois régions : Nord-Pas-de-Calais, Bretagne, PACA et un groupe de
référence était constitué par 23 structures sur toute la France.
L'ensemble du travail a porté sur 1061 patients.
Les
structures
Elles sont diverses.
Elles fonctionnent en réseau avec les lieux de soins psychiatriques, les
associations, les partenaires sociaux. On y trouve : hôpitaux de jour,
ateliers thérapeutiques, centres d'accueils thérapeutique à temps partiel,
clubs, foyers de post-cure, appartements associatifs, restaurants
associatifs, centres de réadaptation géronto- psychiatrique.
La
population
Elle est
majoritairement masculine et plutôt jeune : 63% ont moins de 34 ans et 70%
perçoivent soit l'AAH, soit une PI qui montre bien l'importance des
incapacités assez fixées de ces patients (42 % ont une mesure de
protection). Près de 60% sont en soins de réadaptation depuis moins de
deux ans, mais 16% se traitent depuis plus de 5 ans. Pour les 3/4 des
patients, les premiers soins psychiatriques ont été une hospitalisation
(65% de troubles délirants ou schizophréniques). Les incapacités
concernant le comportement sont notées pour 58 % des patients alors que 25
% présentent des incapacités de communication. Un désavantage moyen ou
fort est noté : pour les occupations chez 57 % des patients, pour
l'intégration sociale chez 80%, pour l'indépendance économique chez
60%.
Pour
conclure
Les soins de
réadaptation ont leur spécificité, ils se développent à l'articulation du
sanitaire et du social et favorisent les dynamiques d'insertion et l'accès
à une citoyenneté qui, seule, peut permettre à la personne d'agi |