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I LES INFIRMIERS VUS DU DEHORS
L'OPINION DE LA FNAP
PSY
Nous nous
trouvons actuellement devant une mutation dans le champ de la Psychiatrie.
Non seulement par l'écoute de la parole collective des usagers, au travers
de leurs associations, mais aussi devant l'évolution de la société
actuelle, Les personnes en souffrance psychique, soignées en secteur
psychiatrique, ne sont pas seulement des personnes dites "psychotiques".
L'éventail des personnes soignées passe de la personne dépressive
(avec ou non tentative de suicide) aux personnes dites à "autonomie
réduite" incapables, selon certains, de vivre dans la cité.
L'infirmier en psychiatrie doit répondre à
toutes ces demandes, en s'adaptant humainement à chaque personne soignée.
Cela demande une approche différente de la médecine somatique, un "savoir"
qui est à la fois inné et acquis.
* Un savoir inné, car un infirmier ne peut
choisir la voie de la psychiatrie, que s'il est capable d'assurer des
soins à des personnes qui sont en demande d'écoute, de disponibilité. Il
lui faut de réelles qualités humaines, une remise en question permanente,
une certaine dose d'humilité.
* Un savoir acquis, spécifique, car l'approche
de ces personnes doit répondre à certaines règles, qui ne peuvent
s'apprendre que sur le terrain et par une formation adaptée.
C'est là que nous, Fédération Nationale des
Associations de Patients en Psychiatrie, réclamons une spécialisation du
diplôme d'infirmier. Nous sommes passés du diplôme de "sous-infirmier
psychiatrique" au diplôme commun. Cette étape a été bénéfique, car nous
avons vu arriver des infirmiers "vierges" de toute idée préconçue, qui ont
pu parfois faire bouger certaines pratiques. Mais très vite nous avons pu
constater qu'un "savoir" humain en plus était indispensable.
Une spécialisation est donc, à notre point de
vue, importante. Cette spécialisation devrait pouvoir être acquise en
formation initiale, et en formation continue. Nous pensons que dans la
formation initiale, un cursus de 6 mois, avec cours dispensés par les
"anciens infirmiers" (par leur connaissance du terrain), par les
associations d'usagers, et des stages en services psychiatriques, serait
performant.
Une formation continue est importante
également. Là, les associations d'usagers pourraient être des partenaires,
afin de permettre aux infirmiers de reprendre conscience du métier qu'ils
font, et du regard des personnes soignées quant aux pratiques courantes.
C'est pourquoi nous avons créé au sein de la Fnap Psy, une association de
formation (Association pour la Connaissance par l'Expérience -
ACE) qui devrait répondre à ce besoin, qui,
nous en sommes sûrs, va se faire sentir.
Nous sommes actuellement face à une pénurie
d'infirmiers. D'infirmiers en général, d'infirmiers en psychiatrie en
particulier. Cette spécialisation pourrait faire engendrer des vocations,
car il s'agit bien quand même de vocation quelque part, et devrait, bien
entendu, être accompagnée d'une rémunération en rapport avec les services
rendus. Cette rémunération, attractive, devra appeler, en retour, un réel
effort des bénéficiaires quant au travail effectué. Ce travail, adapté aux
nouvelles donnes, à la fin de l'hospitalo-centrisme, devra être créatif,
actif, imaginatif.
Ce "nouveau métier" apportera, nous en sommes
sûrs, une réponse à la peur de la violence, souvent ressentie par le
personnel infirmier. Nous pourrions travailler ensemble pour éviter la
violence, dans un sens comme dans l'autre, il ne faut pas oublier que les
structures fermées, les institutions toutes puissantes, engendrent la
violence réactive. Un véritable travail de prévention peut et doit être
fait. Nous avons pu le constater de nombreuses fois au sein de nos
associations, une situation de violence peut être désarmorcée par la
parole, la prévention.
Nous en sommes sûrs, l'évolution de la
psychiatrie est en route. Les infirmiers en seront un des principaux
acteurs. Nous sommes prêts à travailler avec eux.
FNAP PSY *
EDITORIAL
TRANSITION Transition est le mot
qui résume le mieux le passage où nous sommes engagés entre un système de
la psychiatrie "de facto" et un système de la santé mentale "à
construire".
La transition est un moment de durée indéterminée.
À son terme seront tissés des rapports nouveaux entre le
sujet susceptible de bénéficier
de l'aide et du soutien des structures professionnelles, et
des protagonistes
de ces structures mieux adaptées pour répondre à ses
besoins.
Ce moment de transition est difficile
à vivre pour tous les partenaires professionnels, obligés
de remettre
en cause connaissances et savoir-faire, satisfaisant ainsi
aux figures nouvelles de la prise en charge, dans des lieux souvent
inhabituels, au sein d'une équipe dont les membres parfois s'ignorent et
toujours relèvent de cultures spécifiques.
Ces difficultés peuvent aller jusqu'à
la mise en cause de l'identité des professions ainsi mises
en question et déstabilisées.
Les témoignages réunis dans ce numéro 27 de PLURIELS
indiquent que l'infirmier vit cette transition avec une peine
particulière, une souffrance tenant à la situation qu'il occupe au
carrefour du soin et de la prise en charge, du médico-social et du social
;
à un moment où la prévention tend
à occuper une place plus large que naguère et où, surtout,
l'usager de
la santé mentale devient sujet.
La durée de la transition d'aujourd'hui est étroitement
liée au temps nécessaire à l'infirmier, et aux autres acteurs du soin et
du social, pour acquérir les savoir-faire nouveaux, qui, mis en œuvre, les
replaceront au cœur du système.
C. Bonal
A QUOI SERVENT LES
INFIRMIERES PSY ?
L'OPINION D'UN USAGER
J'ai commencé à me
poser cette question dès que j'ai été hospitalisé, en 1966-67, en service
très fermé, pour schizophrénie. La réponse qui me venait alors
spontanément à l'esprit était que les infirmières psy, sont
particulièrement humaines parce qu'on voit bien "qu'elles n'hésitent pas à
discuter avec les malades car elles les aiment beaucoup". En plus, ce qui
me paraissait vraiment très dur pour elles, c'était qu'elles
s'entretenaient surtout avec les malades de leurs peurs, de leurs délires
et de leurs passages à l'acte, pour leur remettre "les pieds sur terre",
et cela malgré les «"drogues"... pas toujours très efficaces, tout de
suite, en début de traitement, quand c'était des urgences ... comme ce fut
d'ailleurs aussi mon cas. J'étais aussi au courant qu'à l'hôpital psy,
elles étaient obligatoirement diplômées, contrairement aux cliniques
privées ... mais qu'elles étaient très mal payées ... que ce soit en
public ou en privé. Je fantasmais volontiers que les études d'infirmière
psy devaient être quand même assez difficiles; qu'en tous les cas, pour
bien faire ce métier, il fallait une très bonne formation théorique et
pratique ... et surtout des qualités humaines exceptionnelles
d'empathie.
Mais, par la suite, du fait de nouvelles
hospitalisations, surtout au début des années 1990, j'ai malheureusement
été obligé de constater une dégradation des soins des infirmières psy :
elles ne discutaient plus du tout avec les malades, et se contentaient
seulement de distribuer "tristement", cachets, piqûres, et nourriture ...
Le reste du temps, elles le passaient toute la journée dans leur fameux
"aquarium", c'est-à-dire la pièce vitrée où elles sont censées discuter
des problèmes des malades ... En réalité, quand les malades y allaient,
par exemple pour signaler "qu'il y a quelqu'un qui pleure" ... on
s'apercevait vite qu'elles ne parlaient entre elles que de leurs problèmes
personnels, ... comme par exemple "la dernière diarrhée verte du dernier
petit bébé" ... et quant au malade qui "pleure toujours", "Eh bien, on lui
a donné ses médicaments, le mieux c'est de le laisser pleurer" ! Des
histoires de ce genre, j'ai pu en voir beaucoup ... Je me suis donc
demandé si cela n'était pas spécial aux infirmières à qui j'avais à faire
ou bien peut-être au pavillon ou au service où j'étais enfermé ... Par
ailleurs, dans cet hôpital, quand je voyais le psychiatre, y compris même
si c'était le chef, j'étais reçu en même pas cinq minutes ... même quand
c'était pour des idées de suicide ... Ce dernier m'a d'ailleurs prévenu,
la dernière fois, dès que je suis arrivé dans son service: "Vous ne
resterez hospitalisé qu'une semaine car pour des idées de suicide, ça
suffit!" Je suis donc sorti au bout de huit jour ... et toujours avec mes
idées de suicide ... (lesquelles, pour le médecin traitant qui avait
demandé mon hospitalisation, étaient un symptôme de ma schizophrénie qui
continuait toujours)...
Vers fin 2000, je me posai la question
suivante à propos des soins des infirmières psy : "Pourquoi une telle
dégradation, d'autant plus qu'autour de moi, je ne suis pas le seul à
avoir constaté ce fait? De nombreux malades s'en plaignent aussi, donc, je
n'ai quand même pas eu au début des années 1990, des hallucinations de
toutes sortes quand j'ai été à nouveau enfermé !".
Les circonstances ont fait qu'en tant que
militant de base de certaines associations d'usagers de la psychiatrie,
j'ai été amené à lire tous les livres du célèbre Professeur Edouard
Zarifian, "spécialiste" de l'abus des médicaments psychotropes en France,
pour lesquels nous battons le record du monde de consommation. Je crois
d'ailleurs bien avoir compris le problème qu'il soulève, puisque d'une
douzaine de médicaments psychotropes (notamment les tranquillisants, les
hypnotiques, les neuroleptiques incisifs et sédatifs, les antidépresseurs)
que je prenais depuis quarante ans, j'ai réussi en quinze jours (même si
pendant deux semaines je n'ai pas dormi du tout et ai été très agité
intellectuellement), à me sevrer complètement ... Si bien que du point de
vue psychiatrique, je ne prends plus seulement qu'un seul comprimé à dose
moyenne, d'un seul antipsychotique ou "neuroleptique atypique". J'ai donc
depuis lors demandé à être suivi par un psychiatre-psychanalyste de la
même génération que le professeur E. Z., et nous sommes certains tous les
deux qu'il n'y aura plus de rechute dans la schizophrénie, et de toute
façon, il n'y en a plus le moindre nouveau symptôme.
Mais ce n'est pas tout! En effet les livres du
professeur E. Z., expliquent bien les raisons de cette dégradation des
soins des psychiatres et donc, à mon avis, en corollaire, cette
dégradation aussi, en même temps, des soins des infirmières psy! Pour moi,
il est bien évident, maintenant, en réponse à la question : "A quoi
servent les infirmières psy ?", que si elles ne sont utiles qu'à
distribuer des cachets, faire des piqûres et donner à manger, d'une part,
c'est bien triste pour elles, mais surtout, elles ne sont plus de
véritables infirmières psy, donc, d'autre part, il n'y a plus besoin ni
d'études spécialisées en psychiatrie, ni non plus de diplôme spécifique
... Surtout, si c'est pour qu'elles passent leur temps, presque toute la
journée, à être enfermées entre elles dans "l'aquarium", sous les regards
ébahis, abrutis, indifférents ou humiliés des malades ...
Il faut donc absolument, pour les malades
comme pour les militants de base des associations d'usagers de la
psychiatrie, lire tous les livres du professeur E. Z. En effet, je ne peux
pas, dans le cadre modeste de cet article, résumer toute la pensée de cet
auteur, sur les raisons de la dégradation des soins en psychiatrie, au
risque de la déformer ... car les choses ne sont pas obligatoirement très
simples ... et les infirmières, les médecins généralistes, les
psychiatres, voire les cardiologues et bien d'autres spécialistes, sont
aussi concernés, à mon avis, par tout ce qu'il a écrit, de si intelligent
...
LUCIEN JEWCZUK *
FNAP PSY
D'HIER À DEMAIN : ÉVOLUTION DU
RAPPORT MÉDECIN-INFIRMIER
Pour savoir où l'on
est et où l'on va, il n'est pas interdit de se souvenir de l'histoire;
sinon, le retour de la mémoire peut se faire à l'insu de toute lucidité.
L'infirmier(e) qui travaille au sein d'une équipe de psychiatrie,
qu'il(elle) soit en position de soin et/ou de cadre, a vu son statut et
l'exercice de son métier se modifier considérablement ces dernières
décennies, en particulier du côté de ses rapports avec les
psychiatres.
Quelques éléments de mémoire
« Manières de procéder en vue d'une injection
intraveineuse :
1er - Avancer la chaise du docteur.
2ème - Installer confortablement le
malade sur ses oreillers...
7ème - Lorsque le docteur s'est lavé
chirurgicalement les mains, lui glisser, si c'est l'habitude, la seringue
qu'il monte puis l'aiguille qu'il adapte...
NB : Si le docteur le désire, on peut lui badigeonner le
bout des doigts avec de la teinture d'iode(1) ».
Ces extraits rappellent sans fard le rôle de "servante
du docteur" autrefois dévolu à l'infirmière. On note que " le docteur"
apparaît, dans ce texte de 1936, avant le bénéficiaire du soin.
On sait que les asiles ont fonctionné longtemps sur le
modèle militaire: ils ont d'ailleurs dépendu du Ministère de l'Intérieur
jusqu'en 1922. Le médecin chef en était le référent absolu, il soignait
les aliénés et régnait en maître sur des gardiens sans instruction (mais
non nécessairement sans qualité). Cette modalité du rapport, la soumission
acceptée comme un état de nature, fait aujourd'hui sourire et frémir ;
mais il serait erroné de penser qu'elle est abrasée de la mémoire
collective, tout au plus peut-elle être déniée ou contre-investie.
L'émancipation
infirmière
Elle s'est réalisée progressivement. Dans nombre des
services, il n'y a pas si longtemps, le(la) surveillant(e) participait
seul(e) à l'entretien du médecin avec le malade et il (elle) transmettait
les consignes à des infirmier(e)s qui ne parlaient pas avec le
médecin.
En 1955, un programme de formation pour les soins
infirmiers est rendu obligatoire sur le territoire national.
En 1975, création des premières écoles de cadres en
psychiatrie. Les surveillant(e)s ne sont plus choisi(e)s par le seul
médecin-chef ni à la seule ancienneté, bien que les mesures de transition
aient duré longtemps.
La hiérarchie infirmière s'autonomise vis- à-vis de la
DRH et des médecins chefs, avec un point culminant en 1991 : la mise en
place du directeur du Service des Soins Infirmiers. La responsabilité des
actes infirmiers est affirmée par la loi, comme une déontologie
spécifique.
Parallèlement, on assiste à l'appropriation d'une
culture du sujet, en relation, entre autre, avec l'introduction de l'idée
psychanalytique, et cela au delà des psychanalystes et psychiatres. Il
devient de plus en plus difficile de respecter le patient en tant que
sujet sans l'instauration de relations de reconnaissance réciproque à
l'intérieur des équipes. Les techniques infirmières deviennent
sophistiquées, à la fois sur le plan de la technique médicale et des soins
relationnels.
Un nouveau métier
L'infirmier(e) de secteur psychiatrique,
devenu(e) infirmier(e) DE depuis la réforme des études infirmières,
apparaît aujourd'hui avec une compétence reconnue, au sein d'un pouvoir
infirmier qui n'hésite pas à s'assumer comme tel. L'infirmier(e) en
psychiatrie est aujourd'hui un soignant qui parle, et dont la parole est
écoutée: au niveau des entretiens qu'il peut conduire seul ou à la pointe
des réseaux qui se constituent, en particulier avec les partenaires
sociaux. Si l'infirmier ne prescrit pas, il transmet par son action le
sens du traitement ; si l'infirmier ne signe pas les conventions, il les
fait vivre effectivement, avec d'autres, en tant qu'acteur de terrain au
plus près.
L'avenir de la collaboration
médico-infirmière
Si Ia direction des secteurs de
psychiatrie reste médicale, la collaboration médico-infirmière constitue
l'axe de l'organisation d'une équipe autant sur le plan hiérarchique que
sur le terrain clinique; avec, il est vrai, une prise en considération
insuffisante des cliniciens ni médecins ni infirmiers, tout au moins sur
le plan institué (psychologues, cadres socio-éducatifs, psychomotriciens,
orthophonistes).
La carence quantitative des psychiatres
de secteur, qui va aller croissant, laisse ouverte des possibilités de
transformation dans l'institution. Pour autant, il convient d'éviter
certaines dérives :
- les divers métiers au sein de l'hôpital
et du secteur peuvent avoir la tentation de penser davantage en terme
d'intérêts corporatistes que d'institution au service du soin et du
travail en santé mentale ;
- il peut y avoir risque de rupture entre
les rôles et le sens, entre les rapports opératoires du travail et la
reconnaissance réciproque des acteurs.
A l'inverse, le couplage
médecins/infirmiers suppose:
- une conception évolutive du cadre, sans
excès d'investissement narcissique corporatiste ;
- un accord suffisant sur les principes,
qui inclut le débat, c'est-à-dire une saine
conflictualité et la capacité de tenir
des positions différentes dans le respect de la place de chacun ;
- il suppose enfin l'intégration de ce
principe de base : le soin institutionnel en Psychiatrie comme en Santé
Mentale consiste d'abord à remettre en lien ce qui est morcelé, coupé ; la
thérapie du lien n'est pas seulement pour les autres...
1 Mémento pratique de l'infirmière
hospitalière (page 95), Clinique-Ecole des soeurs de Niederbronn (Colmar -
Strasbourg), septembre 1936.
JEAN FURTOS *
Psychiatre, Chef de service (69
G09)
MICHEL BELLAND
Cadre Infirmier Supérieur (69 G
09)
QUELS RAPPORTS AVEC LES
INFIRMIER(E)S PSY ?
L'OPINION D'UNE MERE
Que dire de mes
rapports avec les infirmiers (ères) ? Comment ai-je vécu mes rencontres
tant à l'hôpital que dans les structures extra-hospitalières. Mon
témoignage ne reflète sans doute pas l'opinion de tous les parents mais
nous dirons que c'est le mien.
Après de nombreuses hospitalisations de ma fille, soit
en HDT, soit avec son consentement, mes rapports avec les soignants ont
évolué dans le sens d'une plus grande compréhension de part et d'autre,
moins d'agressivité de ma part en particulier. Toutefois je m'étonne
d'être obligée de demander à qui l'on s'adresse, est-ce Paul, Nicole ou
Jacques; ne pourraient-ils pas se présenter ? Il me semble que cette
démarche serait souhaitable pour établir des liens entre les soignants et
les familles, tellement bouleversées lors d'une première crise. On parle
du Référent, mais qui est-il ? Ce n'est pas toujours le même, il n'est,
bien sûr, pas toujours présent, on ne connaît pas bien son rôle, alors on
se pose des questions. Ce qui me gênait également, c'était les entretiens
avec le médecin en présence d'une infirmière, souvent accompagnée d'une
stagiaire nouvelle. Le médecin parlait, ma fille souvent confuse
s'exprimait difficilement et moi-même je n'osais pas toujours m'exprimer
librement. Quant aux infirmières elles n'intervenaient jamais, ce que je
trouvais curieux. J'espérais qu'après mon départ une discussion se
poursuivait entre le médecin et celles-ci mais cette attitude me gênait.
Mon agressivité a éclaté un jour envers un infirmier, style gardien de
prison. Celui-ci bien sûr a très mal pris mes injures et puis j'ai appris
à le connaître et je me suis aperçue qu'il connaissait bien ma fille, et
nos rapports sont devenus tout à fait normaux et bienveillants. Il est
vrai que nous attendons beaucoup du Corps des Infirmiers(ères) et
souhaitons parfois des réponses plus précises à notre demande: "Comment va
ma fille aujourd'hui ?" -'Vous la connaissez, c'est toujours pareil". La
réponse est brève, alors de peur de déranger on raccroche le téléphone. Il
m'a fallu du temps pour me sentir un peu à l'aise en allant voir ma fille
à l'hôpital et oser frapper à la porte du Bureau des Soignants pour leur
parler et poser des questions car, lorsque vous arrivez pour la visite, on
vous désigne la salle d'accueil et vous attendez, parfois un peu
longtemps, avant que votre fille arrive. Vous êtes seule et l'on ne vous
dit rien. On souhaiterait parfois un peu plus de "chaleur humaine" et plus
d'explications sur le traitement et la maladie. Peut-être sommes-nous trop
exigeantes, mais devant la souffrance de nos enfants nous attendons
beaucoup des infirmiers(ères). Ceux-ci nous semblent avoir un rôle très
important tant pour l'accueil des familles que pour les soins prodigués à
nos enfants. Nous admirons par ailleurs leur patience devant des malades
parfois difficiles.
P. MONOD *
DES INFIRMIERS QUI QUITTENT LE
MÉTIER
Devant les difficultés
croissantes de recrutement de personnels infirmiers et paramédicaux en
secteur de soins généraux, et plus particulièrement en santé mentale, il
est préoccupant de voir un certain nombre d'infirmiers quitter la
profession pour embrasser d'autres filières professionnelles.
Participant au Comité régional de Gestion de la
formation, à l'ANFH Ile-de -France, représentant le directeur régional des
Affaires Sanitaires et Sociales, nous avons observé à chaque session
d'analyse des dossiers de demande de formation, qu'un certain nombre
d'infirmiers en santé mentale demandaient à bénéficier d'un congé
individuel de formation pour changement de métier.
Leur demande s'oriente, pour une majeure partie vers
:
- la maîtrise et le DESS de psychologie ou de
sociologie,
- le professorat des écoles qui s'intensifie depuis 2001
(ce changement concerne aussi des infirmiers en soins généraux),
- visiteur médical, etc.
Après sondage auprès de directeurs du service de soins
infirmiers, la charge physique et surtout mentale de ces professionnels
génère un épuisement professionnel important. D'autre part les contraintes
organisationnelles, la permanence et la continuité des soins, ne
permettent plus aux professionnels de pouvoir répondre à une qualité de
vie recherchée.
Ce constat est la conséquence du "burn-out" que l'on
peut situer sur deux périodes :
- avant 1992 (date de la fusion des diplômes
d'infirmiers de soins généraux et d'infirmiers de secteur psychiatrique)
ces derniers étaient "cantonnés" dans les services de psychiatrie. La
polyvalence n'existait pas ;
- depuis 1995, date du diplôme d'Etat infirmier dit
"polyvalent", il s'avère que l'exercice infirmier en établissements de
secteur psychiatrique ne constitue pas le choix prioritaire des nouveaux
diplômés. S'agit-il d'une discipline considérée difficile, d'une formation
en institut de formation en soins infirmiers moins appuyée que lors de
la formation spécifique ?
Par ailleurs, il est important de rappeler que les
élèves infirmiers psychiatriques étaient tous recrutés en qualité de
stagiaire rémunéré et qu'en contre partie ils signaient un engagement de
servir de cinq ans. Au-delà de cinq ans, la fidélisation était le plus
souvent assurée.
Depuis 1992, cette forme de recrutement des élèves
infirmiers n'existe plus. Cette situation a pour conséquence un turn over
dont la source semble être une importante démotivation.
Une des solutions pourrait être de favoriser la
mobilité, ce qui éviterait peut-être le burn-out spécifique au secteur
psychiatrique.
Les modifications actuelles du système de santé
nécessitent une adaptation permanente des professionnels pour répondre à
ces évolutions.
Elles nécessitent un acheminement vers plus de
responsabilisation des infirmiers et une demande de reconnaissance
institutionnelle.
La mise en œuvre du décret N°99-1147 du 29 décembre 1999
relatif à l'application des dispositions de l'article L.474-2 de l'ancien
Code de Santé publique, concernant la formation des infirmiers de secteur
psychiatrique, candidats à l'obtention du diplôme d'Etat d'infirmier en
soins généraux, n'a pas obtenu le succès escompté.
A cette date, seuls 280 infirmiers en santé mentale se
sont inscrits dans le processus de formation du diplôme d'Etat en soins
généraux - sur environ 7100 infirmiers en santé mentale sur
l'Ile-de-France.
Une des explications pourrait être l'élargissement des
lieux d'exercice ayant permis aux infirmiers de secteur psychiatrique
d'exercer toutes les activités relevant de la profession d'infirmiers en
soins généraux (arrêté du 16 décembre 1998* relatif aux lieux d'exercice
des infirmiers de secteur psychiatrique).
SIMONE DESMOULINS *
EDWIGE MICHEZ
Conseillères techniques
régionales
* Cet arrêté a été annulé par décision du
Conseil d'Etat. (séance du 21 juin 2000)
II CE QU'EN PENSENT LES
INFIRMIERS
UNE SPÉCIALISATION
INFIRMIERE EN PSYCHIATRIE ?
Pour de nombreuses
raisons, à l'issue de la formation initiale, les jeunes infirmiers sont
peu, voire dans certains cas, mal préparés à exercer en psychiatrie. C'est
pourquoi il apparaît de plus en plus nécessaire, et de nombreux
interlocuteurs de la psychiatrie en attestent, de prévoir une formation
complémentaire pour les IDE(1) qui souhaiteraient exercer
durablement en psychiatrie. Deux éléments fondent cette position : les
critiques sur la dimension compilative de la formation initiale et le fait
qu'en psychiatrie, plus qu'ailleurs, un
certain nombre de questions ne peuvent être mises à jour
qu'après un minimum d'immersion.
Aujourd'hui plusieurs personnes proposent comme réponse
possible la mise en place d'une spécialisation.
Retour sur les raisons
d'un choix
Le choix d'un diplôme unique en 1992 reflétait l'état
des forces (quantitatif, "conceptuel" et réglementaire) en présence autour
de trois options possibles.
1) Le maintien d'un dispositif scindant psychiatrie et
soins généraux avec, s'agissant des infirmiers psychiatriques, un partage
entre deux tentations :
- une identification aux travailleurs sociaux, en
particulier pour les ISP(2) qui exercent dans la communauté, ce qui les
amène à prendre en compte les problèmes sociaux, la précarité, la grande
solitude rencontrée par les patients ainsi que leurs difficultés à
s'organiser dans la vie sociale,
- la fascination pour la psychothérapie. Mais avec
toutes les ambiguïtés et toutes les limites du bon vouloir médical, les
considérations n'ont quasiment pas bougé. Sauf peut-être que la référence
psychanalytique s'est effacée au profit d'un axe biologisant (modèle des
neurosciences) ou pseudo-consensuel (modèle bio-psycho-social).
2) La mise en place d'un cadre unique d'infirmiers au
nom de la polyvalence, voulue par les pouvoirs publics (souci de la
rationalisation des moyens) et de la prise en charge globale de la
personne, voulue par les "décideurs de la profession" (souci identitaire).
Mais, là aussi, que de contradictions entre un discours et la réalité
d'une pratique plus médico-chirurgicale que de soins généraux. Et que
d'ambiguïtés liées à la tentation holistique, qui, sous couvert de
globalité, peut vite s'apparenter à une approche totalitaire.
3) L'inscription dans la profession infirmière, à partir
d'une base en soins généraux (dans la véritable acception du terme)
orientée Santé Publique, et la reconnaissance de la spécificité de la
psychiatrie à partir d'un exercice s'appuyant sur une formation
complémentaire. Bien entendu, cette option, sur laquelle nous reviendrons,
est de notre point de vue la plus pertinente, mais elle nécessite des
étapes intermédiaires, dont celle du passage par le diplôme unique (toute
la question étant de savoir comment le gérer dans une dimension
évolutive).
De nouveaux diplômes non
opérationnels
Face à ces trois possibilités, les pouvoirs public ont
opté pour le deuxième choix, le critère européen étant mis en avant(?) et
ont tenté, au nom de la recherche de consensus, de faire rentrer deux
programmes en un seul. Ce qui, obligatoirement, au plan pédagogique, ne
peut donner qu'un dispositif bancal. Il y a toujours cette impossibilité
française à envisager une réforme pédagogique qui ne poserait pas la
question de ce qu'il faut rajouter, mais de ce qu'il convient de
supprimer. La venue de ces nouveaux diplômés dans les services a donné
lieu à de vives critiques sur le manque d'opérationnalité immédiate, que
ce soit en chirurgie, médecine ou psychiatrie. Cette référence à
l'opérationnalité immédiate (vision utilitariste) est souvent compensée
par une plus grande capacité à se projeter. Moins savoir, mais savoir que
l'on ne sait pas, c'est un progrès, surtout pour ces jeunes infirmiers qui
ont fait le choix du travail en psychiatrie. Nous laisserons la chirurgie
et la médecine de côté pour nous interroger sur la psychiatrie, et nous
arrêter sur quatre aspects pouvant mettre en difficulté les infirmiers
nouvellement diplômés.
La confrontation à la
psychose
L'exercice en psychiatrie, et pas uniquement auprès des
psychotiques, est un travail permanent sur la bonne distance et le respect
(au sens kantien). La formation s'acquiert au plan théorique et au plan
technique. La compétence n'est pas le produit de l'accumulation de savoirs
mais passe par la possibilité de l'interrogation de soi-même.
Les dispositifs anciens, même s'ils étaient
critiquables, avaient au moins la qualité de permettre l'apprentissage de
son métier en observant les aînés avec une transmission par petites
touches (aux plans oral, visuel, mais aussi comportemental) et
l'intégration de la dimension temporelle. Comme aucun ne travaillait de la
même façon, il fallait réussir à prendre ce qu'il y avait de mieux chez
chacun pour trouver son style. Ne pas répondre trop vite, reconstruire par
petits bouts, sans forcément vouloir s'inscrire dans une démarche logique.
Essentiellement être là, sans être oppressant. La formation en psychiatrie
est une formation permanente qui s'intègre d'autant mieux que d'autres
expériences de vie ont été vécues préalablement. Nous savons tous combien
l'entrée dans la psychose détermine un long cheminement avec des périodes
où la symptomatologie peut être envahissante. Tout l'art (et non la
science) infirmier repose alors sur la capacité d'accompagner la
personne en lui offrant quelques points de repère. Le rapport à la maladie
mentale s'inscrit dans le temps. C'est un rêve de technocrate de croire
que la prise en charge de la schizophrénie relève des conditions du court
séjour.
Une logique interdisciplinaire
et pluriprofessionnelle propre à la psychiatrie
La psychiatrie, c'est à la fois sa richesse et sa
faiblesse, se caractérise par une multitude de références et une
multiplicité d'acteurs. La pluridisciplinarité au sein des équipes de
secteur est une donnée importante. L'élargissement des professions
repositionne en permanence les infirmiers. Faute d'une assise et d'une
légitimité suffisantes dans le domaine de la psychiatrie, ils peuvent se
retrouver avec la portion congrue (l'infirmerie par exemple). La
crispation globalisante mal référencée de la formation infirmière prépare
mal au travail en équipe pluridisciplinaire, c'est-à-dire à la
confrontation, au recoupement des compétences et, en même temps, à la
détermination des complémentarités.
La professionnalisation des
interventions
Les professionnels confirmés en psychiatrie participent
à des actions de plus en plus "pointues", par exemple de type "accueil /
orientation", ou "conduite de prises en charge individuelles ou
collectives". Ils peuvent aussi être amenés à exercer une fonction de
conseil auprès d'autres intervenants (sanitaires et sociaux plus
généralistes). Ils sont donc appelés à un élargissement des lieux et types
de leurs interventions. Même si les cadres de références sont multiples,
beaucoup d'infirmiers ont une maîtrise que pourraient leur envier d'autres
catégories intervenant en psychiatrie. S'agissant de la psychiatrie de
liaison, ou de la gestion de l'urgence, notamment à l'hôpital général,
leur "savoir-faire" est largement reconnu. Ils font sortir la profession
des archétypes dans lesquels certains voudraient bien les laisser
enfermés. L'autre élément particulièrement remarquable de la pratique des
infirmiers psychiatriques concerne l'individualisation de leurs
interventions.
Affronter les problèmes
sociaux
L'hôpital, toutes disciplines confondues, n'a pas
échappé à l'intrusion du social. Au même titre que l'école, il a perdu
petit à petit sa position de sanctuaire. Il suffit de passer quelque temps
dans un service d'urgence pour regarder la société, nous pourrions dire la
vraie, avec ses détresses, ses demandes, sa violence parfois. Mais la
psychiatrie a peut-être une petite longueur d'avance, car elle doit s'y
confronter là où ça se passe. Et son interpellation est de règle, surtout
quand plus personne n'y comprend quoi que ce soit. Deux écueils sont alors
à éviter, pour rester dans une position soignante: - la démission face à
la première difficulté (et dans certains cas elle arrive très
vite),
- l'activisme, où faire à la place de l'autre devient la
règle.
La spécialisation infirmière
en soins psychiatriques
La question de la spécialisation est posée depuis de
nombreuses années. Néanmoins, à vouloir aller trop vite sans oser une
remise à plat du dispositif et une étude approfondie de toutes les
questions à se poser, nous prenons le risque d'ajouter un nouveau
problème. Pour nous, le choix de la spécialisation est inéluctable à
terme, nous l'avons écrit plusieurs fois et depuis longtemps. Le seul
intérêt du diplôme unique est de permettre la transition.
Une des principales critiques portées à la
spécialisation en soins infirmiers psychiatriques serait un fonctionnement
par mimétisme des spécialités médicales. Dans la mesure où la formation de
base resterait médico-chirurgicale, ce risque existe. Mais si la
spécialisation est pensée à partir d'une base soignante, elle permet
d'ancrer la spécificité de la psychiatrie, à l'exemple du dispositif du
CES de psychiatrie qui prévalait pour les psychiatres (qui sont d'abord
des médecins).
La spécialisation, c'est aussi la voie de l'Europe. Les
diverses orientations internationales (recommandations du Conseil de
l'Europe, recommandations de l'Union européenne, évolution des principaux
pays de l'Union) tendent à la mise en place d'une formation complémentaire
en psychiatrie et santé mentale après un diplôme de base en soins
généraux. Inéluctablement, la France devra s'aligner sur cette
orientation.
Des points importants à
clarifier
Aller vers la spécialisation suppose de bien clarifier
plusieurs points importants. Faute de quoi ce sera une spécialisation de
bonne conscience, sans impact sur le terrain.
La spécialisation :
* c'est une question d'identification de
compétences. L'asseoir à partir du décret du 15 mars 1993(1)
(actuellement en cours de révision) apparaît très limitatif. Mais ceci
suppose que les psy soient capables de formaliser leur pratique,
d'identifier ce qu'ils ont en propre et ce qui est partagé par
d'autres.
* c'est une question d'exercice, soit à partir
de dispositifs institutionnels (dans ce cas, lesquels ? et quelle
délimitation s'impose ?), soit en termes de population, soit en termes de
techniques mises en œuvre.
* c'est une question de statut, par référence
aux trois spécialisations infirmières reconnues en France(2).
Mais dans ce cas, c'est aussi une question économique. Il y a donc
derrière un vrai point de crispation (la spécialisation est obligatoire ou
facultative).
* c'est une question de formation : notamment,
à partir de quel point d'ancrage définir les objectifs puis les contenus
et les dispositifs de formation ?
* c'est une question de mesures transitoires,
sauf à penser que trois situations différentes peuvent coexister pour le
même travail : ISP ancien modèle, IDE polyvalents et IDE spécialisés en
psy.
* c'est une question de refonte de la
formation initiale, qui ne se cotenterait pas de retrancher des heures de
psychiatrie pour les renvoyer à la formation spécialisée.
* c'est une question de transmission des
savoirs. En effet, tout un processus de professionnalisation risque de
s'arrêter avec les départs massifs d'ISP, compte tenu des courbes
démographiques actuelles dans les institutions psychiatriques.
DOMINIQUE LETOURNEAU *
Directeur de l'Ecole Supérieure
Montsouris (Paris), Maître de Conférences (Paris XII)
FRANÇOIS MOUSSON
Directeur du Service de Soins
Infirmiers, Association de Santé Mentale du XIIIe Arrdt de Paris
(1) IDE : Infirmier diplômé d'Etat
(2) ISP : Infirmier de secteur
psychiatrique
(1) Décret n°93-345 (JO du 15 mars 1993)
relatif aux actes professionnels et à l'exercice de la profession
d'infirmier.
(2) Il s'agit du Diplôme d'Etat de
Puéricultrice, du Diplôme d'Etat d'Infirmier anesthésiste, du diplôme
d'Etat d'Infirmier du bloc opératoire.
UN PREMIER BILAN
Après
neuf années d'application du nouveau programme d'études en soins
infirmiers, six promotions issues du diplôme unique polyvalent d'état ont
intégré les services de psychiatrie. Qu'en est-il de l'infirmier nouveau
?
En application de l'arrêté du 23 mars
1992, les études infirmières comportent quatre modules théoriques
obligatoires de 360 heures au total, portant sur "Soins infirmiers aux
adolescents, aux adultes et aux personnes âgées atteints de troubles
psychiatriques", auxquels s'ajoutent trois stages cliniques. Un par an -
en santé mentale, ou en psychiatrie, ou en géronto-psychiatrie, de quatre
semaines chacun. Par ailleurs, les étudiants doivent choisir deux modules
théoriques optionnels d'approfondissement parmi les huit modules proposés
(dont deux en psychiatrie).
Par rapport à la formation antérieure des
infirmiers de secteur psychiatrique, le volume horaire de formation en
psychiatrie a considérablement diminué, la pédo-psychiatrie est sacrifiée,
les temps de stage réduits, ne prenant pas en compte la notion de
temporalité dans lequel s'inscrit la prise en charge en
psychiatrie.
L'ANFIIDE et le CEFI(1), qui
ont conduit en 1997 une enquête dans la région Rhônes-Alpes, ont bien
cerné les intérêts et limites du nouveau programme d'études
infirmières(2).
1/ Intérêts - Les compétences acquises
par les nouveaux infirmiers diplômés s'exercent dans les domaines suivants
:
- la prise en charge globale du
sujet,
- l'intégration du champ de la Santé
Publique,
- le professionnalisme,
- le savoir relevant de la
psychiatrie.
2/ Limites de la formation polyvalente
pour un exercice en psychiatrie. Limites liées au programme de formation,
aux dispositifs de formation et aux compétences infirmières.
E. PIEL et R. ROELANDT, dans leur
pré-rapport d'avril 2001, notent que "Les infirmiers DE sont à ce jour,
globalement, bien formés sur le plan de la santé mentale, si l'on inclut
l'obligation pour tous d'un stage en santé mentale. Cette formation de
base doit être à tout prix garantie car ce sont les infirmiers DE qui sont
et seront bien souvent en première ligne face aux troubles psychiques.
Mais, pour une pratique en secteur de santé mentale, les formations sont
trop hospitalo-centriques, manquent de réflexion sur les représentations
sociales, le travail individuel avec un patient, les pratiques
ambulatoires, le lien avec la communauté, etc. Elles sont donc non
suffisantes dans ce cadre". Les intéressés eux-mêmes, étudiants infirmiers
ou nouveaux diplômés s'expriment peu. Cependant, dans un article de Santé
Mentale(3), six étudiants en soins infirmiers de troisième
année, qui ont choisi de travailler en psychiatrie, s'interrogent sur le
niveau de préparation: "Aujourd'hui, nous abordons en 420 heures de stage
en psychiatrie ce que nos aînés faisaient en 1.320 heures... Sommes-nous
capables de conduire efficacement un entretien, d'établir une relation
d'aide? Qu'en est-il de la connaissance du réseau et de la sectorisation ?
Au vu de ces éléments, il semblerait que la polyvalence du diplôme n'aille
pas dans le sens d'une meilleure qualité des soins en santé mentale. En
revanche, la polyvalence a engendré une amélioration indéniable en soins
généraux, où les infirmiers, grâce à l'introduction des modules en
psychiatrie et en théorie sur la communication, ont été conduits à prendre
le patient en charge de façon plus globale. Les nouveaux IDE sont
désormais mieux armés pour évaluer la souffrance morale des patients en
service de médecine ou de chirurgie par exemple. De même, les apports
théoriques sur les pathologies somatiques permettent aux nouveaux diplômés
se destinant à la psychiatrie d'avoir une meilleure approche des patients.
Autre avantage de cette formation commune: les échanges entre
professionnels, désormais possibles, permettent une collaboration
efficace, le patient y gagnant en sérénité. Celui-ci n'est plus pris ainsi
dans la traditionnelle scission corps-esprit".
Ces points de vue me permettent de
dresser un premier bilan.
Le nouveau diplôme infirmier sensibilise
à la souffrance psychique et aux soins en psychiatrie, mais il est
insuffisant pour un exercice en psychiatrie.
Ce bilan est à nuancer au vu des
investissements individuels des étudiants au cours de leur formation, en
particulier grâce aux modules optionnels, au vu des orientations
pédagogiques des IFSI et de leur localisation, quelques IFSI étant encore
situés sur des sites psychiatriques.
Enfin, il nous faut stigmatiser
l'inquiétante dérive de la pensée unique du corps enseignant des IFSI, due
à la quasi disparition des formateurs titulaires du diplôme d'infirmier de
secteur psychiatrique.
Face à cette situation, que faire
?
Mieux encadrer les stages.
Les directions du service de soins
infirmiers ont mis en place ces dernières années des référents ou
coordonnateurs de stage, des protocoles d'encadrement, des livrets
d'accueil pour les étudiants infirmiers.
Transmettre aux étudiants en soins
infirmiers une vision adéquate des soins en psychiatrie, c'est assurer non
seulement la continuité des pratiques soignantes, mais aussi promouvoir
l'image des soins infirmiers en psychiatrie, c'est donner l'envie aux
étudiants de nous rejoindre.
Mettre en place localement une formation
continue d'adaptation à l'emploi.
Depuis 1995, à l'initiative des
Directeurs en Soins Infirmiers, de nombreux établissements psychiatriques
organisent un complément de formation qui s'adresse en priorité aux
nouveaux diplômés. Ces initiatives sont à encourager et à généraliser même
si leur caractère aléatoire (aucune obligation à former et à se former)
est renforcé par la disparité des contenus, des méthodes pédagogiques et
la durée des enseignements.
J'y vois, pour ma part, un complément
indispensable au programme initial de formation pour tout candidat à
l'exercice en psychiatrie, dont le contenu peut être adapté aux besoins.
La spécialisation infirmière en santé mentale est présentée par un certain
nombre d'associations et de professionnels comme la solution à ce
problème.
Dans quel contexte ?
Les statistiques officielles révèlent une
diminution constante du nombre d'infirmiers exerçant en psychiatrie
:
- fermeture de la grande majorité des
centres de formation situés sur un site psychiatrique;
- maîtrise des dépenses de santé, gel et
débudgétisation de postes ;
- processus de substitution des postes
infirmiers par d'autres professionnels - par exemple le nombre
d'aides-soignants a doublé, représentant aujourd'hui 15 % des effectifs
infirmiers ;
- mise en place du diplôme unique et
mobilité accrue de ces nouveaux diplômés ;
- postes vacants d'infirmiers de plus en
plus nombreux dans certaines régions ;
- départs en retraite des infirmiers de
secteur psychiatrique - il en restera 15.000 en 2010.
L'histoire de la profession infirmière en
France est faite de ruptures et de rapprochements. La polyvalence
instaurée en 1992 peut-elle être un tremplin vers la spécialisation,
elle-même point d'ancrage de la spécificité de la psychiatrie ? En
préalable au contenu de la formation à mettre en place, trois questions me
paraissent essentielles:
1) Le danger bien réel de diminution des
temps d'enseignement et de stage en psychiatrie dans le programme actuel
de formation de base DEI.
2) Les axes de connaissances et de
compétences en psychiatrie et en santé mentale à développer dans la
spécialisation. Au vu des difficultés actuelles de refonte du décret du 15
mars 1993, cela interroge.
3) L'accès à cette spécialisation pour
tous.
J.J. MOITIÉ *
Directeur du Service des Soins
Infirmiers,
CHS Paul Guiraud, Villejuif
(1) ANFIIDE : Association Nationale des
Infirmiers et Infirmières Dîplômé(e) d'Etat - CEFI: Comité d'Etude des
Formations Infirmières
(2) Enquête en Région Rhônes-Alpes -
Formation infirmière, acquis en formation et exercice infirmier en santé
mentale et en psychiatrie : quelle adaptation? - CH Le Vinatier,
disponible sur demande auprès de l'IFSI
(3) Santé Mentale n°48 - page 29
FONCTION INFIRMIERE ET
PARTENARIAT
La fonction infirmière
en santé mentale, en pleine évolution depuis 2 décennies, a suivi "à petit
pas" l'évolution des dispositifs de secteur.
Les attentes et sollicitations des partenaires du
social, médico-social ou du sanitaire ont largement contribué à développer
des pratiques nouvelles.
Ecrire sur ce thème m'amène à m'appuyer sur un tryptique
qui donne le sens à cette pratique, son intérêt pour les soins et aussi
pour les acteurs.
* Le bénéfice pour les patients (usagers) qui peuvent
disposer de ressources soignantes en dehors du champ sanitaire prenant en
compte une trajectoire plus large de la prévention à la
réinsertion.
* Une réponse spécifique vis-à-vis des besoins des
partenaires et la construction de relais possibles et coordonnés au profit
d'une prise en charge adaptée.
* Une ressource pour le management des équipes
infirmières et l'expression des compétences dans la diversification des
pratiques.
Je préciserai avant tout que cette réflexion prend sa
source dans les questions que je peux entendre ou recevoir dans les
relations que j'établis avec les équipes infirmières et, plus
particulièrement, les cadres, dans mon positionnement de directeur du
Service de Soins Infirmiers. Elle vient aussi en appui de la définition de
la mission de l'infirmier affecté en santé mentale, telle que nous l'avons
précisée dans le profil de fonction au sein de notre établissement
:
"L'infirmier, exerçant dans le cadre du dispositif de
secteur psychiatrique, dispense des soins infirmiers tant au niveau
individuel que collectif. Il intervient au sein de l'équipe
pluridisciplinaire dans les domaines de la prévention, de la cure, de la
postcure et de la réinsertion.
Dans le cadre plus spécifique de la prévention et de la
réinsertion, l'infirmier est appelé à travailler en coordination avec les
partenaires du champ médico-social et socio-éducatif
Quel que soit le lieu d'affectation, les actions
infirmières s'inscrivent dans le cadre du projet de soins du patient.
Elles relèvent de la prescription médicale et du rôle propre infirmier. Le
projet de soins infirmiers individualisé s'appuie sur le processus du
diagnostic infirmier. Les soins infirmiers en santé mentale sont réalisés
dans une vision holistique du soin et prennent en compte le projet de vie
du patient dans son environnement habituel ou nouveau, en favorisant son
autonomie et l'éducation pour sa santé".
Le bénéfice pour les
usagers
Je choisis d'emblée de parler "d'usagers" puisque dans
le dispositif de partenariat il ne s'agit pas toujours de "patients".
C'est le cas de la prévention, et c'est aussi toutes les situations où il
convient de prendre en compte l'environnement proche. Dans le travail avec
la PMI par exemple, la notion de pathologie ne prend pas la même
connotation.
Cet aspect a conduit le personnel infirmier à agir avec
prudence. Longtemps formés pour les soins curatifs, ils ont dû changer
leurs représentations et leur pratique afin qu'elle devienne moins
interventionniste.
Les usagers qui hésitent à s'engager dans une démarche
de soins psychiatriques apprécient cette approche infirmière qu'ils
imaginent moins intrusive dans leur problématique, ou moins psychiatrisée.
Par le biais du partenariat social, qu'il passe par les réseaux
d'alcoologie, de gérontologie ou ceux plus récents développés pour la
précarité, les personnes en souffrance peuvent trouver une écoute plus
permanente auprès des infirmiers.
La question de l'accès aux soins bute encore sur les
carences observées dans certains secteurs. Combien ont pu formaliser les
temps d'accueil infirmiers au sein des CMP ? Comment offrir cette
complémentarité demandée par nos partenaires en ouvrant plus largement
notre dispositif sectoriel ?
C'est d'abord dans l'accès aux soins et pour préparer
l'entrée dans le soin que les êtres en souffrance psychique peuvent
bénéficier d'un partenariat organisé, réfléchi et efficace, reposant sur
des valeurs communes et une éthique partagée.
La place des équipes infirmières peut ainsi se situer
tout au long de la trajectoire du patient jusqu'à la réinsertion. Les
prises en charge à domicile ont certainement initié les premiers
partenariats auprès des patients adultes. Visant à intégrer le patient au
mieux dans son environnement, elles ont conduit à décloisonner les
territoires tout en favorisant la complémentarité.
Les lieux du partenariat se sont aussi structurés :
psychiatrie de liaison, PMI, écoles, CMPP, CHRS, associations
diverses...
Si j'ai parlé de prudence, c'est bien qu'il ne s'agit
pas pour les infirmiers de tisser un filet qui viserait, en étant partout,
à ne plus laisser échapper une problématique psychiatrique sans qu'elle
n'entre dans une tentative d'élucidation, mais de proposer une ressource
supplémentaire pour les usagers.
S'agissant de la réinsertion ou, au moins, du suivi
d'une prise en charge en ambulatoire, on observe actuellement qu'une part
importante est dévolue aux infirmiers. S'il est vrai que les personnes
suivies peuvent bénéficier d'une prise en charge globale pour laquelle les
infirmiers sont mieux formés, seul le travail de partenariat bien compris
de ces acteurs, peut donner au patient la chance d'échapper au regard
unique et peut-être, un jour, de quitter les soins. Cette question de
"quitter les soins" doit être abordée avec éthique pour garantir le relais
sans que le patient le vive comme un rejet, surtout lorsque l'usure des
soignants est perceptible.
Chaque personne doit bénéficier d'un projet
individualisé et disposer des informations afin qu'elle soit placée en
position "d'acteur"; ainsi le travail infirmier pourra de plus en plus se
structurer dans un dispositif en partenariat. C'est bien de la singularité
de la personne prise en charge dont il s'agit, afin que les symptômes et
la pathologie ne soient pas seuls au cœur des préoccupations.
La réponse spécifique
vis-à-vis des besoins des
partenaires
Deux préoccupations cohabitent en permanence :
* Les demandes de plus en plus nombreuses venant des
acteurs du social, médico-social, judiciaire.
* Les attentes des soignants de la psychiatrie pour
construire des relais et dynamiser la trajectoire du patient.
Ces deux préoccupations peuvent s'entrechoquer parfois
lorsque les pressions sont trop fortes. Les infirmiers qui cherchent à
tisser des liens savent d'emblée qu'il faudra d'abord apporter de l'aide
et être présent, comme s'il fallait déjà montrer sa compétence, se faire
reconnaître et apporter une aide, pour obtenir en retour une chance
d'organiser des relais. Ils doivent aussi travailler à atténuer les
représentations quelquefois négatives.
Le chemin parcouru dans les actions de psychiatrie de
liaison, dans les structures hospitalières de soins généraux, a parfois
été long avant que puissent se tisser des relations positives réciproques.
Aujourd'hui les résultats sont là, même si les attentes sont toujours plus
fortes devant une épidémiologie qui "malmène" les soignants qui se sont
longtemps attachés aux symptômes, faute de pouvoir prendre le temps de la
vision globale.
On ne peut parler des attentes des partenaires sans
chercher à poser les limites des interventions. L'inflation des besoins
culpabilise parfois les personnels infirmiers. Comment faire des choix en
ciblant au mieux la réponse spécifique ?
La réponse ne peut se trouver qu'auprès de l'équipe
pluridisciplinaire qui, elle, pourra rassurer, élucider les problématiques
et permettre aux infirmiers de retourner sur le terrain avec une meilleure
argumentation.
On observe que ce travail n'est pas toujours fait. Et
pourtant, c'est dans cette approche que peut être parlée la limite de
l'intervention spécifique infirmière. Cette même limite, relative à la
coordination des compétences, doit d'abord se poser au sein de l'équipe
pluridisciplinaire psychiatrique si l'on veut qu'elle soit perçue plus
clairement et explicitée auprès de nos interlocuteurs externes. Ce qu'on
donne à voir à nos interlocuteurs influe sur notre crédibilité. Lorsqu'on
entend les personnels dire "il faut être partout", on a, bien sûr, le
souhait que cette question des limites soit traitée tant auprès des
acteurs qui en font la demande qu'auprès de nos tutelles qui nous donnent
des injonctions à toujours être plus présents dans la communauté.
Une ressource pour le
management des équipes infirmières
Le management des personnels infirmiers impliqués dans
le travail de partenariat mérite une attention particulière du fait de
leur isolement de l'équipe et de la spécificité de l'intervention. Cette
intervention s'inscrit, bien évidemment, dans la définition de la fonction
et des compétences ; dans la permanence et la continuité des actions
infirmières.
Le futur décret relatif aux actes professionnels, non
encore paru à ce jour, mais dont nous connaissons la teneur probable, est
aussi un point de référence à prendre en compte :
"L'exercice de la profession d'infirmier comporte
l'analyse, l'organisation, la réalisation de soins infirmiers et leur
évaluation, la contribution au recueil de données cliniques et
épidémiologiques, et la participation à des actions de prévention, de
dépistage, de formation et d'éducation à la santé. Les infirmiers exercent
leur activité en liaison avec les autres professionnels du secteur de la
santé, du secteur social et médico-social et du secteur éducatif.
Les soins infirmiers, préventifs, curatifs ou
palliatifs, sont de nature technique, relationnelle et éducative. Ils ont
pour objet, dans le respect des droits de la personne et en tenant compte
de ses composantes physiologiques, psychologique, économique, sociale et
culturelle:
- de protéger, maintenir, restaurer et promouvoir la
santé physique et morale des personnes ou l'autonomie de leurs fonctions
vitales physiques et psychiques en vue de favoriser leur maintien, leur
insertion ou leur réinsertion dans leur cadre de vie familial ou
social".
Il n'y a rien de particulièrement nouveau puisque ce qui
est précisé conforte bien les pratiques existantes. C'est au moins un peu
plus de certitudes pour les acteurs et, en même temps, une responsabilité
bien définie.
L'exercice infirmier dans le cadre des réseaux de soins
repose sur sa capacité à identifier les besoins de santé, poser un
diagnostic infirmier, formuler des objectifs de soins, organiser et mettre
en œuvre des actions appropriées et à les évaluer,
Si j'évoque le management comme un point important,
c'est évidemment dans le souci de ne pas laisser les infirmiers gérer
seuls toutes ces actions. Je parle d'un soutien qui repose sur la
dynamique du projet du patient, des outils précisés et travaillés dans
l'équipe infirmière. Les cadres sont formés à ce travail et déjà, on
observe dans certains secteurs une clarification des objectifs et des
actions conduites.
Il ne s'agit pas non plus de mettre en place des
dispositifs lourds. Je prendrai comme exemples les rapports d'activité qui
ont l'avantage de mettre en évidence les pratiques réalisées, mais on est
encore très timide pour parler des résultats observés et des résultats
attendus.
On peut ainsi éviter de tomber dans le piège de l'unique
évaluation quantitative. La question des indicateurs de résultats n'a pas
encore suffisamment été travaillée. Pourtant, elle est, en termes de
management, inscrite dans la boucle "résultat-satisfaction-motivation".
De nombreuses équipes infirmières se forment
actuellement à l'animation de groupes d'entraînement aux habiletés
sociales. Cet outil complémentaire, sans être totalitaire, est une
ressource qui peut certainement préparer à l'articulation du travail de
partenariat. La place offerte à l'auto-évaluation par le patient est, de
plus, intéressante.
D'autres formations peuvent aussi apporter de nouvelles
méthodes de travail. Je pense particulièrement à la mise en place de
"démarches qualité". En effet, elles ont l'avantage de faciliter
l'expression des objectifs, des résultats à atteindre et des indicateurs
de résultat pour améliorer l'évaluation.
La préoccupation est de ne pas risquer de retrouver des
personnels travaillant seuls, en "satellite", parfois sans ancrage
formalisé dans la dynamique de soin du dispositif sectoriel.
On ne peut espérer voir des infirmiers à l'aise dans le
travail de réseau, capables de se situer au sein de lieux d'exercices
nouveaux et des cultures différentes, sans mettre en œuvre un
accompagnement et un soutien organisés.
En conclusion
J'ai tenté d'éviter l'écueil du "patchwork" qui m'aurait
conduite à décliner des actions, des lieux et des partenaires, et j'ai
pris le risque de rester très généraliste. Ceci me renvoie au débat actuel
sur le futur décret de compétences : tout ne peut se décliner et se
définir en actes, car il faut laisser place à la démarche clinique qui
ouvre aux infirmiers la possibilité de comprendre, de vérifier leurs
hypothèses, d'élucider, d'évaluer...
C'est, pour l'avenir, la place que l'on voudra bien
laisser à l'expertise infirmière, tout en étant aussi vigilants devant la
prévisible pénurie médicale qui ne doit pas tolérer des glissements
dommageables. Le traitement des demandes formulées par nos partenaires,
travaillé en équipe, doit sûrement réduire ce risque afin de garantir la
pertinence et la compétence spécifique de la réponse infirmière au
bénéfice des usagers.
MARIE-ANGE VUILLERMET *
Directeur du Service de Soins
Infirmiers, Centre Hospitalier de
Saint-Cyr au Mont d'Or (69)
LA CRISE DU MONDE
INFIRMIER
La
modernisation du système de santé, et plus particulièrement celui du champ
de la santé mentale, vient modifier le fonctionnement des services et les
pratiques des équipes soignantes.
C'est dans ce contexte d'évolution des
soins conjugué à une démographie incertaine que la désaffection des
infirmiers pour venir exercer dans le champ de la psychiatrie se fait
ressentir avec une plus grande acuité, et la conduite des projets s'en
trouve perturbée. Les causes de cette pénurie sont à rechercher dans les
domaines de la formation, dans les conditions d'exercice du métier, dans
la définition du soin. La diminution des entrées dans les Instituts de
Formation en Soins Infirmiers, l'augmentation du taux de féminisation, les
disparités entre la formation et le terrain, le réagencement des rôles
entre les médecins et les soignants sont autant de facteurs à prendre en
compte pour questionner cette nouvelle crise du monde infirmier. Les
études pilotées par le CREDES(1), l'UHRIF(2) ainsi
que les rapports publiés par le Ministère, apportent une vision différente
de cette situation, tout en n'identifiant pas suffisamment clairement
l'ensemble des causes de ce malaise. Nous devons alors nous poser la
question ainsi: "la pénurie est-elle engendrée par une nouvelle crise du
métier, une anticipation insuffisante des besoins quantitatifs, ou
est-elle la résonance d'une dynamique d'évolution rapide des espaces et
des lieux de soins, des pratiques soignantes, d'une identité en perpétuel
mouvement ?".
En effet, la demande de la population se
diversifie, s'accompagne d'une recherche de qualité dans l'information,
dans les soins et dans le confort des lieux d'hospitalisation. Elle peut
aussi s'exprimer par des manifestations parfois très vioIentes et apporter
un sentiment d'insécurité où le soin se cherche. Ces facteurs jouent
lorsqu'il s'agit pour des jeunes de s'identifier à l'image de l'infirmier
mécontent de ses conditions de travail, de sa rémunération, d'autant plus
que celle-ci est médiatisée de manière dévalorisante, parfois tous ces
éléments sont à relier au manque d'attirance des jeunes pour s'engager
dans ce métier et plus encore, choisir le champ de la santé
mentale.
Un autre point fort, qui provoque une
perte potentielle d'infirmiers vers le secteur de la psychiatrie est le
manque de concordance de plus en plus aigu entre la formation et le
travail sur le terrain. C'est pourquoi, il est nécessaire et urgent, non
pas seulement de chercher à colmater les manques en termes de
connaissances cliniques mais bien d'envisager un autre système de
formation multiprofessionnel où l'ensemble des métiers du soin et de la
santé serait engagé.
Cette organisation -de type IUT-,
faciliterait le passage d'un cursus à l'autre, d'un exercice à l'autre,
d'un champ à l'autre. Cette formation doit en plus rendre le soin
accessible à l'étudiant, lui permettre d'être un véritable acteur, par
exemple par la mise en place de stages d'immersion et, ainsi, faciliter
son orientation
Amener l'apprenant à se connaître, à
identifier ses ressources, à prendre en compte ses doutes, développerait
une qualité de lien entre le soignant et lui, et serait une force de
mobilisation pour les jeunes. Enfin, nous prônons une véritable culture de
l'accueil et de l'intégration qui prenne en compte leurs attentes et
celles des professionnels. C'est un des points clé du recrutement. Pour
répondre à ces besoins, la logique à suivre pour définir un programme de
formation est donc de partir de la définition des soins et de la prise en
charge du patient, puis déterminer les compétences et les qualifications
nécessaires des soignants. Ce processus favorise le transfert des savoirs,
le réajustement permanent de la fonction d'infirmier, et permet de mieux
cerner les limites de ses responsabilités. Au terme de ce processus, cet
enseignement peut être qualifié en termes "de spécialisation, de formation
complémentaire, de spécialités...".
Le deuxième point lié à la désaffection
des infirmiers réside dans une image d'enfermement véhiculée par les soins
et le traitement de la maladie mentale, opposée à celle, plus humaniste,
d'un professionnel actif et performant auprès des personnes ayant subi un
traumatisme par exemple. La création de nouveaux champs d'intervention à
entraîné une fongibilité des espaces de soins et une évolution des métiers
qu'il faut ré-interroger et analyser pour retrouver les racines des
pratiques soignantes, et pour délimiter les interfaces avec les secteurs
du médico-social, du social, du pédagogique. L'objectif aujourd'hui est
donc de construire une image positive du professionnel et de sa
satisfaction afin de valoriser le métier et son exercice en Santé Mentale
et le rendre attractif.
Dans un même temps, la mise en place de
groupes de réflexion clinique doit favoriser la cohérence et la
coordination des savoirs, faciliter leur transfert et amener chaque
soignant à accepter et respecter le travail de l'autre dans sa fonction et
sa spécificité. Cette démarche implique une identification de
l'élargissement des nouvelles compétences et par conséquent des nouveaux
métiers dont les contours se dessinent dans les approches novatrices du
soin et la réponse aux besoins de la population. La mise en place de
démarches de qualité et d'évaluation, ont densifié le travail de
l'infirmier; le temps qui lui est nécessaire à la réflexion sur le "soin
dispensé" s'amenuise de plus en plus, le laissant devant ce qu'il appelle
un "vide de sens" de sa pratique. Ses soins sont porteurs de connaissances
et contribuent à une forme de réflexivité dans la mesure où ils deviennent
des facteurs agissant sur le métier. Il apparaît donc important
d'harmoniser les actions avec les organisations des espaces pour sortir de
l'immobilisme de certaines équipes, souvent décriées par les nouveaux
diplômés, et rechercher l'ouverture aux autres et dans une pratique en
réseau.
Pour terminer mes propos, je citerai M.F.
Collière(3), qui propose de substituer à l'infirmier modèle, un
modèle pour l'infirmier. Nous devons aborder le métier en nous
interrogeant sur la nature des soins, pour ensuite clarifier la fonction
de chaque soignant. En effet, la noblesse du métier d'infirmier réside
dans la dimension humaine qu'il apporte à prendre soin des nécessités
engendrées par la vie quotidienne. Il doit en cela mobiliser ses
capacités, ses connaissances pour identifier les réactions de la personne
prise en charge face aux évènements existentiels, et faire appel à des
compétences variées.
Ces propositions relatives à la formation
et aux qualifications de l'infirmier ne sont pas exhaustives, ne répondent
pas à tous les points en matière de recrutement pour les années à venir,
mais elles s'appuyent sur des constats très forts, et sur une logique qui
renverse les priorités hospitalières, en mettant l'usager au départ de la
réflexion sur les réponses à apporter en termes de soin.
Cependant, si la question à se poser est
"quel soin appelle quel métier", il ne faut pas minimiser les conditions
salariales et de travail dans lesquelles se débattent les infirmiers
aujourd'hui. Il est plus que nécessaire de leur donner du temps pour une
réflexion sur la recherche de sens, si l'on veut que le "soin transcende
la formation et les professionnels qui le dispensent".
MADAME LACOSTE *
Directeur du Service de Soins Infirmiers, EPS
de Ville Evrard
(1) Centre de Recherche Etudes Documentation
en Economie Santé
(2) Union Hopistalière Régionale
d'Ile-de-France
(3) "Soigner, le premier art de la vie",
Interéditions.
RECHERCHE INFIRMIER(E) POUR
SECTEURS PSYCHIATRIQUES... DÉSESPÉRÉMENT
Force est de constater
que le métier d'infirmier(e) ne fait plus recette. Malgré les annonces de
recrutement dans la presse spécialisée, une forte décrue est annoncée :
les jeunes ne se bousculent pas aux portes de nos hôpitaux pour y faire
carrière.
Les carrefours des métiers, proposés chaque année dans
les lycées par les collectivités territoriales en partenariat avec
l'éducation nationale, attestent du manque de motivation de la jeunesse
pour ce secteur d'activité. Les instituts de formation en soins
infirmiers, toujours représentés dans ces manifestations, déploient des
trésors d'ingéniosité et d'arguments convaincants pour "accrocher" les
éventuels candidats à cette mission, où la plus grande des vertus dans
l'inconscient collectif reposerait encore sur l'altruisme et le
dévouement. Certains instituts de formation misent sur l'aspect
humanitaire lié à la fonction, proposant dans leur cursus des voyages
d'étude, fédérateurs en terme de choix d'école, mais qui, outre l'aspect
pédagogique incontestable, s'inscrivent en décalage avec la pratique
quotidienne des soins dans les établissements où les nouveaux diplômés
seront amenés à exercer. Ce décalage entre formation théorique et pratique
de terrain, plutôt classique dans toutes les formations professionnelles
paramédicales peut à terme engendrer désenchantement et démotivation : il
est vrai que la formation théorique est de plus en plus valorisée au
détriment d'une pratique analysée.
A niveau de formation équivalent BAC+3, les étudiants
issus des filières généralistes préfèrent prospecter vers des cursus qui
leur paraissent plus engageants au regard du bassin d'emploi, et plus
prometteurs en terme d'évolution de carrière. Les BTS et les DUT, suivis
d'une année de spécialisation, ont de loin leur préférence, compte tenu de
la conjoncture actuelle de l'emploi et des avantages incontestables
supposés. Ils ouvrent des portes dans tous les secteurs de l'entreprise,
(gestion, commerce ...), le secteur bancaire restant, par opposition au
secteur hospitalier, particulièrement prisé.
Faire le choix d'être infirmier suppose de commencer son
activité professionnelle dans la fonction publique pour un salaire de 9000
francs par mois, de travailler un week-end sur deux, jours de fêtes et
jours fériés et ce, au regard de la continuité des soins, d'être mobile,
au point de travailler tantôt du matin, tantôt du soir, sans compter le
service de nuit parfois obligatoire selon le régime défini à l'hôpital, et
d'être confronté en permanence à Ia souffrance, à la déchéance du corps et
de l'esprit, souvent à la mort. Difficile alors de concilier vie
professionnelle et vie privée. De plus, à compétence égale, le secteur de
l'entreprise, qui sait reconnaître rapidement ses futurs managers, parce
que engagé dans une démarche concurrentielle, se voit amené à confier
rapidement des postes à responsabilité à ses collaborateurs âgés d'une
trentaine d'années à peine.
Qu'en est-il de la pénurie ?
Elle est bien réelle, il est vrai, car le nombre de
postulants à la fonction ne couvre pas les postes à pourvoir. Pourtant les
infirmiers diplômés n'exerçant plus dans ce domaine, parce qu'ils ont
embrassé d'autres horizons professionnels, sont particulièrement nombreux
dans l'hexagone, consituant ainsi un "vivier" auprès duquel le ministère
de la santé a lancé dernièrement un S.O.S. de détresse, rappelant même de
façon transitoire certains retraités qui voudraient, ne serait-ce qu'un
temps limité, reprendre un peu d'activité. Du jamais vu dans le domaine
sanitaire, ce qui pose la question de la durée de vie professionnelle de
cette catégorie de personnel.
Le malaise existe. Il est en lien direct avec la
pénibilité du travail qui, quelque part, constitue la quotidienneté des
professionnels, l'essence même du travail infirmier, et contribue ainsi à
sa juste valeur. Le public accorde confiance et estime aux infirmiers, un
record toutes professions confondues : le soutien de la population lors
des dernières grèves en atteste. Pourtant, malgré la reconnaissance
sociale du métier (car les infirmiers sont populaires) les valeurs
véhiculées par celui ci sont en décalage avec celles véhiculées par le
corpus social.
Et la psychiatrie alors ?
En psychiatrie le problème reste tout aussi épineux,
mais trouve d'autres justifications, conjuguées à celles qui ont été
précédemment exposées. Travailler en psychiatrie relève d'un choix
professionnel "particulier" qui mérite la réflexion que requiert ce
domaine, car très souvent la folie interroge, fait peur, et les infirmiers
s'y épuisent faute de ressources valorisantes. Nombreux sont par ailleurs
les étudiants qui redoutent leurs stages en psychiatrie, une branche
qu'ils perçoivent très à part de la médecine.
Voici quelques années, une vingtaine tout au plus, les
professionnels faisaient ce choix en tout état de cause, sciemment,
parfois par défaut, après un parcours professionnel et personnel. Les
études étaient rémunérées et une grande majorité d'élèves s'étaient déjà
frottés à la vie active. La moyenne d'âge était plus élevée, et la
démarche s'inscrivait dans une orientation professionnelle. Quoiqu'il en
soit c'était un choix, même si la vocation n'était pas plus hier
qu'aujourd'hui l'apanage de ces infirmiers psychiatriques. Aujourd'hui, et
ce depuis la réforme des études (1992), la légitimité des infirmiers
psychiatriques a disparu avec la spécificité qui a, de fait, contribué à
sa dévalorisation. L'identité professionnelle et la culture
institutionnelle, inhérentes à celle-ci, étaient portées et transmises par
les anciens qui, au fil du temps s'en vont, emportant avec eux expérience
et savoir faire.
Aujourd'hui, la formation initiale ne contribue plus à
elle seule à dispenser l'enseignement spécifique dont les infirmiers ont
besoin pour exercer en psychiatrie. Il est regrettable de constater que
certains représentants de la profession (notamment des associations, eu
egard à leur représentativité), n'aient pas défendu ce point de vue,
demandant une formation commune au lieu de reconnaître cette branche de la
médecine comme une spécificité des soins infirmiers, plaçant uniquement le
débat sur les fonds baptismaux de la querelle qui opposait infirmiers
diplômés d'Etat et infirmiers psychiatriques. A ce jour, la question des
professionnels gravite encore autour de la spécificité ou de la
spécialisation. Quoiqu'il en soit, il s'avère essentiel de proposer une
panoplie de mesures, dont la formation continue est le pivot central.
Notre établissement a fait le choix d'inscrire en priorité dans son plan
de formation des actions ciblées sur la pratique du métier (techniques de
l'entretien en psychiatrie, relation d'aide, séminaires de
psychopathologie clinique, interculturalité...). Ces actions de formation
ont essentiellement pour objectif de permettre aux professionnels
infirmiers de mieux s'inscrire dans une démarche qualité. L'adaptation à
l'emploi devient plus que jamais nécessaire, pour que tous les infirmiers
puissent exercer avec compétence leur fonction. La fidélisation des
professionnels passe également par une série de mesures sociales qui
nécessitent de la part des institutions des moyens suffisants. Le
développement du temps partiel, les gardes d'enfant, les indemnités
compensatrices de perte de salaire, s'inscrivent, entre autres, dans cette
démarche.
Il est également indispensable que les infirmiers
puissent participer activement aux nouvelles orientations en matière de
santé mentale pour accompagner les changements qui feront la psychiatrie
de demain. Du gardien d'asile voici quelques décennies, l'infirmier
psychiatrique s'est engagé dans une démarche d'adaptation à la maladie
(coping) qui s'inscrit en rupture avec la conception traditionnelle des
soignants qui étaient là, en institution hospitalière, pour soigner et
gommer toute symptomatologie psychiatrique. Si l'infirmier est devenu
"l'ange gardien" qui aide à la reconstruction d'une identité personnelle
intégrée à un réseau relationnel, il faut lui donner la possibilité
d'engager des consultations infirmières qui permettent le suivi
psychologique des patients psychotiques dont nous avons la charge.
L'éducation à la santé fait partie de son rôle propre, sachant que les
professionnels avertis ont la compétence d'évaluer et de répondre à toute
situation de demande de soins.
Fidéliser les infirmiers, c'est également leur donner la
possibilité d'accéder à des formations universitaires, notamment dans le
cadre de la recherche en soins infirmiers auxquelles ils peuvent prétendre
au vu de leur niveau de formation initiale. Il devient essentiel de
valider des doctorats en soins infirmiers, en gestion, comme en pédagogie,
car en effet, les systèmes d'expertise et de références de la profession
ne sont pas encore complètement construits. Il faut également leur
permettre de publier, de façon à ce qu'ils puissent se situer dans la vie
publique et faire reconnaître leur travail dont la valeur des actes
s'inscrit véritablement dans la relation, l'écoute, le dialogue, la
compréhension, l'échange, pour une prise en charge personnalisée.
La nouvelle identité professionnelle de l'infirmier qui
exerce en psychiatrie reste très certainement à construire et à
s'affîrmer, mais ce constat ne doit pas occulter les problèmes réels
d'effectifs, les difficiles conditions de travail et le besoin de
reconnaissance.
ALAIN FABRE *
Responsable formation,
EPS Maison Blanche
III SUR LE TERRAIN
L'INFIRMIER(E) DANS LE
RÉSEAU
Pour aborder la notion
du travail en réseau, de sa mise en place et de sa fonction, il semble
important de reparler des missions de secteur liées à la fonction
infirmière.
* L'accueil de la proposition de soins, à
partir du CMP, s'opère à partir d'un dispositif pluridisciplinaire -
psychiatres, psychologues, infirmières, assistantes sociales, secrétaires
- qui permet une écoute "plurielle".
* Les actions de prévention, d'accueil et
d'accompagnement, varient en fonction des pathologies et du parcours
singulier de chaque patient.
* L'infirmier, à travers des entretiens
thérapeutiques au CMP ou à domicile, prend en compte la souffrance du
patient et celle de sa famille, et renforce ainsi la capacité du patient à
prendre soin de lui-même.
Dans cet article, j'aborderai les soins
proposés au patient souffrant de psychose, au sens large du terme, car
c'est le malade qui mobilise le plus complètement nos capacités à créer
avec lui des liens. Ce qui suppose une écoute de l'autre qui souffre, dans
un cadre de soins sécurisant qui permette au patient de "redevenir juge de
sa vie" : de pouvoir à nouveau prendre soin de soi et être capable d'être
avec les autres dans son lieu habituel de vie.
Il s'agit d'un travail long, et parfois
douloureux, vers l'autonomie et la réassurance.
Dans cette perspective, l'infirmière occupe,
au sein de l'équipe plurielle, une place particulière : elle tisse des
liens hors le milieu de soins dans la cité et accompagne le patient pour
qu'il retrouve sa place dans la société et ses droits de citoyen.
Pour obtenir ce résultat, l'infirmière sait
d'expérience :
- que si le logement, les loisirs, les
activités professionnelles, ont une dimension bien réelle, ils sont aussi
symboliques ;
- que pour pouvoir habiter de nouveau son
territoire intérieur, il faut, au-delà des conditions matérielles offertes
par le lieu extérieur, que ce lieu puisse être investi par un sentiment de
sécurité.
Telle est la trame qui sous-tend notre
participation à la création et à la mise en œuvre de partenariats dans le
"réseau" qui est alors porteur de sens pour les patients.
Travail en partenariat
Il est essentiel, parce qu'il permet au patient de
s'inscrire dans son identité sociale en pouvant distinguer les divers
partenaires qui l'entourent, ceux du soin, ceux de l'accompagnement
social, ceux aussi de la protection sociale ; tous ceux-ci se complétant
sans se confondre car chacun agit avec sa spécificité.
Cette situation est d'autant plus importante quand il
s'agit de personnalités psychotiques souffrant de morcellement et de
difficultés identitaires et fonctionnant souvent par le désir de l'autre :
de ne pas être la seule référence, mais une parmi d'autres, dilue le
sentiment que le patient pourrait éprouver d'une toute puissance qui
serait un obstacle à son intériorisation et à son autonomie. Par les
clivages existants entre les divers membres de l'équipe, le patient peut
tester ses capacités propres à exister, son identité d'individu et son
rôle social.
L'articulation du travail de partenariat ne signifie pas
de tout savoir, de tout partager, de tout maîtriser mais d'accepter qu'une
partie échappe. Les partenaires partagent ce qui est nécessaire au bon
fonctionnement global.
Ce travail de terrain partagé avec d'autres partenaires
hors du champ sanitaire conduit à des missions plus
institutionnelles.
Travail en réseau
Croisement des pensées, tissage de liens pour des
projets associatifs, pour des montages de structures d'hébergement en
partenariat ont conduit à la mise en place de liens de réseaux. Je fais
référence ici à la création de la fédération FILHOE (Fédération
inter-établissements pour le logement et l'hébergement de malades mentaux)
en 1996. C'est une structure issue d'une réflexion portée par des
représentants du soin en santé mentale, et d'associations à travers le
CRACIP (collectif rhodanien d'associations concourant à l'insertion de
personnes en difficultés psychologiques) qui a conduit différentes actions
: recherche/ action menée sur la problématique du logement et
l'hébergement de personnes souffrant de troubles psychiques ; enquête sur
le logement de personnes suivies en santé mentale ; commission de travail
interinstitutionnelle ; journées de réflexion et de débat sur le thème du
logement.
Ce travail au long cours, au sein d'une telle structure
et suivi de réflexions de professionnels de champs de compétences
différents attachés à un objet commun, est un vecteur d'ouverture qui nous
oblige à interroger plus globalement les "politiques" de soin,
d'accompagnement et de logement ; d'affiner la mise en place de projets
dans un souci pluriel. Ces instances de travail en réseau nous conduisent
à confronter nos pratiques et à envisager la dimension complexe des liens
interactifs créés à l'avantage d'une population donnée.
La participation à cette représentation institutionnelle
favorise en fait d'autres liens, moins porteurs d'enjeux institutionnels,
ceux-ci permettant des échanges multi-professionnels sur un objet commun :
hébergement, travail, loisirs, et autres activités communes - ainsi sont
favorisées la confrontation des réalités particulières aux divers
champs d'intervention, la mise en relief des compétences et des limites de
chacun, et la participation à des projets novateurs.
Ce travail de maillage et le partage des pratiques où
l'infirmière apporte l'éclairage particulier du soignant en santé mentale,
et reçoit en retour la lumière des actions sociales entreprises par
d'autres professionnels, permet de nourrir des prises en charge globales
conduites sur le terrain, et facilite l'intégration des patients à leur
retour dans la vie sociale.
EDITH LETULLE *
Infirmière psychiatrique
CMP Presqu'île Village
DAX : 23 ANS DANS LES
RÉSEAUX
Notre secteur de
psychiatrie générale a été créé à l'hôpital général de Dax en 1978 par
Michel Minard, sur deux idées fondamentales.
La première était que la psychiatrie dite de secteur
était une manière géniale de penser et d'organiser la psychiatrie, mais
qu'elle était trop en avance sur les idées et les manières de faire du
temps, et que les médecins psychiatres, pour un grand nombre d'entre eux,
n'avaient pas les capacités de la mettre en pratique, ni d'animer
correctement des équipes pluridisciplinaires, même lorsqu'ils étaient bons
psychiatres et de bonne volonté, parce qu'ils n'avaient reçu aucune
formation à ce sujet et qu'ils n'avaient, pour beaucoup d'entre eux, ni
compétence, ni savoir faire, ni disposition en matière d'animation de
groupe, d'organisation des soins dans la cité et d'articulations concrètes
entre le sanitaire et le social.
La seconde idée était que, pour lui, les infirmiers
travaillant en psychiatrie étaient utilisés par le système de santé au
dixième de leurs capacités thérapeutiques, organisationnelles et
décisionnelles, parce que leur formation était très insuffisante d'une
part et que, d'autre part, les médecins mal formés ne les utilisaient que
comme des "aide-médecins" au mieux, des serviteurs disciplinés au pire,
comme c'était alors la coutume dans l'ensemble du système de santé, et
plus peut-être encore en psychiatrie, malgré les avancées certaines en ce
domaine de la psychothérapie institutionnelle.
La création du secteur de Dax va donc reposer sur la
constitution d'une équipe pluri-professionnelle dans laquelle les acteurs
du soin - et donc bien sûr les infirmiers et les infirmières - auront à
développer toutes leurs potentialités thérapeutiques, organisationnelles
et décisionnelles, dans un exercice quotidien, individuel et collectif de
la responsabilité de chacun.
Cela passe par de vrais programmes de formation
continue, et un véritable exercice de la démocratie, loin des pesanteurs
hiérarchiques, traditionnelles ou plus modernes, et des lourdeurs
bureaucratiques qui entravent trop souvent encore le service public de
santé.
Ce dispositif n'a qu'un but : poursuivre les différents
objectifs fixés par la société à la psychiatrie publique par les lois et
la réglementation, et déclinés par les projets d'établissement et la
planification, objectifs au service des usagers et de leur
entourage.
Nous avons ainsi formulé pour notre usage ces objectifs
:
1) Soigner les personnes souffrant de troubles mentaux,
ou contribuer à leurs soins, en évitant au mieux leur désinsertion, ou en
favorisant leur insertion, sans référence à un modèle normatif
d'adaptation sociale.
2) Apporter une aide psychologique à des personnes en
butte à des difficultés existentielles : problèmes de l'adolescence et de
la vieillesse, crises familiales, difficultés professionnelles ou
relationnelles transitoires, détresse sociale,
3) Œuvrer à l'amélioration de la santé mentale de la
population par des actions de prévention, conformément aux objectifs de
santé publique.
Nous estimons que, si l'on veut vraiment parvenir à ces
objectifs, le travail thérapeutique lui-même a un rendement de machine à
vapeur s'il ne s'alimente pas de deux autres types de travail : le travail
que l'équipe fait sur elle-même (formation continue, échanges avec
d'autres équipes françaises ou étrangères, élaboration de projets, prises
de décisions, évaluation des actions en cours, recherche clinique,
théorisation, etc.) et le travail dans la communauté.
C'est ce travail dans la communauté qui constitue depuis
23 ans un des piliers de notre pratique et, avant la lettre, une pratique
des réseaux dans laquelle infirmiers et infirmières ont une place et un
rôle prépondérants. Dans la mesure où nous sommes restés pendant 18 ans
sans lits, nous avons été dans l'obligation, bien sûr, d'utiliser les lits
des autres, ceux du CHS voisin de Mont-de-Marsan d'abord, mais aussi, et
de manière croissante, les lits de médecine de notre propre hôpital
général. Mais nous avons surtout tenté, chaque fois que cela était
possible, de trouver des solutions alternatives à l'hospitalisation, ce
qui ne peut se faire que dans une étroite articulation avec les divers
acteurs de terrain, amenés pour des raisons diverses à collaborer avec
nous: les professionnels somaticiens de notre hôpital au premier chef, les
assistantes sociales des CCAS, du département ou de l'Etat, comme les
assistantes sociales catégorielles, les médecins généralistes, les
psychiatres d'exercice privé, les éducateurs, les magistrats, les
policiers et les gendarmes, les tuteurs, les élus locaux, les associations
de familles et d'usagers, les professionnels des institutions
médico-sociales et ceux de l'hébergement social, les infirmières
d'exercice privé, les aides-ménagères et les travailleuses familiales, les
professionnels du logement, etc.
Ce travail en réseau, même s'il n'est pas ainsi nommé
dans les premiers textes, a toujours été au cœur de la réglementation,
depuis la circulaire fondatrice du secteur jusqu'à la remarquable
circulaire de mars 1990. Ce ne sont que les mauvaises interprétations de
cette réglementation, et les mauvaises pratiques inspirées d'un repli
asilaire ou d'une visée hospitalocentrique, qui font qu'aujourd'hui ce
travail de réseau reste encore globalement bien timoré, comme l'ont prouvé
très clairement le rapport Demay, le rapport Massé, le rapport Lazarus, le
rapport Psychiatrie et grande exclusion et la mission Piel-Minard.
Indépendamment des nombreuses rencontres sur le terrain avec les divers
acteurs que nous avons mentionnés - qu'il s'agisse de réunions de travail
régulières ou de rencontres ponctuelles concernant nos clients communs -,
rencontres qui représentent pour nous le travail en réseau "de fond", les
infirmiers de notre équipe ont participé à la création de réseaux
formalisés, ou ont été à l'initiative de la fondation de certains d'entre
eux.
Le plus ancien est le Réseau Ville-Hôpital
sida-toxicomanie, créé à l'initiative d'un infirmier et du chef du service
des maladies infectieuses de notre hôpital. Il regroupe des médecins
généralistes, des infirmières libérales, des pharmaciens d'officine, des
kinésithérapeutes, des chirurgiens-dentistes, plusieurs services
hospitaliers (dont le pôle de Santé Publique), divers services sociaux et
quelques associations (aide au logement, CHRS, éducateurs de rue, etc.),
le centre méthadone. Il permet d'articuler les rôles de tous dans la lutte
contre le sida et ses complications psychiques et sociales, et contre les
toxicomanies.
Le Réseau d'écoute et de soutien en alcoologie de la
région de Dax a été créé quelques années après par le responsable du
service de gastro-entérologie de l'hôpital, le CCAA et deux infirmiers de
notre service. Y participent des médecins généralistes, un centre privé de
post-cures, des associations néphalistes, des médecins du travail, le
CODES des Landes, les CCAS. Il permet la coordination des diverses actions
concernant les soins et l'aide aux patients alcooliques, et des actions
d'information et de prévention.
Enfin, le réseau Psychiatrie-précarité, créé à
l'initiative de notre secteur, regroupe pour des réunions régulières de
travail et de recherche-action, des associations caritatives (Secours
catholique, Secours populaire, Pain partagé), l'association La Source
(aide médico-éducative aux jeunes sortant de prison, aux SDF et aux
toxicomanes), la Mission locale, la Maison du logement (qui gère CHRS et
hébergement d'urgence), le pôle de santé publique du Centre hospitalier,
le réseau prévention-jeunesse de la CPAM des Landes, le CCAA, les CCAS, et
les services sociaux du département. Ces objectifs sont simples: par un
travail de réflexion commune, de projets communs, faire que nos
concitoyens les plus démunis puissent, à tout moment, faire valoir leurs
droits dans notre agglomération, droits aux soins, au logement, à la
subsistance quotidienne, à l'écoute et au respect.
C'est aussi dans cet esprit d'un travail en réseau que
notre secteur a passé des conventions (durables ou limitées dans le temps
pour des objectifs précis) avec trois CAT, deux foyers d'hébergement, la
Maison du logement et le CHRS, l'association La Source, un service de
suite associatif, l'ADMR (aide à domicile en milieu rural).
On entend dire quelquefois, ici comme ailleurs, que les
infirmiers et les psychiatres, débordés qu'ils sont par la demande, se
doivent de consacrer d'abord leur précieux temps aux malades, et n'ont pas
de temps à perdre à des réunions diverses, surtout si elles ont lieu hors
de leurs lieux habituels de travail (service hospitalier ou CMP). La
pratique des réseaux apprend au contraire que le temps passé dans ce
travail, certes difficile et toujours à reprendre, certes chronophage, est
un temps investi qui fera, à moyen ou long terme, gagner beaucoup de
temps, aujourd'hui perdu du fait de la méconnaissance qu'on a de ceux qui
devraient être nos collaborateurs quotidiens, des incompréhensions et des
conflits qui en résultent, du temps ainsi gâché et des dommages ainsi
infligés à nos clients communs.
Infirmières et infirmiers travaillant en psychiatrie ont
tout à gagner dans ce travail en réseau, pour peu qu'ils se donnent la
peine d'acquérir d'indispensables connaissances, d'exercer leur rôle plein
et entier de thérapeute, leurs missions de réinsertion et de prévention,
et d'abandonner tous les replis frileux sur des fonctionnements asilaires,
liés quelquefois à la paresse mais le plus souvent à de vieilles peurs
entretenues de manière plus ou moins consciente par le système et les
pouvoirs en place, qu'ils soient administratifs, médicaux ... ou
infirmiers !
ANDRÉE HOURDILLÉ *
Cadre infirmier
JEAN-MARIE DARTIGUELONGUE Cadre
infirmier
ALAIN CASTÉRA
Cadre supérieur infirmier
L'INFIRMIER ET LES
ADOLESCENTS
Le travail
en pédo-psychiatrie recouvre un champ très élargi puisqu'il est question
de prendre en charge une population de 0 à 18-21 ans. Le travail de
l'infirmier est ainsi extrêmement varié. Il se spécifie selon les
différentes institutions et formes d'exercice adaptées aux situations
rencontrées: visite à domicile, accueils à temps partiels ou familiaux
thérapeutiques, en hôpital de jour, accueils spécifiques ou consultations
spécialisées... Outre le sanitaire, son exercice se fait en interface avec
les champs et disciplines socio-professionnels auxquels sont référés
l'enfant ou l'adolescent : le social, l'éducatif, le scolaire et le
judiciaire.
Le CCASA est un centre communautaires
d'accueil et de soins pour adolescents de 12 à 20 ans. Il y est proposé,
dans le cadre d'une hospitalisation temps plein, des séjours brefs (de
quelques jours à quelques semaines). Inséré dans la communauté, il
s'inscrit dans le dispositif de réseau du Val de Marne (94). N'assurant
pas le suivi des adolescents en post-crise, tout adolescent doit
préalablement être engagé dans un travail de consultation du secteur, ou
au moins avoir bénéficié d'une évaluation, par un psychiatre, quant à
l'intérêt d'un séjour hospitalier dans le cadre d'un projet de soins
inscrit dans le projet global dont le secteur est le référent.
Dans le contexte d'une hospitalisation, les
infirmiers organisent un espace-temps propice à un travail de soin plus
étendu. Ce dispositif doit faciliter le travail avec la famille comme le
travail thérapeutique de l'adolescent, et permettre l'inscription de
l'ensemble des temps quotidiens dans une fonction d'étayage
multiple.
Ce qui nous intéresse ici est de montrer
comment les médiations à type d'activités et d'ateliers contribuent à
l'évaluation clinique et proposent des interventions thérapeutiques.
Toutes les activités que nous proposons se font en groupe afin de limiter
la stigmatisation. Le travail des soignants sera d'essayer d'extraire de
cette configuration les éléments singuliers qui pourront venir éclairer la
prise en charge individuelle. Nous offrons une palette d'activités en
interne comme sur l'extérieur, obligatoires ou non-obligatoires, mises en
place à partir de la motivation des soignants à les encadrer. Le soignant
est le porteur du désir de faire, la stimulation qu'il exerce sur le
soigné permet d'obtenir ces résultats un terme d'actes et de productions
tangibles. L'objet produit va faciliter un travail de renforcement
narcissique permettant à l'adolescent, qui en fait part ensuite autour de
lui, de réintroduire un lien positif avec son environnement. Chaque
activité possède un cadre suffisamment souple, de façon à ce que
l'adolescent puisse rejouer des situations qui le déterminent à
l'extérieur: activisme, refus ou opposition, suivisme... Les soignants
pourront alors retravailler les positions adoptées par la réassurance,
l'accompagnement, la stimulation. Le conflit qui est réapparu dans ce
cadre rassurant facilitera le travail d'analyse et d'intériorisation des
conflits qui ont amené l'hospitalisation. Le respect de l'expression et du
libre arbitre de l'adolescent dans ses engagements par rapport à ce qui
lui est proposé comme activités extérieures (vélo, piscine, musculation,
sorties à thèmes...) permettra de noter les problématiques anxieuses,
dépressives, phobiques... C'est également dans la possibilité donnée à
l'adolescent de ne pas être occupé qu'il pourra s'aménager des temps de
réflexion, voire de régression. La qualité du contenant thérapeutique dans
lequel l'adolescent rejoue des conflits réside dans la capacité du
soignant à soutenir sa position d'adulte en mettant à distance sa propre
adolescence et devenir porteur d'ouverture et de questionnement. C'est en
quelque sorte une reproduction du contexte familial. Dans la mesure où ils
viennent prouver la validité du faire-ensemble, les activités et les
ateliers seront les supports de conseils auprès des parents et de
l'environnement proche. Nous pourrons par là les aider à surmonter le
négativisme et la rupture des liens, en les incitant à retrouver des
projets communs.
Pour conclure, les médiations sont des offres
de postures que l'adolescent pourra adopter durant son séjour, et
transférer dans ses relations proches. Le consentement aux soins,
recherché avant tout, le déterminera comme acteur de son devenir. La
confrontation à l'obligation de faire, dans la mesure où elle viendra
renforcer sa confiance en lui, l'aidera à surmonter la réalité extérieure.
L'expérience qu'il aura fait d'avoir pu affirmer sa capacité à exprimer
des désirs, contribuera à son affirmation d'exister en tant que sujet. Le
passage au CCASA aura alors permis de franchir une étape vers l'autonomie
et une moindre dépendance. Les activités proposent toutes un cadre
différent, elles possèdent toutes des limites particulières, elles
viennent tisser un canevas qui s'appuie sur un cadre plus large de
régulation groupale. L'ensemble offre des éléments de clinique qui
étayeront le travail thérapeutique et tous les actes de soins quotidiens :
repas, visites familiales, entretiens d'aide, entretiens individuels,
entretiens familiaux ... Nous pensons que la mise en œuvre d'ateliers et
d'activités de médiation est un outil indispensable et particulièrement
approprié à l'établissement d'un cadre thérapeutique, lorsqu'il s'agit de
prendre en charge la souffrance psychique des adolescents.
EQUIPE INFIRMIERE ET *
ÉDUCATIVE DU CCASA
112 rue de Lagny, 93100 Montreuil
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