Dans son travail de terrain, la Mission Nationale d'Appui
en Santé Mentale respecte avant tout le travail accompli par les acteurs.
Elle ne prétend pas bouleverser presque magiquement
unesituation la plupart du temps inadaptée aux évolutions en cours.
Il n'y a que des cas d'espèces, toujours en relation avec
quelques principes qui n'ont jamais été appliqués dogmatiquement.
La MNASM, lors de ses déplacements sur sites, essaye
d'apporter des solutions évolutives avec le concours sollicité et actif
des acteurs locaux. Les situations rencontrées, par essence variables,
présentent des difficultés d'évolution plus ou poins grandes.
Un certain recul dans le temps permet d'évaluer leur
adéquation. C'est à une telle appréciation que nous nous sommes livrés
dans ce numéro où les intéressés, choisis au hasard se sont exprimés
librement.
C. Bonal
Le Cher : un syndicat interhospitalier
Le Cher
est un département de 320 000 habitants dont 100 000 sont centrés sur
Bourges et son agglomération. Viennent ensuite les villes de Vierzon (33
000 h) Saint-Amand (12 000 h), puis Saint-Florent (7 500 h). Le reste de
la
population est essentiellement rural et, du fait du manque
d'emploi, les jeunes continuent d'émigrer, et c'est une population
vieillissante.
Fin 1994, le SROS du Centre énonce,
concernant la psychiatrie :
"Le passage difficile de structures de
type asilaire au développement de l'extra-hospitalier ou à la
collaboration avec l'hôpital général, du fait de l'existence de plusieurs
établissements accueillant une forte proportion de malades d'origine
extra-régionale en provenance de Paris". C'est, en effet, la particularité
du département du Cher que la présence de 3 Centres hospitaliers
spécialisés :
- un Centre hospitalier spécialisé
départemental classique à Bourges,
- un Centre hospitalier spécialisé à
Dun-sur-Auron, fondé en 1892 : c'est la première colonie familiale
accueillant en placement familial des malades mentaux parisiens ;
- un Centre hospitalier spécialisé à
Chezal-Benoît, d'abord sanatorium pour malades mentaux de la région
parisienne, les accueillant en hospitalisation complète.
En 1996, on peut dire que les
établissements ont fait beaucoup d'efforts en ce
qui concerne l'extra-hospitalier, les
secteurs se sont tous équipés d'un centre médico-psychologique, la
coopération avec les hôpitaux généraux se développe, et la situation est
la suivante :
* A Bourges, Centre hospitalier
spécialisé Beauregard,
- 3 secteurs de psychiatrie adulte
classiques avec 50 lits chacun,
- 1 département de psychiatrie
infanto-juvénile par réunion des 2 intersecteurs couvrant le département ;
il n'y a pas de lits, notamment pour les adolescents, mais un projet de
centre de crise de 8 lits est sur les rails, ainsi que celui
d'appartements thérapeutiques (12 places),
- 1 unité d'accueil des urgences
psychiatriques de 7 lits, venant de créer un 2e poste de
médecin, comprenant un poste d'assistante sociale, une équipe infirmière
(16 postes + 3 puis 4) situés au Service d'Accueil et d'Urgence du Centre
hospitalier Jacques Cœur à Bourges ; cette unité n'est pas encore
complètement érigée en service, mais est entièrement autonome par rapport
au secteur.
Son rôle est d'organiser les
consultations d'urgence, l'accueil et l'hospitalisation de courte durée
pour les adultes et les adolescents 7/7j, au Centre hospitalier spécialisé
Beauregard. Il fonctionne sur un site : le Centre hospitalier spécialisé
et le Service d'accueil et d'urgence du Centre hospitalier Jacques
Cœur.
Un service d'unité de soins de longue
durée de 100 lits créé antérieurement par redéploiement, ne fait pas
partie du dispositif psychiatrique.
* A Chezal-Benoît, on trouve,
- 44 lits de court séjour desservant un
secteur d'environ 50 000 habitants avec
un Centre médico-psychologique sur
Saint-Amand et un autre sur Saint-Florent,
- 166 lits de patients chroniques en
séjour prolongé pour des patients parisiens,
- un service de post-cure d'alcoologie de
30 lits,
- une unité de soins de longue durée de
75 lits.
* A Dun-sur-Auron,
- 1 secteur de psychiatrie adulte
essentiellement rural,
- le placement familial comptant encore
600 patients parisiens et 250 familles d'accueil,
- 3 pavillons de psychiatrie
générale,
- 3 pavillons hospitalisant
essentiellement les personnes âgées,
- 2 centres médico-psychologiques
desservant des localités de moindre importance, ne comportant pas
d'hôpitaux généraux.
C'est dans ces conditions, qu'en avril
1996, la Mission Nationale d'Appui en Santé Mentale, reçoit une lettre de
commande pour le Cher, insistant sur les points suivants :
- surcapacité : 1700 lits et places de
psychiatrie,
- absence de coopération entre les
établissements aux moyens inégaux,
- nombreuses inadéquations en ce qui
concerne les personnes hospitalisées et
préconisant comme solution le
regroupement des établissements.
En juin 1997, la Mission remet son
rapport. Elle relève d'abord les résistances et propose, plutôt que le
regroupement, la création d'une "4e entité" : le Syndicat
Inter-Hospitalier, sans modification de la sectorisation qui pose pourtant
des problèmes d'inégalité des secteurs en termes de population et de
villes desservies, et il faut noter qu'il existe aussi la problématique de
la ville d'Issoudun, du département voisin, l'Indre, mais beaucoup plus
près du Centre hospitalier spécialisé de Chezal-Benoît, que de Châteauroux
dont elle est distante de 40 km. Sur le plan des principes, il s'agit pour
la Mission de renforcer l'extra-hospitalier, d'articuler mieux la
coopération avec les hôpitaux généraux (urgences, liaison, lits de
proximité), de développer l'intersectorialité ; en ce qui concerne la
pédopsychiatrie, de mieux assurer la complémentarité de l'intersecteur
avec les institutions d'origine médico-sociale, et de développer le pôle
adolescent sans sacrifier le pôle enfant ; enfin, recentrer
l'hospitalisation temps plein sur les soins, ce qui veut dire en clair que
deux établissements qui ont de nombreux patients chroniques hospitalisés
doivent différencier ce qui est le soin de ce qui ressort du médico-social
: le placement familial soin modernisé, en différenciant accueil familial
résidentiel et accueil familial thérapeutique ; et des structures
médico-sociales seront créées ; il est préconisé 40 lits de Maison
d'Accueil Spécialisé à Dun-sur-Auron et à Chezal-Benoît et 100 lits
d'unité de soins de longue durée à Dun-sur-Auron.
3 ans et 6 mois plus tard
Nous allons voir maintenant 3 ans et 6
mois après, où en est la situation.
* Le Syndicat Inter-hospitalier, créé le
1/01/1998, démarre un peu difficilement, les partenaires ne se faisant pas
totalement confiance. Il a pour mission de gérer le DIM et le schéma
directeur d'information, la formation continue, le Centre d'accueil et
d'orientation départemental, issu du Centre d'accueil du Centre
hospitalier spécialisé de Bourges qui s'est érigé en service, et continue
à se développer en direction du Service d'accueil et d'urgence, où
actuellement une équipe permanente de 6 infirmières est bien intégrée. Il
est décidé, dans le cadre du SIH de lui donner acte de son rôle
départemental en en faisant un Centre d'accueil et d'orientation
départemental.
* Le recentrage sur les soins.
- A Dun-sur-Auron : un important travail
de modernisation de l'A.F.T. est débuté ; l'A.F.T. doit répondre aux
normes actuelles, tant en ce qui concerne les conditions d'hébergement que
le nombre de personnes hébergées par famille, ainsi que le suivi des
patients et le travail avec les familles (agrément au contrat de travail,
coordination équipe de soins-famille), enfin, le nombre de personnes
accueillies est réduit.
Sont en cours de réalisation : la Maison
d'Accueil Spécialisée et l'unité de soins de longue durée avec réduction
parallèle du nombre de lits à temps complet.
- A Chezal-Benoît : de la même manière,
un effort important de sorties de patients chroniques vers les maisons de
retraite est effectué afin de diminuer le nombre de lits
d'hospitalisation.
Une différenciation des lits de
psychiatrie active est clairement définie par la création d'une unité de
soins psychiatriques prolongés pour les patients qui n'ont pu être placés
en maison de retraite, mais qui ne justifient pas de soins
importants.
* L'articulation avec les hôpitaux
généraux : elle continue à s'approfondir au Centre hospitalier Jacques
Cœur avec le centre d'accueil, la création de consultations de liaison,
l'intervention de la pédo-psychiatrie dans le service de pédiatrie où des
lits sont réservés.
A Vierzon, une convention assure
l'intervention d'un psychiatre du centre médico-psychologique aux urgences
en tant que de besoins.
A Saint-Amand, de la même façon, le
Centre hospitalier spécialisé de Chezal-Benoît intervient aux
urgences.
* L'intersectorialité : au Centre
hospitalier spécialisé de Bourges, une tentative d'intersectorialité, au
début des années 90, qui comportait une unité de court séjour, une unité
d'alcoologie, une unité de resocialisation, n'a pas perduré.
L'intersectorialité reste en panne,
toutefois, du fait de la fermeture de l'unité d'alcoologie de Bourges, se
met en place autour de l'unité de post-cure de Chezal-Benoît, ce qui
deviendra, à terme, un réseau départemental d'alcoologie.
* La pédo-psychiatrie : le pôle
adolescent a mis en place le centre d'accueil et de soins pour adolescents
de 8 lits et les appartements thérapeutiques.
* Un redécoupage des secteurs est décidé
par l'Agence Régionale en mars 99 en vue de rééquilibrer les secteurs et
la répartition des villes en leur sein. Il sort des strictes limites
départementales pour étendre en direction d'Issoudun (Indre) le secteur
desservi par Chezal-Benoît, tandis que la ville de Saint-Florent, plus
proche de Bourges, est transférée sur le secteur Vierzon-Melun (Centre
hospitalier spécialisé Beauregard), et que la ville de Saint-Amand est
transférée au secteur de Dun-sur-Auron qui auparavant ne desservait pas de
ville importante.
A partir de cette situation, tous les
éléments sont en place pour un rapprochement des 3 Centres hospitaliers
spécialisés, et le processus est officiellement lancé par une lettre de
l'Agence Régionale le 13 mars 2000, qui va ainsi plus loin que les
recommandations de la Mission.
Pendant ce temps, se met en place un
réseau départemental d'alcoologie, à partir du service d'alcoologie
implanté à Chezal-Benoît.
En novembre 2000, peut s'ouvrir une unité
de coordination et de liaison en alcoologie au Centre hospitalier
spécialisé de Bourges, organisant la "tête de pont" de ce réseau à
Bourges, tant en ce qui concerne la coordination des Centres hospitaliers
spécialisés que la liaison vers le Centre hospitalier Jacques Cœur, et les
autres institutions.
La même équipe doit progressivement
compléter et structurer son réseau pour en faire un réseau d'addictologie,
concernant l'alcool, la drogue, le tabac.
On voit ainsi que les établissements
tiennent comptent, dans leur projet d'établissement, des recommandations
de la Mission, et notamment à Bourges. Lorsqu'arrive la lettre du 13/03/00
de l'Agence Régionale, il ne s'agît pas tout à fait d'une surprise, et le
projet d'établissement qui vient de s'achever l'est sur un principe qui
devrait pouvoir être organisateur du futur rapprochement, à savoir la
désectorisation de l'intra-hospitalier, la sectorisation étant réservée à
l'ambulatoire.
Deux expériences vont nous amener à le
concevoir :
- une tentative d'intersectorialité dans
les années 80-90 qui s'est malheureusement terminée par un échec ; échec
qui ne nous paraît pas imputable à la mauvaise volonté des acteurs, mais à
des effets de structure, l'établissement n'ayant pas, à notre sens, la
dimension suffisante pour tenir ensemble la sectorisation et une
intersectorialité trop ambitieuse.
L'existence du Centre d'accueil non
sectorisé, dont les difficultés de fonctionnement vont mettre en évidence
un certain nombre de points. Schématiquement nous citerons :
- l'articulation extra-intra hospitalier
au sein des secteurs n'est pas beaucoup plus
fluide que s'il s'agissait de deux
équipes. Cette liaison organique entre l'intra et l'extra apparaissait en
1960 dans un cadre de psychothérapie institutionnelle efficace pour les
patients psychotiques lourds. En 2000, face au changement (élargissement
du champ d'intervention, tant en ce qui concerne la demande de soins que
de coopération avec de nombreuses institutions, modification des
pathologies traitées que des modes de traitement) ; cette organisation
nous semble devenue obsolète, mais pas pour autant la notion de secteur
envisagée comme support des soins ambulatoires.
Il nous paraît donc possible de découpler
la notion de sectorisation et d'hospitalisation. Le Centre hospitalier
spécialisé s'organise alors autour de 2 pôles :
- l'intra-hospitalier avec création d'un
département de psychiatrie hospitalière,
- l'extra-hospitalier avec création de
secteurs entièrement ambulatoires, organisés autour d'une équipe complète,
localisée dans un centre médico-psychologique pivot.
L'intra-hospitalier sera organisé en un
département subdivisé en unités d'hospitalisation désectorisées qui
pourront ainsi être spécifiées quant aux populations accueillies, aux
pathologies et aux soins donnés. Il s'agit de le faire sur des critères
souples, n'organisant ni ségrégation, ni cloisonnement. Le département
sera organisé sous l'autorité d'un chef de département ayant rang de chef
de service.
* Le rappprochement
Après avoir longtemps ignoré leurs
voisins et résisté à toute coopération, voici donc les 3 établissements
précipités dans un mouvement de fusion, sur le principe suivant :
- le nouvel établissement sera
multi-sites et intercommunal, passant ainsi des départements aux communes
(en effet Chezal-Benoît et Dun-sur-Auron sont interdépartementaux partagés
entre le Cher et la Seine), avec une représentation équilibrée des
administrateurs conseillers municipaux au Conseil d'administration, ceci
permettant aux établissements de. Dun-sur-Auron et Chezal-Benoît qui se
sentaient menacés par Bourges, d'aborder plus sereinement le processus de
fusion,
Les sites seront coordonnés et en
complémentarité.
Ainsi, à partir de mai 2000, se met donc
en place une démarche participative mobilisant des représentants des 3
établissements afin d'aboutir rapidement à un accord cadre fixant les
grands traits d'organisation du nouvel établissement devant se mettre en
place en 2002.
4 groupes de travail recensent et
examinent les questions concrètes posées par le regroupement, sur les
thèmes suivants :
- groupe 1 : les enjeux de santé publique
du projet de regroupement, les grandes lignes du projet médical du futur
établissement,
- groupe 2 : composition et
fonctionnement des instances délibératives et consultatives du nouvel
établissement,
- groupe 3 : les modalités de gestion du
personnel non-médical,
- groupe 4 : les modalités d'organisation
des fonctions administratives, techniques, logistiques et
médico-techniques.
Un comité de pilotage directeurs,
présidents de C.M.E., administrateurs, arrête les éléments constituants de
l'accord cadre à établir.
L'accord-cadre
Fin 2000, les 3 établissements
aboutissent à la rédaction d'un accord-cadre organisant la fusion dans son
principe et la structure du futur projet d'établissement et donc du projet
médical.
Nous ne détaillerons pas l'ensemble de
cet accord-cadre, et en citerons seulement les principaux éléments
:
Le préambule
... rappelle que la finalité du
regroupement est de construire et de mettre en œuvre un projet global de
santé publique...
... d'offrir à la population un ensemble
cohérent de services diversifiés... de développer l'offre
extrahospitalière afin de maintenir autant que possible les patents dans
leur milieu de vie... de conférer à l'hospitalisation complète la place
qui lui revient...
... Le regroupement sera opéré de façon à
préserver l'identité de chacun des trois sites... mettre en
complémentarité et valoriser les spécificités et un savoir-faire propres à
chaque site, ...permettre le maintien global de l'emploi... assurer un
équilibre dans la répartition des moyens...
Titre 1 - Les dispositions
générales
Art. 1 - les parties au présent
accord-cadre s'engagent à créer un établissement public de santé
intercommunal...
Art. 3 - ...la création effective... ne
pourra prendre effet avant le 1er janvier 2003.
Titre 2 - Les enjeux et les ambitions
médicales du regroupement
Art. 4 - les enjeux du regroupement
:
- le renforcement et la dynamisation de
la psychiatre hospitalière adulte,
- la prise en charge différenciée des
patents hospitalisés,
- la réponse aux besoins nouveaux ou
insuffisamment satisfaits ; accueil familial
thérapeutique, unité de soins
psychiatriques prolongés, activité sectorielle d'addictologie,
psychogériatrie.
Art. 5 - renforcer de façon significative
l'activité extra-hospitalière adulte en vue de développer la prévention et
de faciliter la prise en charge du patient dans son lieu de vie.
... pour ce faire, le secteur deviendra
le centre de gravité de l'activité médicale...
- l'activité extra-hospitalière sera
organisée et structurée au sein de chaque secteur autour d'un Centre
médico-psychologique pivot auquel seront rattachées les structures de jour
(HJ., C.A.T.T.P.), et les Centres médico-psychologiques relais (5 Centres
médico-psychologiques seront institués : Saint-Amand, Issoudun,
2 à Bourges, Vierzon).
...tous les personnels de l'activité
extra-hospitalière (médecins-chefs, médecins,
personnel soignant, secrétariats) seront
affectés au centre médico-psychologique pivot où ils disposeront de leur
bureau.
Art. 6 - différencier la prise en charge
hospitalière adulte :
- l'objectif est de spécifier les unités
d'hospitalisation en fonction des différents types de patients et/ou de
pathologies, de façon à mieux adapter la prise en charge...
Le nouvel établissement disposera de 7
unités désectorisées... 25 lits chacune :
> sur le site de Beauregard :
- une unité pour jeunes adultes,
- une unité pour adultes pour une
hospitalisation inférieure à 2 mois,
- deux unités pour adultes pour une
hospitalisation supérieure à 2 mois,
- une unité fermée pour patients
médico-légaux ou difficiles plus les 14 lits du centre d'accueil et
d'orientation départemental.
> sur le site de Dun-sur-Auron
:
- une unité pour patients âgés.
> sur le site de Chezal-Benoît
:
- une unité de psychiatrie polyvalente ;
cette unité reste polyvalente car elle s'adresse majoritairement à la
population d'Issoudun qui comprendrait mal de devoir être hospitalisée à
Bourges alors que Châteauroux en constitue la référence sanitaire et
administrative...
...la désectorisation entraînera
l'instauration d'un lien de type donneur d'ordres/ prestataires de service
entre respectivement les secteurs et les unités d'hospitalisation... La
désectorisation conduira à un retournement de tendance ; c'est dorénavant
l'hospitalisation qui sera complémentaire et au service du secteur.
Art. 7 - rénover l'accueil familial
thérapeutique.
L'enjeu du projet est de valoriser
pleinement le savoir-faire du Centre hospitalier spécialisé de
Dun-surAuron... Il s'agit de différencier 2, voire 3 degrés de prise en
charge en fonction de la charge en soins nécessaire au regard de la
situation et de l'état du patient.
- 1er degré (20 places)....
forte charge en soins... alternative à l'hospitalisation... porteur d'un
projet individualisé,
- 2e degré... concernerait les
patients chroniques non réinsérables mais qui ne nécessitent pas une
hospitalisation complète, type unité de soins de psychiatrie
prolongée,
- 3e degré... il s'apparente à
un accueil familial de type médico-social...
Art. 8 - à Chezal-Benoît : unité de soins
psychiatriques prolongés (90 lits) : patients non réinsérables et inaptes
à une autre orientation.
Art. 9 - psychiatrie de l'enfant et de
l'adolescent : nous ne détaillerons pas cet article, toutes les structures
sont en place,
Art. 10 - addictologie (30 lits), 5 lits
de toxicomanie.
Une unité de consultation et de liaison à
Bourges qui développera son activité de consultation et de liaison auprès
des différentes structures du réseau... Centre médico-psychologique pivot,
unités désectorisées d'hospitalisation, centres hospitaliers, centre de
cure ambulatoire en alcoologie et centre d'aide et d'écoute des
toxicomanes de Bourges.
Art. 11 - insertion et réinsertion
professionnelle.
Les moyens d'action résident dans le
développement d'un réseau de partenaires professionnels,
socio-professionnels institutionnels.
Art. 12 - psycho-gériatrie.
Outre l'unité désectorisée
d'hospitalisation complète de psychiatrie de la personne âgée, création
sur le site de Dun-sur-Auron, d'une unité de soins de suite de
psycho-gériatrie de 30 lits, et développement de la psycho-gériatrie de
liaison autour des centres médico-psychologiques et des hôpitaux de jour,
et constitution d'un réseau.
Titre 4 - conditions relatives à la
gestion des ressources humaines au sein du nouvel établissement :
Art. 21 - le rapprochement ne devra pas
entraîner de régression des situations individuelles.
Art. 22 : il ne pourra y avoir de
mobilité géographique permanente qu'avec l'accord de l'agent.
Art. 23 - la mobilité professionnelle
(changement d'emploi et de poste de travail au sein d'un même site) est la
contrepartie nécessaire à l'engagement qu'il n'y aura pas de mobilité
géographique permanente sans l'accord de l'agent.
La visite de la Mission a permis de
mettre en route une dynamique forte, et malgré ses recommandations
prudentes, on voit qu'il n'aura pas fallu 3 ans, pour que soit admis le
principe d'un seul établissement malgré les fortes résistances du départ.
Aujourd'hui, sur la base de l'accord cadre, d'autres groupes de travail
mettent en place concrètement le projet final aboutissant à une
substantielle rénovation de l'hospitalisation à temps complet, à une mise
en place d'une sectorisation ambulatoire ambitieuse bénéficiant de moyens
supplémentaires par redéploiement, la modernisation de l'accueil familial
thérapeutique, l'innovation dans le domaine médicosocial et une importante
réduction du nombre de lits et places.
Dr J.R. CHAIX *
Le Lot : L'Institut Camille Miret en 2001
Rappel de la démarche
La Mission Nationale d'Appui en Santé Mentale est
intervenue en juillet 1995 et en 1996. Elle a rendu son rapport en
novembre 1996. Elle a permis une réflexion commune avec les acteurs de
l'établissement et les autorités publiques.
Elle constatait d'importantes inadéquations
entre les besoins de la population et le dispositif psychiatrique tel
qu'il existait alors :
- importance des structures hospitalières :
personnes âgées, adultes handicapés,
- insuffisance de l'ambulatoire et de
structures alternatives malgré les développements déjà réalisés.
Ses propositions :
- création d'hôpitaux de jour et CATTP,
-réduction des capacités hospitalières et
création d'une unité d'hospitalisation à Cahors en collaboration avec
l'hôpital général,
- création d'établissements médico-sociaux
pour les populations handicapées,
-création d'un intersecteur de
géronto-psychiatrie,
- adaptation et évolution des métiers pour
répondre aux nouveaux besoins résultant de la restructuration : formation
professionnelle.
Le projet d'établissement de 1994 a été approuvé le 13
janvier 1995 et a donné lieu au premier Contrat d'Objectifs et de Moyens
de Midi-Pyrénées signé le 24 novembre 1997.
Les résultats obtenus
A l'échéance prévue du Contrat d'Objectifs et de Moyens,
soit le 31 décembre 1999, l'évaluation fait apparaître les points clés
suivants :
* Mise en conformité des capacités avec le
SROSS de 1996 en ce qui concerne la psychiatrie et plus particulièrement
pour l'hospitalisation complète (632 lits installés au 1er
janvier 1995, 220 lits en 2000). Création d'une unité d'hospitalisation de
18 lits dans l'enceinte du Centre Hospitalier de Cahors.
* Pour les personnes handicapées, ouverture
effective de structures (Maison d'Accueil Spécialisée et section pour
enfants polyhandicapés en octobre 1998, Foyer Occupationnel en septembre
1999). * Pour les personnes âgées, mise en œuvre opérationnelle du
dispositif de géronto-psychiatrie orienté vers la prise en charge de la
dépendance psychique sur 3 axes :
- psychiatrie de liaison auprès de structures
de personnes âgées,
- spécialisation de deux unités
d'hospitalisation (35 lits) assurant la prise en charge de la dépendance
psychique de la personne âgée,
- participation à la médicalisation de places
de section de cure médicale par mise à disposition de personnel infirmier
et aide soignant.
* Montée en charge du dispositif de
coopération avec les structures sanitaires, médico-sociales et sociales du
département qui s'est traduite par la signature ou la révision de 22
conventions entre 1997 et 1999.
* Développement du D.I.M. pour un meilleur
suivi de l'activité : gestion de la file active et suivi de l'activité
(modèle EDGARS).
* La réalisation d'actions de formation, ayant
permis l'adaptation des métiers aux nouvelles activités de reconversion
notamment, mais aussi à la nouvelle organisation des soins en santé
mentale, a été conséquente sur les années 1997, 1998, 1999, grâce à
l'octroi du financement par le Fonds Social Européen - objectif 4. Ceci a
représenté une moyenne de 5 % du montant de la masse salariale affectée à
la formation.
* Enfin, sur un programme d'investissement de
90 760 000 F prévu au contrat, 81 555 457 F ont été réalisés ou sont en
cours de réalisation. L'ensemble des unités de soins qui, en 1996, ne
proposaient pas des conditions de prise en charge et d'hébergement
correctes seront restructurées ou réhabilitées dans un
délai de cinq
ans.
Les perspectives
Compte tenu de la date de signature, tous les objectifs
indiqués dans le COM n'ont pu être atteints pour des raisons matérielles
de délai de réalisation. Aussi l'institut Camille Miret a-t-il sollicité
un avenant au contrat initial permettant de proroger sa validité jusqu'au
31 décembre 2001. Un accord de principe en cours de finalisation a été
donné par l'ARH.
L'Institut Camille Miret a ouvert en 2001 le
chantier du 2ème projet d'établissement dont les objectifs viseront à
conforter les orientations correspondant aux besoins de la population, en
les ajustant à ceux du futur Schéma Régional d'Organisation pour la
psychiatrie en cours d'élaboration. Elaboration à laquelle participent de
nombreux professionnels de l'Institut Camille Miret dans les différents
groupes de travail mis en place par l'ARH.
Même si les objectifs étaient ambitieux sur un
délai aussi court, de nouvelles évolutions sont d'ores et déjà envisagées
ou même en cours de réalisation :
* création d'unités intersectorielles : unité
d'hospitalisation grands adolescents/jeunes adultes, conduites addictives,
hospitalisations sous contraintes.
* création d'un centre d'accueil permanent
pour adultes et adolescents d'urgence et de crise à Cahors (CAP 48 H).
* développement de pôles de réinsertion
appartements thérapeutiques, maisons communautaires.
* mise à disposition de personnels en
collaboration avec les acteurs médico-sociaux pour la prise en charge de
la précarité et de l'exclusion.
* nouvelle organisation de l'établissement :
décentralisation des responsabilités et des moyens alloués (centre de
responsabilité) sur 1a base d'une démarche de projets.
D. GRANGIER *
Nantes : installation d'un pôle de psychiatrie
universitaire
A la demande de
Monsieur le Préfet de la région des Pays de la Loire, Préfet de Loire
Atlantique, la Mission Nationale d'Appui en Santé Mentale a rencontré les
différents acteurs des services de psychiatrie du C.H.U. de Nantes de mars
1997 à novembre 1997. La démarche s'inscrivait dans une perspective de
planification à court et moyen terme ayant pour objet d'aider les acteurs
locaux dans leur prise de décisions et les équipes des services de
psychiatrie dans leurs réflexions.
Parallèlement, dans la logique de la loi du 31 juillet
1991 portant réforme hospitalière, et de l'ordonnance N°96346 du 24 avril
1996 portant réforme de l'hospitalisation publique et privée, le C.H.U. de
Nantes a initié une nouvelle organisation sous forme de pôles d'activités
dans le cadre d'une gestion de proximité. C'est après deux ans de
gestation ayant permis pour la première fois depuis de nombreuses années
une réflexion commune à l'ensemble des services de psychiatrie du C.H.U.,
que le 1er janvier 1999 "naissait" officiellement le pôle de
psychiatrie.
Ce centre de responsabilité nouvellement créé ayant une
masse critique suffisante a pu contractualiser en interne avec la
direction générale du C.H.U., les moyens de mise en place de son projet
médical.
La méthodologie d'élaboration du projet médical (lequel
est donc un acquis stratégique majeur de cette nouvelle gestion
déconcentrée par pôles) a eu pour préalable la mise en place d'une part,
de
réunions générales incluant l'ensemble des praticiens
hospitaliers du pôle, d'autre part, de commissions spécifiques sur des
thèmes jugés prioritaires et définis en commun initialement. Les
représentants des différents personnels non médicaux ont été ainsi
associés à l'élaboration du projet médical.
L'accord des participants s'est rapidement fait quant à
la nécessité tout à la fois de préserver la référence sectorielle de
chaque service, avec les acquis patiemment constitués au fil des années
(notamment en termes de réseaux inscrits dans le tissu social de la cité)
et de l'aménager en cherchant une complémentarité (plurisectorielle) ainsi
qu'en créant des structures intersectorielles correspondant à des besoins
de santé insuffisamment couverts et des priorités de santé
publique.
Conformément aux préconisations de la Mission Nationale
d'Appui en Santé Mentale et aux engagements pris dans le cadre du contrat
d'objectifs et de moyens passé entre l'Agence Régionale d'Hospitalisation
et le C.H.U. de Nantes, les structures intersectorielles de psychiatrie
adulte ont été créés à moyens constants par redéploiement des effectifs
non médicaux de la psychiatrie adulte.
La pédo-psychiatrie, considérée comme "sinistrée", du
fait d'un défaut de dotation initiale, a bénéficié d'un certain nombre de
créations de postes (à hauteur de 31, 25 E.T.P. sur trois ans).
Le problème des effectifs médicaux de l'ensemble des
services du pôle, notoirement insuffisants et inférieurs à la moyenne
nationale, a d'emblée représenté, et reste encore malgré les dotations
récentes, un handicap majeur pour donner à cette restructuration toute son
ampleur.
LE CHAMP DE
LA PSYCHIATRIE
ADULTE
1 / Développement des
activités sectorielles
L'importance réaffirmée des activités sectorielles a
amené le vote par le conseil d'administration de l'hôpital d'un ambitieux
projet architectural à hauteur de 130 millions de francs (restructuration
de l'ensemble des U.F., chambres individuelles, plateau technique
concernant les médiations, etc...).
Dans le même ordre d'idée, une rénovation des locaux
sectoriels extra-hospitaliers (hôpitaux de jour notamment) a été initiée.
Cette dernière s'accompagne d'une création ou relocalisation de C.A.T.T.P.
pour l'ensemble des secteurs. Un des enjeux de la restructuration en cours
est en effet le développement d'alternatives à l'hospitalisation temps
plein, c'est-à-dire la remise en question d'un fonctionnement
historiquement trop hospitalo-centré. Un effort très important concerne
l'informatisation du plus grand nombre de ces structures. Elle doit
permettre à chaque secteur de se développer tout en restant en lien avec
les secteurs voisins comme avec les services centraux (développement
d'Intranet, création d'un
dossier patient informatisé, etc ... ).
2/ Les réponses
pluri-sectorielles
Elles consistent principalement en la réorganisation de
l'activité de soins ambulatoires sous la forme de deux C.M.P.
pluri-sectoriels regroupant d'une part les secteurs de l'Ouest du district
Nantais, d'autre part les secteurs de l'Est de ce même district.
Construits en plein cœur de la ville ces nouveaux C.M.P.
ont pour mission d'assurer des soins ambulatoires sectoriels et une
mission d'accueil plurisectoriel. Ils sont ouverts de 08h00 à 20h00 du
lundi au vendredi et ouverts également le samedi matin de 08h00 à 12h00.
Ils coordonnent les interventions en milieu ouvert, permettent
l'orientation et la liaison entre les différents partenaires, organisent
les actions de prévention, d'aide au diagnostic et d'intervention à
domicile. Enfin, ils contribuent à l'efficience des différents réseaux de
soins.
Ces structures dont l'une est opérationnelle depuis
quelques mois, visent à répondre à des impératifs d'accessibilité et de
lisibilité vis-à-vis de l'ensemble des patients et partenaires concernés
insuffisamment pris en compte, au niveau des précédents C.M.P. sectoriels
existants.
3/ Les réalisations
intersectorielles
Le modèle de l'intersectorialité principalement retenu a
été celui de l'intersectorialité dite "en échange" (sauf pour ce qui
concerne la psychiatrie de liaison), modèle selon lequel chaque service
assume un axe intersectoriel spécifique afin de répondre à une mission
intersectorielle donnée. Une conception globale et une réalisation
concomitante des axes intersectoriels ont été choisies ainsi qu'une
réévaluation régulière par un "conseil, de l'intersectorialité" afin que
ne s'établisse pas une hiérarchisation des soins provoquant une
"psychiatrie à deux vitesses". Une réflexion permanente sur les flux de
patients et les filières de prise en charge est réalisée afin que les
structures intersectorielles se situent en complémentarité avec les
dispositifs sectoriels et non en rivalité, ce qui est fondamental.
Ont ainsi été créés :
Une activité intersectorielle de
psychiatrie de liaison
Les besoins en termes de psychiatrie de liaison au
niveau du C.H.U. de Nantes étaient considérables. Il s'agissait de
construire des modes de réponses et d'interventions qui ne se réduisent
pas à l'avis ponctuel donné en urgence mais intègrent une réflexion
commune sur les attitudes soignantes les plus pertinentes, attitudes à
visées curatives et préventives au regard du retentissement psychologique
de nombre d'affections. somatiques. Cette activité de liaison ne
s'envisage pas seulement au niveau médical mais cherche à s'appuyer sur
des équipes pluridisciplinaires. Ainsi, chaque service du pôle de
psychiatrie est devenu service de référence pour un ou plusieurs services
de M.C.O.
Le Service Hospitalo-Universitaire de Psychologie et
Psychiatrie Médicale du pôle de psychiatrie (SHUPPM) déjà engagé de longue
date sur cette thématique assure la plus grande partie de ce travail ainsi
que la coordination de l'ensemble de ces activités de psychiatrie de
liaison à l'échelle du C.H.U..
Création d'un Centre d'Activité et de
Prise en charge des Patients Institutionnellement Dépendants
(C.A.P.P.I.D.)
Ce projet intersectoriel novateur comprend l'ouverture
simultanée :
- d'une "Structure d'Accompagnement pour Patients
Psychotiques Institutionnellement Dépendants" (S.A.P.P.I.D.). Cette unité
a pour vocation de prendre en compte la "chronicité institutionnelle" des
patients. Les patients concernés, dits "chroniques", sont engagés dans un
processus schizophrénique au long cours. La S.A.P.P.I.D. correspond pour
eux à une structure intermédiaire d'hébergement à dimension thérapeutique,
dans le cadre d'une perspective d'autonomisation facilitée notamment par
le travail sur de nombreuses médiations adaptées ;
- d'un hôtel thérapeutique de 14 places. Il a la
particularité de ne fonctionner que de 18h00 à 10h00 du matin mais 365
jours par an. Ceci impose que les patients l'utilisant aient la
possibilité d'avoir des projets personnels, institutionnels ou non, durant
la journée. Il comprend deux volets complémentaires :
> d'une part, un volet à visée d'autonomisation (11
places) pour des patients en instance d'extériorisation et se préparant à
intégrer soit un appartement thérapeutique, soit un logement
personnel,
> d'autre part, un volet à titre d'hébergement
médicalisé temporaire (3 places), pour des patients ayant besoin d'un
étayage institutionnel léger et ponctuel dans une situation d'angoisse
;
- enfin, d'un ensemble d'appartements thérapeutiques à
baux transférables. A visée d'autonomisation et de réinsertion pour des
patients psychotiques, ces appartements thérapeutiques ont pour
particularité, comme leur dénomination l'indique, de permettre
progressivement, dans le cadre d'un processus thérapeutique
d'autonomisation, que le patient devienne locataire en son nom de cet
appartement.
L'unité de crise pour jeunes suicidants
(Unité E.S.P.A.C.E.)
Cette unité d'hospitalisation, complétée par un
dispositif large de consultations, s'adresse aux pathologies de l'agir
dans leurs expressions comportementales aiguës. Il s'agit le plus souvent
de promouvoir un séjour bref de rupture prolongeant le temps de passage
aux urgences (en général trop bref pour permettre l'initiation d'une prise
en charge adaptée). La prise en charge des patients au sein de l'unité
E.S.P.A.C.E. permet l'évaluation et l'amorce d'élaboration de la crise
aboutissant in-fine à l'orientation thérapeutique la plus adéquate
(médecin traitant, secteur dont dépend le patient, prise en charge
familiale, etc...). L'unité E.S.P.A.C.E. dispose de 12 lits et 6 places
d'hospitalisation de jour, réalise des hospitalisations brèves d'une durée
moyenne de 8 à 10 jours, et effectue un important travail de liaison en
amont avec le service des urgences et le service de réanimation. Elle
intègre également dans ses missions un travail de prévention formation
auprès des intervenants de première ligne.
L'unité intersectorielle
d'alcoologie
L'importance de la morbidité et de la mortalité liée aux
problèmes d'alcool dans le département en a fait une priorité régionale en
matière de santé publique. L'axe intersectoriel, d'alcoologie comprend
trois versants :
- une unité d'alcoologie de 15 lits et 6 places
d'hospitalisation de jour,
- une activité d'alcoologie de liaison,
- la participation à un réseau départemental
d'alcoologie.
L'offre de soin proposée est celle d'un cadre permettant
au sujet d'accéder au questionnement de cette solution particulière à un
mal-être le plus souvent ancien et global qu'est la solution alcool. Le
temps du soin dans l'unité est conçu comme un moment privilégié dans le
parcours du sujet, à articuler avec un avant et un après de son expérience
de soin et de vie. Les soins y sont contractualisés selon différents temps
:
- le sevrage, d'au moins 8 jours, conçu comme une
expérience de privation susceptible d'introduire l'élaboration de la
dimension du manque,
- l'initialisation du traitement de
l'alcoolo-dépendance, projet de soin au long cours, conçu comme un temps
d'élaboration pour le sujet de son rapport avec l'objet alcool,
- l'hospitalisation de jour qui fait suite à un séjour
dans l'unité d'alcoologie ou peut éventuellement s'envisager en première
intention.
Le travail thérapeutique se fait de manière :
- individuelle (entretien médico-psychologique,
socio-thérapeutique et infirmier),
- groupale (groupe de parole, groupe à médiation
corporelle, manuelle et culturelle) institutionnelle (information,
rencontre avec des groupes d'entraide).
L'axe intersectoriel de
psycho-
gériatrie
Cet axe intersectoriel ne concerne pas le vieillissement
des malades mentaux connus et traités de longue date mais les troubles
mentaux du sujet âgé. Le dispositif mis en place ne se limite pas au
diagnostic des états déficitaires mais inclut les états dépressifs
tardifs, les évolutions démentielles et les démences d'Alzheimer. La prise
en charge s'appuie sur les modes de fonctionnement psychiques propres à
cette période du cycle de vie et cherche à articuler les points de vue
somatobiologiques et psychosociologiques.
L'axe intersectoriel de psychogériatrie comprend
:
- un hôpital de jour psychogériatrique,
- des consultations spécialisées, notamment
pluri-disciplinaires,
- la mise en place de soins ambulatoires
spécifiques.
L'hôpital de jour psychogériatrique a notamment pour
vocation de devenir un centre expert pour le diagnostic et la prise en
soin des personnes âgées en souffrance psychique. Il utilise des
médiations spécifiques adaptées aux problèmes psychopathologiques
rencontrés chez les personnes âgées.
L'ambition affichée de l'axe intersectoriel de
psychogériatrie est de développer des liens avec la médecine de ville, le
tissu associatif et les familles.
L'unité des addictions
Fonctionnant depuis 10 ans, cette unité accueille de
grands adolescents et de jeunes adultes souffrant de conduites addictives
diverses, notamment toxicomaniaques et du registre alimentaire
(anorexieboulimie).
Elle a développé au fil du temps une gamme diversifiée
de soins ambulatoires intensifs, soins séquentiels à type
d'hospitalisation de jour à temps partiel et de groupes thérapeutiques
adaptés à cette tranche d'âge et à ces problématiques, qui complète le
secteur d'hospitalisation temps plein (14 lits).
Cette unité intersectorielle s'inscrit dans un réseau
beaucoup plus large, à la fois intra et extra C.H.U. :
- au niveau intra-hospitalier, elle assure la
coordination d'un centre fédératif de prise en charge des conduites
addictives constitué en 1999 et regroupant, outre l'unité d'alcoologie
déjà évoquée, d'autres structures spécialisées qui sont l'antenne
toxicomanie du S.M.P.R., la consultation tabacologique du service de
pneumologie et l'institut régional de médecine du sport (avec un projet
collaboratif d'antenne régionale de lutte contre le dopage). Ce centre
fédératif représente le pôle hôpital d'un réseau addictologique impliquant
les différentes structures spécialisées au plan régional.
Le Service Médico-Psychologique Régional
(S.M.P.R.) et l'Unité Médico-Psychologique des Urgences (U.M.P.)
Structures intersectorielles également mises en place
depuis de nombreuses années, elles trouvent à l'occasion de la
restructuration en cours, de nouvelles articulations avec les différents
services et unités du pôle, en particulier au niveau des C.M.P.
plurisectoriels, ce qui permet de revoir certaines filières de patients et
doit améliorer la complémentarité.
LE CHAMP DE LA
PEDO-PSYCHIATRIE
Le projet pédo-psychiatrique du pôle de psychiatrie a
pris en compte le sous-équipement en structures et en personnel ainsi que
la nécessité d'une coordination améliorée avec le dispositif existant dans
le département. Un engagement plus marqué dans le champ de la santé
mentale a été recherché par des actions d'ordre préventif, des actions de
partenariat et de liaison.
1/ Développement des activités
sectorielles
Le département de Loire Atlantique était découpé en cinq
intersecteurs de psychiatrie infanto-juvénile dont deux dépendent du pôle
de psychiatrie. Les moyens attribués à ces deux intersecteurs se sont
avérés notoirement insuffisants, en particulier pour l'un de ces deux
services.
Dans le droit fil des conclusions du rapport de la
Mission Nationale d'Appui en Santé Mentale, la mise à niveau de
l'intersecteur 2 a été réalisée, dans un premier temps, par l'avenant
spécifique à la psychiatrie du contrat d'objectifs et de moyens liant le
C.H.U. à l'A.R.H., mise à niveau en terme d'effectif et de capacité
d'accueil.
2/ Réalisations
intersectorielles
Pédo-psychiatrie de liaison
L'amélioration de la réponse pédopsychiatrique dans le
cadre de l'hôpital de la Mère et de l'Enfant (H.M.E.) a également été
rendue possible grâce à l'étoffement d'une équipe pluridisciplinaire
spécialisée déjà implantée à minima. La psychiatrie infanto-juvénile,
présente au sein même des services pédiatriques et obstétriques, permet
une concomitance des soins psychique et somatique. Un projet d'unité
médico-psychologique de médecine de l'adolescent au sein du H.M.E. doit
prochainement voir le jour.
Prise en charge des grands enfants et
adolescents
La création d'un centre psychothérapique pour grands
enfants et adolescents (12-18 ans) doit permettre une réponse aux besoins
croissants repérables au niveau de cette tranche d'âge (troubles du
comportement et des conduites notamment), lesquels justifient des réponses
adaptées au contexte particulier de l'adolescence.
Prise en charge des très jeunes
enfants
L'organisation d'une réponse pédo-psychiatrique
intersectorielle adaptée aux très jeunes enfants (moins de 3 ans) sera
dorénavant possible par la mise en place d'une consultation spécialisée en
relation étroite avec la P.M.I. (D.I.S.S.) ainsi que par la création d'un
lieu de soin spécifique à cette tranche d'âge.
Prise en charge "Mère-Enfant"
Les situations de souffrances précoces des très jeunes
enfants (notamment la maltraitance ) ainsi que le travail de prévention à
réaliser auprès des enfants de malades mentaux ont conduit à élaborer un
projet spécifique. Dans un avenir proche (2002), un certain nombre de lits
d'hospitalisation spécifique "Mère-Enfant" seront mis en place au sein du
pôle de psychiatrie, dans un partenariat entre la psychiatrie adulte et la
pédo-psychiatrie, le tout à vocation intersectonielle et régionale.
DES ARTICULATIONS
DEPARTEMENTALES
Les articulations départementales avec les deux C.H.S.
voisins de Blain et Montbert ainsi qu'avec l'hôpital général de
Saint-Nazaire ont justifié la création d'un syndicat départemental de
psychiatrie. Servant de cadre au regroupement de moyens
inter-établissements dans les domaines de l'accueil familial
thérapeutique, de l'hospitalisation pédo-psychiatrique à plein temps,
celui-ci cherche également à fédérer et coordonner les activités de
recherche clinique et les collaborations
avec le secteur médico-social ainsi qu'au
niveau alcoologique.
UNE FORMIDABLE
MUTATION
L'élaboration d'un projet médical novateur et ambitieux
a donc fait suite aux conclusions du rapport de la Mission Nationale
d'Appui en Santé Mentale.
Ce formidable élan qui a bénéficié d'emblée d'un soutien
sans ambiguïté de la direction du C.H.U., et de l'A.R.H. a nécessité la
mobilisation de l'ensemble des acteurs médicaux et para-médicaux du pôle
de psychiatrie (soit plus de 650 personnes...).
* Dans le champ de la pédo-psychiatrie, le
développement de nouveaux axes de soins a pu se faire grâce à une
évolution positive des effectifs dans le cadre de l'avenant au contrat
d'objectifs et de moyens signé entre l'Agence Régionale d'Hospitalisation
et le C.H.U. de Nantes.
* Dans le champ de la psychiatrie adulte, par
contre, l'ensemble de la réorganisation de l'offre de soin a dû se faire à
effectifs non médicaux constants ; malgré un début de renforcement de
l'encadrement médical, celui-ci reste très insuffisant.
La création de l'ensemble des structures
intersectorielles a nécessité le redéploiement de 105 lits et places (71
lits et 34 places) sur un total de 650 lits et places existants. Un tel
redéploiement n'a pu se concevoir sans de profondes restructurations au
sein de chaque service. Ces services ont dû, pour créer les structures
intersectorielles, mettre à disposition une partie non négligeable des
effectifs et des moyens dont ils disposaient auparavant. Sans cet effort
de chacun, il eût été nécessaire de créer plus de 40 équivalents temps
pleins non médicaux.
Cette éventualité n'étant pas envisageable, le
comité médical du pôle de psychiatrie a décidé la suppression d'un des six
services, ce qui permettait, en outre, de renforcer les effectifs des
secteurs restants en place (à hauteur, globalement, de 20 équivalents
temps pleins non médicaux).
Bien évidemment, cette "solution" a impliqué
un redécoupage sectoriel qui a également cherché de façon innovante à
intégrer des paramètres tels que la morbidité réelle, les flux de
population au sein de l'agglomération et les références de quartier de la
ville. Une augmentation de l'activité des cinq secteurs restants et un
redéploiement massif des personnels, tout corps et grades confondus a été
mis en œuvre au 1er octobre 2000. Suite à cette réorganisation,
un tiers des personnels avait changé de lieu d'exercice
professionnel.
Ce vaste mouvement a été réalisé en prenant en
compte, autant que faire se pouvait, les désirs et compétences spécifiques
de chacun des personnels du pôle de psychiatrie. Source de beaucoup
d'interrogations voire d'inquiétudes, dont certaines perdurent encore,
cette mobilité a cherché à ce que chacun puisse être acteur de son projet
professionnel et s'inscrire dans une dynamique lui permettant de s'
épanouir dans son travail pour le plus grand profit du patient.
Bien entendu, il reste devant nous encore
beaucoup de difficultés.
Un projet si ambitieux quant à la politique de
soins en santé mentale de l'agglomération urbaine de Nantes ne se "digère"
pas en quelques mois.
Une certaine évolution de nos pratiques
soignantes reste à accomplir.
L'ajustement de certains projets est également
nécessaire, et devra être réalisé avec pragmatisme. Surtout l'implantation
vivement préconisée par la Mission Nationale d'un certain nombre de
structures psychiatriques du pôle comportant une dimension psychosomatique
à proximité des services Médecine Chirurgie Obstétrique de l'Hôtel Dieu
reste à concrétiser dans les prochaines années. Ceci concerne les unités
intersectorielles de crise et d'addictologie ainsi que le service
hospitalo-universitaire.
Néanmoins, les potentialités évidentes de la
psychiatrie du C.H.U. de Nantes peuvent maintenant s'exprimer et répondre
de façon plus adaptée aux demandes de la population, ceci dans un réel
esprit de service public et en tenant compte des indispensables
aménagements des dispositifs sectoriels les plus habituels de façon à
prendre la mesure des spécificités d'une grande agglomération, métropole
régionale en plein développement.
J.P. GUERIN, Directeur Général *
Professeur J.L. VENISSE
Directeur du Pôle de Psychiatrie
V. BERICHEL
Cadre Infirmier Supérieur du Pôle de
Psychiatrie
M. LECLERCQ
Directeur de l'Hôpital
Saint-Jacques
LES SITES ÉTUDIÉS DE 1998 À 2000
La MNASM entretient le plus règulièrement
possible un échange d'informations avec tous les partenaires qu'elle a
rencontré sur le terrain.
La qualité des 4 retours sur sites de ce
numéro de PLURIELS nous fait souhaiter de recevoir de tels commentaires en
provenance des sites que la Mission a visités, dont voici la liste des
rapports publiés en 1999 :
* Charente-Maritime : saisine de la
DDASS
* Savoie : saisine de l'ARH
* Centre Bretagne : saisine de l'ARH
* Drôme : saisine de l'ARH et de la
DDASS
* Pays de Caux : saisine de l'ARH
* Centre Hospitalier de Narbonne : saisine de
l'ARH
* Nièvre : saisine de l'ARH
Les sites en cours depuis
2000
* La Fondation Vallée (Val de Marne) : saisine
du Directeur Départemental des Affaires Sanitaires et Sociales et de
l'ARH
* Gard : saisine de l'ARH
* Var : ancienne saisine de 1995 : bilan de la
situation actuelle demandée par l'ARH de la région PACA
* Dordogne : saisine de l'ARH et de la
DDASS
Les sites à venir
* Centre Hospitalier Gérard Marchant
(Toulouse) : saisine de l'ARH
* Corse : saisine de l'ARH
* Eure : saisine de l'ARH
* Indre et Loire : saisine de l'ARH
Le plan du N.H.S. sur la santé mentale
Santé mentale
14.27 La modernisation
des services de santé mentale est une des principales priorités nationales
du gouvernement. Nous avons déjà créé un programme décennal qui permettra
de mettre en œuvre de nouvelles normes de soins. En avril 2002, des
investissements supplémentaires déjà réservés nous permettront de créer
presque 500 lits sécurisés, plus de 320 lits médicalisés 24 heures sur 24,
170 équipes de proximité assurée et des accès à des services ouverts tous
les jours 24 heures sur 24, pour toutes les personnes qui ont des besoins
de santé mentale complexes. La priorité est de garantir des services mieux
adaptés aux besoins des personnes souffrant d'une maladie mentale grave et
persistante.
14.28 Ce plan inclut
un investissement supplémentaire annuel de plus de 300 millions de Livres
sterling en 2003 et 2004 pour faire progresser rapidement le National
Service Framework.
Services de soins
primaires
14.29 La Plupart des
problèmes de santé mentale sont pris en charge par les services de soins
Primaires. Chez les médecins généralistes, une consultation sur quatre
concerne un problème de santé mentale. Par conséquent, les améliorations
apportées à ce secteur auront un impact important sur la santé et le
bien-être de la population.
* Mille nouveaux diplômés, travailleurs des services de
soins primaires pour la santé mentale, formés à appliquer des techniques
thérapeutiques de base éprouvées et efficaces, seront recrutés pour aider
les médecins généralistes à traiter les problèmes de santé mentale
courants dans tous les groupes d'âge, enfants inclus. En outre, 500
travailleurs sociaux de la santé mentale travailleront avec les médecins
généralistes, les équipes de soins primaires, NHS Direct et les services
d'urgence et d'accident pour assister les patients nécessitant une aide
immédiate. Ce personnel pourra faire appel à des équipes de crises selon
les nécessités.
* En 2004, plus de 300 000 personnes bénéficieront de
l'aide supplémentaire assurée par les nouveaux travailleurs des services
de soins primaires de la santé mentale. Environ 500 000 personnes seront
traitées par le personnel supplémentaire dans les services d'urgence et
d'accueil. Ces transformations réduiront la pression sur les médecins
généralistes.
Psychose - intervention
précoce
14.30 Les
interventions précoces servent à limiter les périodes de non-traitement
des psychoses chez les jeunes. Elles peuvent prévenir les problèmes
initiaux et améliorer les résultats à long terme.
* Cinquante équipes d'intervention précoce seront créées
pendant les trois prochaines années. Elles assureront le traitement et le
soutien actif des jeunes et des familles dans la communauté.
* En 2004, les jeunes qui auront connu un premier
épisode psychotique, tel qu'une schizophrénie, bénéficieront du soutien
intensif et précoce dont ils ont besoin. Chaque année, ces services
soutiendront 7500 jeunes.
Résolution de crise
14.31 Actuellement,
dans de nombreuses régions, l'admission en hôpital est la seule option
pour les patients dont la condition mentale est avancée. Les équipes de
résolution de crise peuvent réagir rapidement, rencontrer les patients,
évaluer la condition et proposer un traitement sur place.
* Au cours des trois prochaines années, 335 équipes
seront créées.
* En 2004, tous les utilisateurs des services
spécialisés de la santé mentale auront accès aux équipes de résolution de
crise, à tout instant. Ces équipes traiteront environ 100 000 personnes
par an, alors que précédemment elles auraient été hospitalisées. Ceci
inclut les utilisateurs d'origine sud-asiatique, africaine ou jamaïcaine
pour qui ce type de service s'est révélé particulièrement bénéfique. La
pression sur les unités d'admission en urgence sera réduite de 30%. En
général, il sera ainsi possible de contrôler cliniquement toutes les
admissions extérieures à chaque région.
Services de proximité
assurée
14.32 Les utilisateurs
difficiles à engager sont peu nombreux. Il s'agit d'utilisateurs très
fréquents de services médicaux, leur diagnostic associe souvent l'abus de
substances et une condition mentale grave. Certains ont un historique de
délinquance. Des services de proximité assurée et d'évaluation intensive
sont nécessaires sept jours sur sept pour maintenir l'engagement des
utilisateurs avec les services, pour protéger les patients et le
public.
* En plus des 170 équipes qui seront mises en place en
avril prochain, 50 équipes supplémentaires seront créées au cours des
trois prochaines années.
* On estime que 20 000 personnes ont besoin de services
de proximité assurée. En 2003, elles bénéficieront toutes de ces
services.
Services pour les
femmes
14.33 Les services de
la santé mentale ne sont pas toujours sensibles aux besoins spécifiques
des femmes. Pourtant elles sont davantage exposées à certains problèmes de
santé mentale, en particulier l'anxiété, la dépression et les troubles de
l'alimentation. La dépression post-natale affecte une femme sur
dix.
* En 2004, les services seront réorganisés pour que
chaque administration régionale dispose d'un centre de consultation
externe réservé aux femmes, au lieu des quelques très rares centres
actuellement ouverts au niveau national.
Assistance pour les personnes
ayant un parent malade à charge
14.34 Lorsqu'on leur
pose la question, la grande majorité des personnes ayant un parent malade
à charge est très préoccupée par la nécessité d'un accès permanent à des
services de santé mentale ouverts 24 heures sur 24. En outre, ces
personnes ont besoin de temps de repos pour réduire les risques
d'isolement social qui sont souvent associés à leurs responsabilités, en
particulier lorsqu'il s'agit de nourrir chaque jour une personne ayant une
maladie mentale profonde.
* En 2004, 700 personnes supplémentaires seront
recrutées pour augmenter les possibilités de congé des personnes
responsables d'un parent malade et pour renforcer les réseaux d'aide à
domicile. Ce type de personnel est très rare actuellement. A cette date,
environ 165 000 personnes ayant à charge un parent malade bénéficieront du
soutien dont elles ont besoin pour assumer les responsabilités qu'elles
ont prises envers leur parent malade.
Hôpitaux de haute
sécurité
14.35 Trois cent à
quatre cent patients séjournent dans des hôpitaux de haute sécurité alors
que cette situation n'est justifiée que par le manque de place dans les
structures correspondant à leur condition. Le gouvernement a récemment
annoncé un budget de 25 millions de Livres sterling pour créer une
capacité de 200 lits en séjour sécurisé à long terme. Ceci permettra de
relocaliser les patients et d'employer 400 travailleurs sociaux
supplémentaires afin d'assurer le soutien intensif nécessaire pour suivre
les patients après leur sortie. En 2004, jusqu'à 400 patients pourront
avoir quitté les hôpitaux de haute sécurité et vivre dans une structure
adaptée à leur condition.
Services des prisons
14-36 Environ 5 000
personnes ayant une maladie mentale grave sont en prison, à un moment ou
un autre. Il est essentiel d'améliorer le contrôle médical des personnes
au moment de leur incarcération, d'identifier et d'assurer le traitement
des détenus qui ont un problème de santé mentale. Grâce au nouveau
partenariat entre le NHS et les autorités pénitentiaires locales, environ
300 personnes seront recrutées.
* En 2004, 5 000 détenus bénéficieront de services de
santé mentale plus complets. Toutes les personnes présentant une
pathologie mentale auront un traitement adapté. Aucun détenu ayant une
maladie mentale profonde ne pourra être libéré sans un plan de traitement
et un coordinateur de la thérapie.
Nouvelles structures
14.37 Pour garantir
l'intégration locale efficace des services sociaux et de santé mentale,
des instruments légaux permettront la création de trusts administrateurs
de ces services combinés. Chacun de ces trusts sera nécessaire pour créer
un Service de liaison et de protection des patients (Patient Advocate and
Liaison Service - voir paragraphe 10. 17)(1).
14.38 La loi de 1993
sur la santé mentale sera amendée pour créer une nouvelle structure légale
capable de refléter l'évolution récente des soins et des traitements pour
les maladies mentales profondes. Elle se concentrera sur la gestion des
risques et la garantie de meilleurs résultats au niveau de la santé des
usagers.
14.39 Le gouvernement
étudie des propositions concernant les personnes dont les troubles
profonds de la personnalité constituent un danger avéré pour le public. En
2004, 140 hébergements sécurisés supplémentaires, 75 structures d'accueil
spécialisées dans la réhabilitation et 400 postes seront créés pour cette
catégorie.
Conclusion
14-40 Les nouveaux
investissements et les réformes importantes permettront de moderniser les
services de traitement des maladies cardio-vasculaires, du cancer et des
maladies mentales. Des milliers de patients bénéficieront des services
ainsi améliorés, mieux conçus pour répondre à leurs besoins. En outre, une
combinaison similaire de mesures de développement et de réforme
contribuera à améliorer les services destinés aux personnes âgées.
(1) National Health Service
Correspondance
En réaction au n° 25 de PLURIELS sur l'offre de soins,
nous avons reçu du Dr J.-P. VIGNAT le commentaire suivant :
L'article de V. KOVESS est tout à fait intéressant. Il
appelle cependant deux ordres de remarques :
* Bien documenté, il s'appuie sur de nombreux travaux,
presque tous anglo-saxons, mis à part l'enquête de Viviane elle-même. Or,
les références sont
inexploitables pour le lecteur en l'absence d'une
liste bibliographique (qui a peut-être été établie par l'auteur sans nous
être transmise). De plus, nombre d'informations sont peu explicites pour
le lecteur non averti : le DSM n'est connu en Europe, notamment en France,
qu'à partir de sa version III ; les versions I et II, de construction très
différente des suivantes et de référence psychodynamique, ne sont que
rarement citées dans les travaux courants. L'ECA ne dira rien au lecteur
moyen. De même, la plupart des instruments sont cités par leurs initiales
et n'évoquent rien pour ce même lecteur. Un effort de clarification et de
simplification apparaît nécessaire.
* L'affirmation d'une corrélation entre les besoins en
soins (par conséquent, les moyens à apporter) d'une population et certains
déterminants socio-économiques est d'un immense intérêt pratique et
immédiat (les ARH s'efforcent d'égaliser les moyens des secteurs en dehors
de toute référence valide, ainsi, l'ARH Rhône-Alpes prend comme
critère l'effectif de la population ... ). C'est, me semble-t-il,
l'axe de l'article. Cette thèse gagnerait à être davantage argumentée et
soutenue, en citant les travaux français, en détaillant les indicateurs
sociaux et en proposant les choix les plus pertinents. Il conviendrait
également de montrer les limites de cette méthode.
Le texte proposé par V. Kovess est suffisamment long
pour aller à la pratique. Sauf erreur, PLURIELS est un périodique destiné
aux professionnels, médecins, gestionnaires et cadres infirmiers ; les
articles ne doivent pas en rester à un exposé académique, ce qui est la
marque de ce texte.
Docteur J.-P. VIGNAT
Psychiatre des Hôpitaux
LA RÉPONSE DE LA MNASM
Une partie des remarques exposées par le Dr VIGNAT est
juste, même si elles sont un peu sévères à l'égard d'une tentative qui a
le mérite d'exister : comment en effet exposer en quelques pages un
maximum d'informations cruciales et leur problématique ? Notre but était,
même s'il est imparfaitement ou maladroitement atteint, de participer
modestement à la réouverture et à la diffusion de cette question de
l'épidémiologie et de son utilisation, insuffisamment privilégiées en
France. Mais il est certain que ce texte ne prétend pas fermer le débat,
bien au contraire. Il l'ouvre et invite l'épidémiologie française à
poursuivre et développer des travaux aujourd'hui très
fragmentaires.
CONJUGUER SEPARATION ET
DISTANCE ?
A propos du n° 24 de PLURIELS sur la restructuration de
Maison-Blanche, nous avons reçu le commentaire que voici, du Dr J.-P.
LUAUTE.
Je lis toujours avec beaucoup d'intérêt PLURIELS. Dans
le numéro de décembre 2000 est décrit, une "restructuration en devenir" à
partir de l'hôpital de Maison-Blanche.
Nos collègues, Charles REBOUL et Denis MAQUET, qui ont
pu, grâce à leur administration, utiliser pour les besoins de leur secteur
la clinique désaffectée Rémy de Gourmont apprécient cette structure de
proximité et formulent quelques réflexions "enthousiastes et critiques".
La conclusion de leur article a retenu toute mon attention. Ils écrivent :
"loin de considérer l'implantation d'une structure de soin au sein du
secteur comme étant la solution pour tous les patients, il nous est apparu
évident qu'il faut encore plus différencier les prises en charge en
conservant des unités d'hospitalisation à distance de la
population...".
Je les rejoins parfaitement, avec une certaine
antériorité, puisque c'est dès 1978 que le secteur 26 G 02, dont je suis
le responsable, a pu prendre possession à Romans d'une clinique
désaffectée Le Vercors, située à proximité de l'hôpital général, pour y
installer le centre du dispositif avec notamment un service
d'hospitalisation plein temps de 25 lits. Toutefois, nous avions d'emblée
insisté sur la nécessité de maintenir deux lieux d'hospitalisation, l'un,
intra-muros, l'autre à distance de la Cité pour une catégorie de malades
bien précise.
Je me suis efforcé, pendant des années, d'expliquer
cette nécessité à notre Tutelle et j'ai pu résister à toutes les
propositions d'un regroupement de ces malades, sur un seul site en pleine
ville ! Je me félicite d'avoir tenu bon.
Quand la Mission d'Appui est venue nous visiter, j'ai
donc exposé mon point de vue, qui a été rapporte page 19 du Rapport
d'octobre 1999, avec le commentaire suivant : "la structure de
l'hôpitaI-
village de Saint-Vallier est jugée irremplaçable pour
prendre en charge des malades désocialisés, les séjours de longue durée ou
nécessitant un éloignement de la cité, les hospitalisations d'office. A
notre connaissance, aucun argument d'ordre thérapeutique ou clinique, ne
vient au niveau national appuyer cette option" (c'est moi qui
souligne).
Je constate que des collègues, qui travaillent sut le
terrain, partagent mon analyse, et j'ai appris que d'autres expériences
analogues de fonctionnement sur deux sites (et pour les mêmes raisons)
avaient été réalisées avec succès depuis des années, par exemple à Nîmes,
mais sans les honneurs d'une publicité nationale.
Restant à votre disposition, je vous prie de croire,
Cher Collègue, à mes meilleures salutations.
Docteur J.-P. LUAUTÉ
LA RÉPONSE DE LA MNASM
Les questions que pose le Dr LUAUTÉ sont fondamentales à
plus d'un titre :
* Selon nous, il est exact que le dispositif de réponse
institutionnelle gagnerait à se segmenter plus clairement selon
l'intensité et la durée, la promiscuité des réponses actuelles n'étant en
effet favorable ni aux besoins diversifiés des patients ni à une
lisibilité fonctionnelle des structures, ni à une optimisation des coûts
et à leur répartition la plus utile.
* Le travail sur les sites que nous visitons nous fait
souvent observer actuellement un niveau de développement des CHS qui,
s'ils veulent effectivement délocaliser des lits à l'hôpital général ou
dans la communauté, doivent donner à la partie délocalisée du segment
hospitalier une taille critique "absorbable" par le récepteur. Nous ne
sommes pas défavorables, par principe, à un transfert partiel, car la
diversification et la modernisation de la réponse hospitalière nous
semblent prioritaires. Mais nous voyons bien aussi que cette organisation
de la psychiatrie (injustement condamnée comme étant "à deux vitesses"),
arrange l'hôpital général, qui évite les patients les plus perturbateurs
et retarde ainsi le moment inévitable de confrontation à une psychiatrie
plus complète, et le CHS lui-même qui, en ne délocalisant qu'une partie de
ses activités, se garantit durablement un flux sur son site d'origine.
D'après nous, cette situation peut rester valable comme période de
transition. Elle nous paraît moins justifiée sur le long terme.
* Nous sommes plus réservés sur le fait de conjuguer
séparation et distance, qui ne sont pas liées entre elles. Séparer (ce qui
est une des toutes premières fonctions de l'hospitalisation), stabilise et
abaisse les tensions, mais ne change pas forcément la crise des relations
qui a amené l'hospitalisation. Enfin, la distance est souvent un obstacle
pratique, et l'on peut séparer à faible distance (parfois même sans passer
par l'hospitalisation). Et puis, il faudra bien que les violons des
discours de la psychiatrie s'accordent. On ne peut pas à la fois concéder
que l'essentiel se joue dans la communauté et affirmer en même temps que
la séparation et surtout la distance sont bonnes, même si c'est pour un
petit nombre de patients.
Quoiqu'il en soit, la remarque de notre collègue
justifierait bien des développements, tant elle se situe au cœur des
dilemmes pratiques, éthiques, idéologiques et techniques de la
psychiatrie.
(1) UK = Patient Advocate and Liaison Service
FR = Service de liaison et de protection des patients Reference to
paragraph 10.17 where, previous translation may differ.