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2) Le passage d'une prépondérance de l'hôpital
à une prépondérance de l'ambulatoire est considéré comme la disposition
globale nécessaire à la création d'un véritable système de la santé
mentale intégré à la santé générale.
3) Les diverses solutions proposées se doivent
de constituer une vision positive de l'économie politique de la santé et
donc s'inscrire dans une conception citoyenne de la sauvegarde de la santé
de chacun.
Le débat, au sein de la MNASM, a porté sur deux
parties distinctes du rapport : d'une part la psychiatrie dans son
mouvement vers la santé mentale, d'autre part, la place de la santé
mentale dans la société.
Ce numéro spécial de PLURIELS donne l'opinion
de la MNASM sur les moyens d'accompagnement du passage de la psychiatrie à
la santé mentale. Un prochain numéro débattra du nouveau paysage de la
santé mentale, dans le système de santé, et dans la société.
R. Lepoutre *
éditorial
UNE POLITIQUE D'ENSEMBLE
Le mouvement en cours, d'une psychiatrie
solidement ancrée sur la prise en charge des pathologies mentales les plus
lourdes
et les plus invalidantes, et peu préoccupée,
en amont et en aval,
de prévention et de réinsertion,
vers un système de santé mentale "citoyenne"
exige que l'une comme l'autre (et tant la psychiatrie que la santé
mentale) bénéficie d'un plan descriptif plus clair de son objet de ses
métiers et de ses outils. Loin d'un horizon aperçu au bout d'une ligne
droite, le chemin qui va de "la psychiatrie vers la santé mentale" est en
fait constitué d'une multitude de chemins, la psychiatrie,
en tant que dispositif de soins spécialisé,
constituant l'un d'entre eux, parmi d'autres qui doivent être explorés
avec le même souci et la même exigence de programmes précis et évalués,
qu'il s'agisse d'évaluation des besoins, de meilleure intégration d'une
dimension santé mentale dans les soins de santé primaires ou des mesures
concrètes
à mettre en œuvre pour promouvoir le droit des
usagers et de leurs représentants.
Faire sur ces sujets un certain nombre de
propositions structurantes pertinentes, fortes, et accessibles constitue
un des intérêts majeurs du rapport des docteurs
E. Piel et J.L. Roelandt. Redonner une
cohérence d'ensemble, mettre en perspective un abord souvent thématique,
ciblé, de la santé mentale, autant de nécessités qui s'imposent pour
dépasser la situation actuelle, trop souvent perçue comme une sorte de
psychiatrie de liaison généralisée, où le principal, et souvent unique,
exécutant appelé en première ligne, en ordre dispersé, est constitué par
le service public de psychiatrie. Il faut aussi semer des petits cailloux
blancs sur d'autres chemins... sans se perdre. Il s'agit donc bien d'une
politique d'ensemble. Ceci conduit à écarter d'emblée, toute solution,
tout cadre juridique spécifique à la psychiatrie,
qui risquerait d'aller à l'encontre d'une
évolution à l'évidence, globale, celle d'un système de soins vers un
système de santé.
Catherine MARTIN LE RAY *
AVANT PROPOS
Psychiatrie :s'adapter ou
changer de structure
L'organisation de la
psychiatrie, qui doit faire face à une nouvelle demande, plus complexe,
doit-elle seulement s'adapter ou changer structurellement ?
Outre le renforcement de la place des usagers et des
associations de famille, la refonte des formations, et un investissement
conceptuel sur la santé mentale qui doivent faire l'objet de programmes
précis élaborés en articulation avec la réorganisation de la psychiatrie,
cette dernière question, qui constitue la plus grande partie du rapport,
nous inspire les commentaires suivants, notre souci, en tant que Mission
Nationale d'Appui en Santé Mentale, étant de :
- dégager les points de convergence pour obtenir des
résultats applicables et appliqués (acceptabilité maximale),
- dégager les outils les plus opérationnels pour obtenir
des résultats applicables et appliqués (faisabilité maximale).
La question de la réorganisation de la psychiatrie se
résume en une option préalable :
- faut-il créer, ou non, un dispositif spécifique à la
psychiatrie (option du rapport) ?
Ensuite, un choix largement ouvert pour lequel il ne nous
appartient pas de définir les modalités juridiques, mais qui, à notre
sens, doit respecter un certain nombre de principes généraux et de
contraintes :
- ces propositions ne doivent pas ignorer le rôle central
joué par l'hôpital général, davantage par défaut des autres acteurs que
par choix librement consenti,
- pas plus que l'organisation sectorielle de la psychiatrie
depuis 40 ans n'a entraîné dans son sillage le reste de la santé, il
serait illusoire de penser qu'une organisation spécifique à la psychiatrie
aujourd'hui préfigurerait une évolution modélisable pour l'hôpital
général,
- elle ne peut se réaliser (acceptabilité et faisabilité)
qu'en utilisant au maximum les dispositifs déjà mis en place dans le cadre
de la nouvelle loi hospitalière et de la refonte de la Loi de 1975.
L'opinion de la MNASM
1. La question de la santé
mentale et d'une logique communautaire du soin et des actions de
santé
Contrairement
aux apparences, il ne s'agit pas d'un débat théorique et abstrait, réservé
aux seuls initiés, mais d'une réflexion centrale. Car d'un modèle dominant
découlent des conceptualisations, des organisations, des théories et des
pratiques du soin dominantes. En témoignent les réactions d'hostilité
émanant des professionnels (surtout les psychiatres), violentes parfois,
observées par certains d'entre nous lors de la présentation ou suite à la
lecture du rapport. Elle concerne cette vision communautaire globale qui
le parcourt, beaucoup plus que l'énoncé de certains commentaires ou
propositions pourtant assez radicaux. Il faut se souvenir que les
doctrines inaugurales de la politique de secteur prescrivaient une voie de
passage originale, par leur combinaison même, entre la médecine mentale et
la logique communautaire du soin. On peut toutefois se demander si cet
équilibre subtil et nouveau n'a pas été rapidement mis en cause, mais sans
qu'il soit explicitement dénoncé. Est-ce qu'il n'y a pas eu une
assimilation hâtive et sans nuances entre cette approche significativement
psychosociale, contenue en germe dans la doctrine de secteur (mai 68 et
l'anti-psychiatrie) ? Est-ce que cela n'a pas favorisé une sorte de
collusion objective entre le modèle médical préexistant et contesté (la
neuropsychiatrie) et le développement concomitant et indispensable de
l'approche psychodynamique (et son corollaire, la psychothérapie
institutionnelle) dans le service public, laquelle était en quête
d'identité et de reconnaissance à cette époque ? Est-ce que cela n'a pas
servi à mieux refouler un modèle communautaire, au double motif de la
négation supposée du fait psychopathologique et de la dilution
sociologique ? Durant cette période, il est intéressant de remarquer que
le débat intellectuel recouvrait aussi des clivages politiques : les
représentants de la neuropsychiatrie étaient assimilés, à tort ou à
raison, à la droite classique, les psychanalystes et les partisans de la
psychothérapie institutionnelle (comme certains instigateurs de la
politique de secteur proprement dite) étaient plus marqués à gauche et
proches du PCF. L'alternative communautaire de mai 68, remarquable par sa
dimension européenne, était plus caractérisée par des positions ou des
mouvements gauchisants, très attaqués par le PCF. En France,
l'anti-psychiatrie a, semble-t-il, été identifiée à Maud Mannoni,
psychanalyste, et à son école expérimentale de Bonneuil, alors qu'à la
même époque, avec des présupposés très différents, des réseaux alternatifs
à la psychiatrie se constituaient en Italie (Basaglia), en Angleterre, en
Belgique... Pour la plupart, ils étaient très hostiles à l'institution
hospitalière psychiatrique. D'après nous, c'est ce débat qu'ouvrent de
nouveau le questionnement sur la santé mentale et l'approche communautaire
du soin et de la santé, et le rapport Piel-Roelandt, sous une forme
actualisée. De ce point de vue, on peut se demander rétrospectivement si
"la politique de secteur" n'est pas restée le programme officiel, certes
consensuel en apparence, de la plupart des acteurs professionnels et des
pouvoirs publics, mais comme la "ligne du parti", qui peut recouvrir des
politiques et des pratiques ambivalentes, voire très différentes. On
s'aperçoit, en effet, que l'approche psychosociale élargie, même
intégrative, et la remise en question plus radicale de l'institution
hospitalière (cf. certains textes de L. Bonnafé et de Philippe Paumelle)
soulèvent toujours autant de résistances brûlantes. On peut remarquer
également que le développement très significatif des approches
psychothérapiques, s'il a considérablement humanisé, enrichi et augmenté
l'efficacité des pratiques, n'a pas substantiellement modifié la posture
globale du dispositif, à propos duquel beaucoup s'accordent à reconnaître
qu'il reste trop marqué par l'hospitalo-centrisme. Enfin, le
fonctionnement de l'Etat a accordé une importance organisationnelle et
budgétaire prépondérante, pour la psychiatrie, à la Direction des Hôpitaux
par rapport à ses homologues de la Santé et de l'Action Sociale. Ceci a
peu permis de modifier l'équilibre global d'une pratique psychiatrique
maintenue ou revenue subrepticement à ce que lui commandait son "programme
génétique" : la médecine, et exclusivement elle...
Notre constat rejoint ainsi celui des
rapporteurs et de l'OMS à propos de la santé mentale : la santé en général
ne peut se réduire aux soins physiques ou psychiques, ni les séparer, ou
se limiter à l'absence de maladie pour un patient donné, mais doit inclure
les facteurs environnementaux qui la facilitent ou la restreignent, ce qui
comporte le contexte social dans lequel la santé comme équilibre global
peut émerger et se maintenir. Il en est de même pour la santé mentale, qui
ne peut se réduire aux soins médico-psychiatriques ou psychologiques
individuels et à l'absence de troubles, mais doit également inclure
l'environnement familial et social du patient qui constitue un partenaire
et une ressource indispensables pour la prévention, le dépistage précoce,
l'assistance et le traitement des troubles mentaux, sans que cette
approche implique un quelconque réductionnisme sociologique, dilution du
fait psychopathologique(voir note 1, p.3). Ces ressources ont
plus de chances d'être faiblement disponibles à partir de réponses
préférentiellement hospitalières, qui ont pour caractéristique principale,
par leur nature même, de séparer le patient de son milieu. Elles ont plus
de chances d'apparaître et d'être mobilisées au sein du réseau ambulatoire
naturel. Autrement dit, une psychiatrie hospitalo-centrée comporte plus de
probabilités d'être biomédicale, parfois bio-médico-psychologique, plus
rarement biomédico-psycho-sociofamiliale. Une psychiatrie ambulatoire,
accessible dans la Cité et prenant en compte la famille, aura pl-us de
chances de développer une approche globale de la personne (et non
uniquement du Sujet), bio-médico-psycho-socio-familiale. Pour être
totalement juste, notons également que les conditions rappelées ci-dessus
sont favorisantes et non déterminantes.
On peut trouver des pratiques globales,
psycho-socio-familiales, au sein de réponses hospitalières, et des
approches exclusivement médicales dans des interventions ambulatoires.
C'est dans cette conception holistique qui ne sépare pas l'individu de son
environnement et le traite dans et avec sa communauté qu'on passe de la
psychiatrie à la santé mentale.
Les conséquences sont à la fois théoriques,
organisationnelles et pratiques. Elles impliquent donc logiquement et
nécessairement d'assurer la suprématie du virage ambulatoire de la
psychiatrie de façon
définitive(2). (1) Il faut ainsi consacrer définitivement
dans les concepts, les organisations et les pratiques, la fin du dualisme
cartésien qui sépare le corps et l'esprit et leurs médecines respectives,
comme le monisme réducteur à tentation souvent hégémonique des "grandes
théories" : celles du corps à travers le cerveau, dont les neurosciences
sont les représentantes. Elles sont censées véhiculer une espérance
"certaine" de résultats, mais celle-ci est constamment retardée. Cela ne
les empêche nullement d'être fortement respectées sur le plan intellectuel
et budgétaire, du fait de leur statut "scientifique" jamais contesté,
lorsqu'elles sont comparées aux autres. Il en est de même pour des
théories "exclusivement" psychopathologiques, ou encore "purement"
sociales du fait mental et de ses perturbations. Nous avons besoin de
modèles, d'organisations et de pratiques intégratives qui lient, combinent
et font dialoguer constamment tous ces apports. C'est dans cette
interaction constante qu'on retrouve les progrès importants et
incontestables de la discipline. Pour ne prendre qu'un exemple, on est
passé de 300 à 240 jours de durée moyenne de séjour en psychiatrie
hospitalière entre 1950 et 1970, et de 240 jours à 60 jours, de 1970 à
1990. Il est probable que cet effet positif, même s'il est un indicateur
partiel et grossier, relève beaucoup plus de l'élévation du nombre de
psychiatres et de l'impact de la sectorisation (1972) que de la
pharmacologie seule. En effet, tous les neuroleptiques et anti-dépresseurs
majeurs ainsi que la plupart des anxiolytiques efficaces ont été
découverts et rapidement diffusés entre 1952 et 1960. Cette vision
intégrative bio-médico-psycho-socio-familiale est portée davantage par le
métier de médecin psychiatre s'il est correctement formé à cet effet ou
par une équipe multidisciplinaire qui en combine effectivement les
compétences nécessaires.
(2) Rappelons la définition de la santé
mentale proposée par le groupe de travail n°3: "urgences", dans le cadre
de ses réflexions sur l'urgence psychiatrique, et reprise par le groupe
travaillant sur l'offre de soins en psychiatrie (projet de rapport du
groupe de travail DHOS/02/version 1) : ... la notion de santé mentale est
une notion de santé publique qui recouvre un champ bien plus vaste que
celui des pathologies mentales et de la psychiatrie, branche de la
médecine ayant vocation de traiter les dites pathologies mentales. Les
conditions de vie, d'hygiène, de nourriture, de travail sont aussi
largement responsables de l'augmentation de la durée de vie que les
progrès de la médecine.
Aujourd'hui, les pouvoirs publics se
préoccupent de la souffrance psychique, voire de la souffrance morale dans
le cadre de la santé mentale. Ceci implique qu'il y a lieu de distinguer
quelle est la nature des actions à mener et dans quel champ: politique,
social, sanitaire, quels dispositifs et quels professionnels doivent être
mobilisés, ainsi que leur part respective dans ce champ, et comment ils
s'y coordonnent.
Toute souffrance psychique, comme toute
politique de prévention de celle-ci, ne ressort pas nécessairement ou
exclusivement du champ sanitaire, et la prise en charge pourra souvent
être sociale, avec une composante psychologique, voire éducative. Pour ne
donner qu'un exemple, la politique de prévention du suicide ne peut se
traiter, à l'évidence, uniquement dans le champ de la médecine, fût-elle
psychiatrique.
2. Ouvrir la psychiatrie
à des influences
extérieures
Une
partie importante des transformations proviendra de "l'extérieur" de la
psychiatrie. C'est pourquoi nous souscrivons pleinement aux propositions
des rapporteurs concernant le rôle des usagers et de leurs familles. Outre
un progrès dans la démocratie sanitaire, objectif déjà essentiel par
lui-même, leur influence croissante représente un levier majeur et durable
pour les transformations à venir. Il en est de même pour tout ce qui
concerne la formation, l'enseignement et la recherche, et l'information et
la communication en général. Par contre, le développement d'une culture
d'évaluation nous semble, également, complètement indispensable et, de ce
point de vue, nous ne partageons pas l'avis péjoratif des rapporteurs
concernant le PMSI, qui nous semble représenter un pas important dans
cette direction. Nous partageons par contre l'idée de la nécessité d'un
débat politique national créant les conditions d'émergence et de
définition d'une action claire et soutenue, fortement accompagnée par les
administrations, les professionnels et les usagers, susceptibles d'en
décliner loco-régionalement les différentes solutions acceptables,
conformes aux principes généraux.
3. Peut-on œuvrer à des
transformations importantes sans "revisiter" le concept de secteur
?
Un
autre point important concerne le secteur comme territoire pertinent et
comme mode d'organisation. La mission confiée aux rapporteurs s'inscrit
clairement dans cette référence, même si l'on peut argumenter subtilement
que "mener la politique de sectorisation psychiatrique à son terme"
contient, littéralement, une allusion sous-jacente à son dépassement.
On peut comprendre le souci de ne pas heurter
frontalement les principaux acteurs du champ et de s'inscrire dans la
continuité d'une politique soutenue consensuellement par une majorité
d'entre eux, en reconnaissant également que ce consensus recouvre des
attitudes très contradictoires, comportant à la fois la revendication de
la continuité (parfois sous la forme d'un retour à un supposé "âge d'or"
du secteur) et d'une évolution forte. Pour autant, aucune transformation
ne nous paraît devoir faire l'impasse sur la réflexion à propos de la
place du secteur. Si ce concept demeure essentiel en tant qu'il se réfère
à des principes de proximité-accessibilité, de continuité des soins et de
travail communautaire, il importe aujourd'hui de ne plus l'appréhender
comme un dispositif monopolistique et hégémonique susceptible de tout
garantir à lui tout seul, ce qui pouvait se comprendre au début des années
soixante, tant le secteur privé était inexistant et le cloisonnement
majeur entre la psychiatrie, la médecine et la société en général. Si le
secteur psychiatrique public continue dans la plupart des cas de jouer un
rôle déterminant dans la promotion et dans la mise en œuvre d'une
politique locale de santé mentale, il réussira d'autant plus dans cette
fonction qu'il intègrera ou mieux, articulera avec lui (et non autour de
lui), de façon non hégémonique, toute une série d'acteurs publics et
privés, individuels, collectifs, institutionnels, issus des réseaux
naturels socio-familiaux, sanitaires généraux ou spécialisés. C'est donc
l'induction que peut susciter l'activité sectorielle, mais pas seulement
elle, d'un mode souple de concertation et de complémentarité entre des
dispositifs variés, en vue de garantir la cohérence continue des filières
de prévention, de soins et de réadaptation, qui fonde le fonctionnement du
secteur, et non le caractère géographique de son offre. Ce n'est pas
seulement la révision de frontières, même élargies, qui permet d'atteindre
cet objectif, mais le changement de mentalité des acteurs. "Mener la
politique de sectorisation à son terme" ne fera donc pas passer ipso facto
de la "psychiatrie à la santé mentale".
Un autre point à considérer concerne la taille
critique du territoire lui-même. Certes, une assise territoriale
d'activité suffisamment limitée est indispensable, à la fois pour désigner
la responsabilité, même si elle est partielle, d'acteurs identifiés sur un
territoire donné, et également afin de maintenir pour tous les réseaux
susceptibles d'être constitués autour de patients une taille humaine
compatible avec une relation personnelle et effective des impliqués ainsi
qu'avec l'exigence d'accessibilité optimale d'une offre diversifiée. Mais
en même temps, on rappellera à quel point la taille critique d'un
territoire pour 70 000 habitants, adapté à la France semi-urbaine stable
des années soixante, n'est pas congruente avec la France urbaine et plus
instable des années deux mille, en même temps qu'elle encourage fortement
la fragmentation de l'offre, les féodalités sanitaires, la captivité de
certaines clientèles et l'absence de libre choix. De plus, on observera
que, dès que l'on veut dépasser l'offre en termes de structure pour
réfléchir davantage en termes de finalités ou de programmes identifiables,
dotables et évaluables, conditions modernes de l'existence d'une offre
diversifiée et graduée, la taille critique d'un secteur standard est trop
petite pour faire apparaître autre chose qu'une activité généraliste, et
non l'interaction entre les ressources affectées et les résultats attendus
et observés ou non. Il en est de même pour la mise en œuvre d'actions de
formation, seules susceptibles de faire émerger ou d'acquérir les
compétences/
savoir-faire indispensables pour ces programmes, de façon à trouver le nécessaire équilibre adapté entre des actions de santé mentale polyvalentes et celles au bénéfice de clientèles ou de thèmes plus spécifiques. Il est donc crucial de passer d'une culture,
d'un territoire et d'un mode
d'organisation uni ou mono-sectoriels à des équivalents fortement inter ou supra-sectoriels, ce qui pose la question d'une redéfinition d'un territoire pertinent pour des activités de santé mentale.
4. Existe-t-il un
"territoire pertinent" ?
Les
dispositifs actuels comportent de nombreux niveaux institutionnels :
région, département, commune, arrondissement, secteur sanitaire,
établissement de santé, secteur de psychiatrie... et, depuis peu, dans le
cadre de l'élaboration du SROS de deuxième génération, des bassins de vie.
Chacun de ces niveaux entraîne une appréhension des besoins et une
élaboration des réponses qui décrit une "réalité" spécifique et pousse à
promouvoir ses intérêts propres. Chacun d'entre eux possède également ses
défauts et ses limites puisqu'il est plus ou moins susceptible d'être
appelé à contribuer à la mobilisation en vue de constituer un réseau de
soins psychiatriques gradué, de l'urgence (amont) aux soins de
réadaptation (aval). Comment ne pas souligner que la notion de niveau,
donc de découpage, induit des féodalités? La tentation est alors grande de
vouloir inscrire les coopérations nécessaires dans des liens obligés
vouant toute démarche partenariale à l'échec. Nous avons vu également que
le niveau territorial des secteurs de psychiatrie paraît souvent étroit,
tant du point de vue géodémographique, pour la mise en mouvement des
acteurs, que pour la taille critique nécessaire à certaines activités
particulières ou à des actions thématiques ou programmatiques. Il suscite
de fortes réserves émanant de la psychiatrie libérale comme du champ
associatif. Le niveau inter-institutionnel des établissements, également
indispensable, comporte, pour l'élaboration de coopérations et la mise en
œuvre de leurs objectifs, le risque de privilégier des stratégies globales
centrées sur les institutions elles-mêmes et sur des enjeux exclusivement
internes, se traduisant par des neutralisations réciproques, limitant
l'ouverture sur l'extérieur non institutionnel (les acteurs individuels)
et des pseudo-partenariats attentistes. Se situer au niveau de la région
et des départements, celui des décideurs de la planification, de
l'allocation budgétaire et de l'organisation de l'offre de soins, comporte
en revanche le risque de se trouver trop éloigné des acteurs de terrain
qui, pour schématiser quelque peu, peuvent ne pas se sentir forcément
engagés, voire même concernés par la dimension inévitablement
macrosanitaire du schéma régional. Les professionnels rencontrés au sein
des instances régionales et départementales exercent plutôt en qualité
d'acteurs institutionnels et/ou d'experts. Ce sont les raisons pour
lesquelles nous proposons une réflexion organisationnelle autour de
bassins d'activités en santé mentale, superposables aux bassins de vie,
niveau appréhendé et reconnu plutôt que juridiquement ou
administrativement créé, dont la taille et les modalités de coopération
interne peuvent varier en fonction du contexte locorégional. Il s'agit
d'une option délibérément inter-institutionnelle, mais ne s'y réduisant
pas, envisagée à partir de la cartographie hiérarchisée des SAU, et formée
autour de la zone géodémographique constituant le bassin d'attraction de
l'hôpital général de référence. Ce critère permet d'appréhender des
territoires cohérents captant bien les habitudes de vie et de soins de la
population, ce qui peut impliquer des périmètres différents. Cela n'annule
pas les principes d'organisation sectorielle du travail de la psychiatrie
publique, mais cela les englobe dans les lieux de résidence, les zones
d'attraction d'un espace urbain dense et interconnecté ou au contraire
rural, dans la prise en compte des bassins d'emploi (à la fois diffus et
regroupés), ce qui implique un abord intégratif et, au minimum, des
groupements d'activité sectorielle.
On peut donner comme exemple les grandes zones
urbaines denses qui possèdent une respiration géo-démographique au
quotidien très particulière, ce qui accroît encore la complexité de
l'approche en termes de Santé Publique. La superposition des découpages
administratifs et sanitaires augmente le nombre des clés d'entrée de
l'analyse. Cette complexité est accrue par le nombre des structures, leurs
différences de taille, de finalités et de régimes juridiques. Si l'on
prend l'exemple de Paris, le secteur privé à but lucratif est pratiquement
absent pour l'hospitalisation alors que sa capacité de consultation est
importante. Le secteur privé associatif sans but lucratif a développé une
multiplicité de structures, particulièrement des hôpitaux de jour, dont la
taille apparaît réduite. Cette densité du dispositif augmente l'opacité de
l'offre et son manque de lisibilité externe, notamment pour l'usager. A
l'intérieur de telles complexités, il revient à l'ensemble des acteurs
institutionnels et professionnels de contribuer à l'établissement d'un
réseau de filières de soins graduées, de l'urgence aux prises en charge au
long cours, et de participer à des actions de Santé Publique définies par
programme, en s'appuyant sur une assise de connaissances mutuelles, de
concertation et d'élaboration qui incluent l'ensemble des acteurs
concourant à la santé mentale, dans une fonctionnalité le plus souvent
déconnectée en partie ou en totalité de l'aire traditionnelle
d'intervention du ou des établissements auxquels sont rattachés les
secteurs. Dans ce contexte d'élaboration collective, tant les secteurs que
les autres structures concernées peuvent et doivent être sollicités en vue
d'organiser le croisement d'une offre de soins structurée, à partir du
concept central de Santé publique, autour de territoires à desservir
(secteurs, intersecteurs, etc.) et de prises en charge plus focalisées qui
expriment également la réalité et la nécessité d'une offre diversifiée et
pour partie thématique.
5. Faut-il créer un outil de
gestion spécifique ?
Un tel
dispositif est proposé en partie par les rapporteurs pour garantir le
maintien des moyens affectés à la psychiatrie, souvent "spoliés" au
bénéfice du MCO, surtout lorsque les secteurs psychiatriques sont gérés
par un hôpital général. Cet état de fait a constitué une entrave à une
bonne intégration de la psychiatrie à l'hôpital général quand, de
surcroît, les secteurs qui lui étaient rattachés étaient moins bien dotés
que ceux gérés par les CHS.
Pour autant, la solution proposée apparaît contradictoire
avec la notion de pleine intégration de la psychiatrie au dispositif
général de soins, dans une convergence pourtant rappelée vers le droit
commun. Ce n'est pas en organisant activement un dispositif susceptible
d'être clivé et
jaloux de son autonomie que l'on peut raisonnablement espérer que les somaticiens cesseront de considérer l'organisation de la psychiatrie comme une "terre étrangère" et, à fortiori, favoriseront les articulations qui s'imposent pour répondre à des besoins souvent multiformes et intriqués. Cette proposition du rapport ne prend pas suffisamment en compte le rôle central joué par l'hôpital général, davantage il est vrai par défaut des autres acteurs (manque d'implication de la médecine générale, insuffisance des réseaux) que par choix librement consenti. Le maintien des moyens est déjà possible avec la comptabilité analytique (avec un tableau des effectifs pour que les tutelles puissent effectuer les contrôles nécessaires). Lorsque ceux-ci sont réellement effectués, avec des consignes claires, les outils déjà existants (contrats d'objectifs et de moyens, développement de pôles, etc.) devraient répondre à ce souci. Par ailleurs, la logique imposée par le PMSI oblige à isoler chaque année, dans les centres hospitaliers gérant des secteurs de psychiatrie, les moyens consacrés à la psychiatrie. La voie de la contractualisation nous semble davantage opératoire pour garantir la pérennité, si elle se justifie, de l'allocation de moyens au bénéfice du dispositif de santé mentale, quelle que soit l'entité chargée de sa gestion. En s'appuyant sur une analyse historique contestable selon
laquelle c'est le rattachement à l'hôpital général et lui seul qui y a
freiné le développement du secteur, les rapporteurs constatent la
prééminence du dispositif hospitalier (spécialisé et général) limitant le
développement d'une santé mentale communautaire, ce qui est une réalité.
Indépendamment de la question des moyens dont le redéploiement autorise la
création de structures et l'émergence de politiques alternatives, la
logique actuelle reste effectivement hospitalocentrée.
Le changement proposé de l'équilibre du dispositif
hospitalier au profit d'une véritable suprématie de l'action communautaire
ne peut qu'être approuvé, et les travaux de la MNASM abondent dans ce
sens. Dans de nombreux rapports sur site auxquels elle a contribué figure,
sur le modèle proposé, la création d'une instance de coopération (SIH ou
GIP) afin de développer des programmes d'actions intersectoriels au profit
de populations, de thématiques ou de zones géographiques avec, à chaque
fois, le regret de ne pas y voir affecté davantage de compétences.
Néanmoins, le principe généralisé de la gestion de la santé
mentale, confiée à un EPS nommé service territorial de psychiatrie, peut
être compris comme un retour, ou son risque par dérive, à la
spécialisation des institutions avec, pour conséquence, la fin d'une
participation organique, par les hôpitaux généraux, à la politique de
santé mentale. Or cette participation demeure, malgré les difficultés
constatées, un élément dynamisant et intégratif. Les établissements
hospitaliers qui ont vécu et favorisé le métissage de la psychiatrie
confrontée aux autres disciplines médicales, témoignent des progrès
accomplis en matière d'urgence, de dépistage précoce, de prévention du
suicide, etc., ce d'autant plus que ces tâches ont été accomplies par le
même établissement et avec la même communauté médicale.
L'histoire montre que la spécification des institutions
sanitaires demeure souvent accompagnée d'une dévalorisation que les
lazarets ou les sanatoriums ont connue. Même les Centres de Lutte contre
le Cancer n'échappent pas totalement à cette logique. Et l'on voit mal
comment les EPS, successeurs des asiles, pourraient échapper à l'image
négative qui s'attache aujourd'hui à ce type d'institution.
Le rapport propose un triumvirat où se côtoient un directeur
médecin, un directeur administratif et un directeur des services de soins
infirmiers. S'il est évident que ces professionnels doivent travailler
ensemble, on voit naître la tentation du retour au médecin-directeur
assisté d'un directeur administratif, à l'image des hôpitaux PSPH. Dans le
rapport présenté, l'un des reproches majeurs concerne la gestion des
secteurs par les directions hospitalières. Or, les hôpitaux les plus
ouverts aux changements sont ceux où le directeur s'est engagé pleinement
aux côtés des médecins.
Faut-il continuer à despécifier la psychiatrie ou au
contraire la respécifier pour éviter une dilution des moyens ? Le STP,
dont le souci principal concerne une approche plus classique des malades,
et qui est moins marqué par les champs nouveaux de la santé mentale,
apparaît en rupture avec la logique du rapport. Certes, l'inadéquation de
l'offre aux besoins, (pas uniquement en termes géographiques, mais
également de modes de réponse) est soulignée, et la fin du "tout
sanitaire" ou du "tout pour le sanitaire", comme de l'hospitalocentrisme,
est proposée, au nom d'une exigence de meilleure prise en charge, au
meilleur coût et pour une plus grande transparence. Mais les questions
concernant la psychiatrie sont-elles si différentes aujourd'hui que dans
les années soixante?
Le secteur comme spécificité de la psychiatrie par rapport au reste de la médecine représente une valeur et une revendication communes, vécues par beaucoup de professionnels du champ comme une distinctive garantie d'indépendance, pour ne pas dire d'autonomie. La psychiatrie à l'hôpital général, la psychiatrie de liaison et surtout "les politiques ciblées", ne peuvent être perçues comme antagonistes d'une politique de secteur. Le modèle hospitalier classique est donc critiquable et critiqué. Mais on ne peut pas à la fois relever que le secteur "idéal", dans une pratique qui n'est pas coupée de son contexte social, constitue un modèle, y compris pour le reste de la Santé, et engager la psychiatrie vers un fonctionnement éloigné d'un tel idéal. L'évolution doit être conjointe et s'enrichir mutuellement de ce que chacun apporte pour parvenir à une politique de Santé globale. Mais de quelle politique s'agit-il ? On en revient à cette question, avec la certitude que seule une politique d'ensemble prime. Comment faire pour minimiser les réactions d'autodéfense qui bloquent l'évolution ? C'est tout le problème. Le malade mental est un malade comme un autre. La santé mentale n'est pas le seul domaine sanitaire où le problème du consentement peut se poser, où la société a le devoir de se protéger et où certaines affections sont chroniques etc. Mais si l'on veut que le malade mental soit effectivement un malade comme un autre, il faut que ses soins soient assurés, comme pour les autres, par des soignants comme les autres, au sein d'organisations comme les autres (ceci vaut aussi pour l'indistinction, préconisée dans le rapport, entre l'organisation des soins somatiques et psychiatriques au bénéfice des détenus). Une idée simple et un axe clair s'imposent : tout ce qui va dans ce sens est à promouvoir, tout ce qui s'en éloigne est à rejeter (la déclinaison en termes opérationnels est infinie). Même si le réseau territorial de santé mentale est proposé en vue de regrouper l'ensemble des partenaires concernés et d'élaborer un projet territorial de santé mentale (déclinaison des politiques sanitaires, médico-sociales et sociales en santé mentale, définies au niveau national, régional et départemental), la situation actuelle est déjà suffisamment complexe pour ne pas ajouter un niveau supplémentaire d'organisation ni un nouvel outil de décision. Elle n'empêche pas non plus les évolutions intégratives fortes qui sont nécessaires. Lorsqu'on connaît la tendance spontanée des organisations à se bureaucratiser et à se fermer sur ellesmêmes, on peut craindre qu'il n'en soit de même avec le RTSM. Dans ce cas on courrait donc le risque, malgré les bonnes intentions, de recréer un nouveau dispositif spécialisé, certes ouvert sur les secteurs social et médico-social, mais peu enclin, du fait de la pesanteur de sa spécification, à poursuivre son articulation (et sa co-évolution) avec le dispositif sanitaire de droit commun et surtout l'hôpital général, alors que de nombreuses raisons techniques et socioculturelles militent en faveur de ce rapprochement. Rappelons que l'argument principal de cette option réside dans le souci de maintenir des moyens de la psychiatrie par une organisation spécifique plutôt que par la force de sa légitimité, même si l'on peut comprendre ces craintes à partir de l'héritage du passé. A l'opposé, si le RTSM se montre pleinement articulé et
co-évolutif avec le dispositif sanitaire de droit commun, cela
justifierait d'aller jusqu'au bout de la transformation radicale de
l'ensemble du dispositif sanitaire et médico-social, sous l'influence de
contraintes fortes de Santé Publique amenant une complémentarité entre les
activités psychiatriques et non psychiatriques, entre l'offre
institutionnelle et ambulatoire, entre les secteurs public et privé, entre
les réseaux sanitaires, médico-social et social (Agences Régionales de
Santé, voire de Santé et du Social, nouvelle organisation fédérée autour
du bassin de Santé ou de la Conférence sanitaire de Secteur). Une telle
transformation impliquerait l'existence d'une période de transition longue
et susciterait des résistances politiques fortes (du fait de la
"quasi-nationalisation", par une telle mise en réseau contraignante, de
l'ensemble des dispositifs sanitaire, médico-social, voire social). Même
si l'on ne peut écarter une telle évolution en raison de la pression
constante à rationaliser tous les dispositifs qui concourent à la santé
pour mieux en contenir l'inflation des dépenses, une telle transformation,
dans le meilleur des cas, ne peut émerger que comme un processus lent et
un aboutissement, et n'est guère plausible comme préalable. Notre
expérience de terrain tend à montrer que l'articulation entre les
dispositifs sanitaire, médico-social et social n'appelle pas une assemblée
importante et ingérable. Leur séparation de droit et de fait ne stérilise
pas, aujourd'hui, les tentatives de rapprochement en exigeant d'emblée un
niveau organisationnel nouveau et spécifique. Les solutions (par ailleurs
indispensables et urgentes) passent plus par un système de type "guichet
unique", d'actualité pour d'autres sujets, et par la coordination des
acteurs (modification de la Loi de 1975, rapprochement Santé-Justice,
politique de la ville, etc.) ainsi que par l'établissement d'une
planification convergente sinon conjointe entre l'État, l'Assurance
Maladie et les collectivités locales. La logique de réseau, nécessaire
désormais à une approche complexe (au sens d'Edgar Morin et d'Henri Atlan)
des soins et de la santé doit, pour pouvoir réussir, être encouragée et
accompagnée par une évolution homologue des grands acteurs
institutionnels, administratifs et de planification au niveau
loco-régional et certainement aussi, par une articulation au minimum
transversale des administrations de l'Etat concourant à la médecine, la
santé et l'action sociale. Faute de quoi, et c'est ce qu'on observe
effectivement sur le terrain dans de nombreux cas, l'exigence croissante
de décloisonnement des niveaux local et du patient rencontrera le
cloisonnement institutionnel maintenu (exemple : les sources de
financement), ce qui amoindrira nettement l'adéquation et donc
l'efficacité des réponses.
6. Un enjeu majeur et un
levier incontournable :
la place de l'hospitalisation
temps plein par rapport au reste du dispositif
Nous sommes bien
entendu pleinement en accord avec les rapporteurs pour considérer que le
processus de désintitutionnalisation reste, en France, partiellement
inachevé. La réussite de son approfondissement constitue un défi majeur si
l'on veut en obtenir la plus grande partie des moyens nécessaires à
l'accomplissement d'un véritable virage en faveur de l'activité
ambulatoire. En même temps, force est de constater qu'en zone urbaine la
pression sur les lits temps plein n'a jamais été aussi forte. Les taux
d'occupation augmentent et tendent à se saturer, et le nombre de
primo-admissions croît d'année en année, ce qui est en rupture avec la
période des années soixante jusqu'au début des années quatre vingt dix. Si
rien n'est fait pour analyser et corriger ce phénomène, la pression
conjointe des professionnels et des familles, parfois des usagers,
suscitera et obtiendra
la création de lits temps plein supplémentaires, ce qui augmentera d'autant la part, déjà excessive, de l'hospitalisation au sein du dispositif global et réduira proportionnellement, et peut-être définitivement, la possibilité de transférer des moyens dans la communauté. C'est pourquoi cette question est un enjeu prioritaire. Une partie du problème concerne le changement évolutif des pratiques touchant le recours à l'hospitalisation, processus influencé par la formation des acteurs et inscrit dans une temporalité longue. Il en est de même pour la demande des familles et des usagers, qui s'accroît régulièrement et ne bénéficie pas en général de réponses alternatives à l'hospitalisation. Comme n'importe quel autre malade lorsqu'il en exprime le choix, celui qui présente une souffrance psychique se trouve en général mieux hors de l'hôpital qu'à l'intérieur. Cette règle, constamment ressassée par les associations d'usagers, doit pouvoir s'appliquer et l'hospitalisation, toutes les fois où c'est possible, doit devenir l'exception. Le temps est venu depuis longtemps de renverser la charge de la preuve et de demander la justification d'une hospitalisation prolongée, d'un nombre de lits supérieur à la moyenne etc., de ne plus maintenir par principe des moyens proportionnels au volume de l'hospitalisation. Enfin, on remarquera (ceci est vérifié par notre pratique empirique de terrain ainsi que par l'enquête HID/DREES/ 2001) que le nombre de séjours "inadéquats" en psychiatrie, un jour donné, représente peu ou prou 25% de l'ensemble des lits temps plein occupés. Même dans une évaluation basse, cela représente près de 15 000 patients. S'ils sortaient tous dans des conditions correctes et réussies, ils libéreraient, sur la base d'une DMS d'un mois, une capacité pour 180 000 admissions annuelles. L'idée générale est qu'il doit exister suffisamment de capacité d'amont et d'aval pour réserver l'hospitalisation temps plein aux patients aigus nécessitant des soins intensifs 24h/24 d'une certaine durée, faute de quoi la saturation actuelle des lits observée en zone urbaine se maintiendra ou s'aggravera. Plutôt que de parler de moratoire des admissions ou de fermeture des hôpitaux psychiatriques, il vaudrait mieux évoquer la mise en œuvre d'une politique ambitieuse d'alternatives par l'ouverture de places. Autrement dit, le dépérissement souhaitable des hôpitaux psychiatriques, en particulier de ceux éloignés de leur zone de desserte, devrait être nécessairement précédé et accompagné de mesures fortes et durables qui contiennent les besoins en hospitalisation plein temps : * MESURES EN AMONT, par l'ouverture de lits de courte durée
à l'hôpital général, (dans la communauté ou au sein d'une structure
psychiatrique si elle est située dans sa zone de desserte), par une
optique ambitieuse d'alternative à l'hospitalisation et par une politique
active de l'urgence et de la crise, hospitalière comme ambulatoire, dans
le but de filtrer les admissions en amont. Ceci est en accord avec les
préconisations des rapporteurs (centres d'accueil intersectoriels associés
à des équipes mobiles 24h/24). Ce centre d'accueil intersectoriel (CAI)
doit allier la mise en œuvre de réponses intensives et de durée brève (au
maximum 72 heures) et la possibilité d'une observation ou d'un traitement
initial sous contrainte juridiquement simplifié (les rapporteurs
préconisent l'application du rapport Strohl) afin de permettre la mise en
œuvre d'une réforme adéquate de la Loi du 27 juin 1990. En même temps, le
CAI est un instrument précieux pour ouvrir l'hôpital général au travail de
crise et non plus au tri et à l'orientation brève et aussi favoriser
l'accueil et la prise en charge davantage déstigmatisée de la psychiatrie
aiguë. Pour qu'il ne soit pas qu'une zone de dégagement par les urgences
des patients perturbateurs, ce centre doit être au carrefour d'un certain
nombre d'interventions coordonnant les disciplines médicales par la
psychiatrie de liaison, la psychiatrie ambulatoire et les urgences, et le
travail social ou médico-social effectué à l'hôpital. Un cahier des
charges, réglant les critères d'inclusion et d'exclusion des patients, les
droits et devoirs de l'ensemble des partenaires impliqués, les questions
organisationnelles, hiérarchiques, financières et budgétaires ainsi que le
traitement des informations, doit être clairement établi afin que
l'ensemble des interventions de la psychiatrie à l'hôpital général forme
un tout cohérent, qui évite les actions en ordre dispersé. Un autre enjeu
important concerne la localisation de tels centres :
- ils peuvent être situés à l'hôpital général (bien des
arguments y conduisent), mais actuellement ce dernier n'est souvent pas
prêt, fonctionnellement, architecturalement et/ou "psychologiquement",
d'où la nécessité d'une période de transition. Cela soulève par ailleurs
la question de sélectionner exclusivement les SAU parmi ces hôpitaux
d'implantation, pour limiter la dissémination de réponses très
consommatrices en temps médical. Mais en même temps cette stratégie de
concentration de telles réponses n'est pas sans risques (pour la sécurité
par exemple).
- la localisation peut être "au choix" mais, dans ce cas,
elle privilégiera dans les faits une implantation dans les structures
psychiatriques, qui accueillent déjà des patients aigus, et renforcera de
nouveau la stigmatisation de la réponse au lieu de la banaliser. D'où la
nécessité d'un échéancier et d'un aboutissement clairs : implantation à
l'hôpital général, près des services d'urgence. Cette proposition ne doit
pas être vécue comme une machine de guerre contre l'hôpital général mais
comme la reconnaissance de sa place réelle, dont le caractère central
témoigne davantage des dysfonctionnements de notre système de soins que de
principes d'organisations cohérents. De ce même point de vue, il semble
difficile de développer des organisations multiples, voire parallèles. Les
interventions à domicile ne peuvent être découplées du SAMU, des centres
d'accueil de 72 heures, ni dissociées des urgences ou encore des cliniques
hors Centre Hospitalier général. Là encore, pour limiter une consommation
excessive en temps médical, une astreinte médicale mobile multi-sites
pourra être envisagée, si elle est compatible avec le niveau
d'encadrement, l'activité et les distances. Reconnaître la juste place de
l'hôpital au sein d'ensembles d'activités plus vastes ne doit pas conduire
à sa négation. Cette intégration est indispensable si l'on veut faire
prévaloir la santé communautaire, autrement dit les besoins des
utilisateurs sur les intérêts seuls des professionnels et des
institutions. Si l'on adopte ce point de vue très volontariste, la santé
mentale, loin d'être une organisation particulière, peut, en intégrant
pleinement l'hôpital général, préfigurer une nouvelle organisation des
soins dont l'hôpital ne constituerait plus le pivot ni même le pilote,
mais l'un des éléments.
* MESURES EN AVAL, par l'ouverture et la prise en charge de
places médico-sociales et sociales de longue durée dans la communauté, ce
qui évitera au segment hospitalier de "bouchonner". On évitera ainsi le
dysfonctionnement majeur qui consiste à rendre l'accès à l'hôpital
difficile pour les patient aigus qui le nécessitent absolument et de façon
urgente, tandis que de nombreux patients y séjournent de façon nettement
moins indispensable. En même temps, on remarquera l'extrême difficulté,
pour n'importe quel dispositif hospitalier, de créer ces places en les
finançant intégralement et en se modernisant simultanément, de
façon forcément très coûteuse.
7. Renforcer le dispositif
ambulatoire, mais pour faire quoi ?
Les précautions à prendre
L'existence d'un réseau ambulatoire fort répond à deux impérieuses
nécessités. La première tient au fait que l'essentiel de l'évolution de la
discipline se situe depuis une cinquantaine d'années au sein du processus
de désinstitutionnalisation. Rappelons que celui-ci correspond à un
gigantesque transfert de la charge du soin des professionnels et de
l'hôpital vers la communauté et la famille, et qu'il doit être massivement
accompagné et soutenu par les professionnels pour réussir. L'existence
d'un tel réseau ambulatoire fort, accessible, fiable et prévisible,
persistant et diversifié, correspond donc au cœur des besoins constamment
exprimés par les usagers et leurs familles. Toutes les fois où, en France
et dans les autres pays, la désinstitutionnalisation s'est réduite à une
déshospitalisation, on a vu se développer le phénomène de judiciarisation
des malades mentaux, de porte tournante hospitalière, d'errance des
patients les plus exclus, et de maintien ou d'augmentation de la capacité
hospitalière. Le virage ambulatoire réalise donc l'une des réponses aux
besoins les plus importants et la condition majeure de réussite et de
consolidation de la désinstitutionnalisation (dont on a vu qu'elle créait
aussi les conditions propices à un transfert de ressources de l'hôpital
vers la communauté). La deuxième raison, nous l'avons déjà évoquée, tient
au fait que la posture ambulatoire prédominante de l'offre crée les
conditions nécessaires (mais non suffisantes) d'une approche plus ouverte
vers la santé mentale.
Si l'on ne peut qu'approuver la
proposition, très fortement restructurante, d'affecter plus de ressources
à l'activité ambulatoire qu'à l'offre hospitalière, elle doit être vue
comme un aboutissement et respecter des délais (rappelons qu'un
prélèvement annuel de "simplement" 2 à 3% sur un budget hospitalier peut
mettre un établissement en grande difficulté ou créer des problèmes
sociaux graves). Cette répartition peut constituer un objectif-cible afin
de traduire dans les faits un réel déplacement du centre de gravité de
l'hospitalisation plein-temps vers le Centre Médico Psychologique, pivot
et quartier général du dispositif ambulatoire. Mais une telle évolution
devra s'accompagner de la promotion et de la mise en œuvre de "programmes
de base" sectoriels (et supra-sectoriels), dans la communauté, identifiés,
dotés et évalués, privilégiant le savoir-faire et la mobilité des
professionnels. Faute de quoi l'augmentation des ressources ambulatoires
se traduira par la demande et la prolifération parfois peu évaluée de
nouveaux CMP-CATTP et hôpitaux de jour, la logique d'équipement prenant le
pas, comme souvent, sur une logique d'objectifs ou de finalités.
8. A propos du
financement
Il
nous paraît logique que le financement nécessaire provienne en grande
partie des gains de productivité hospitalière ou d'une réduction de
capacité. Mais celle-ci, dans le meilleur des cas, ne pourra être obtenue
qu'à terme, si les pratiques et des incitations fortes le permettent, en
espérant endiguer la progression des admissions hospitalières dans les
zones urbaines (plus de 50% en dix ans), en rupture avec la période des
années quatre-vingt, et au prix de la création de lits et places d'amont
et d'aval. Simultanément, de nombreuses structures hospitalières devront
se rénover ou se délocaliser en tenant compte de la mise aux normes de
plus en plus exigeantes et coûteuses. L'hôpital pourra-t-il entreprendre
un tel programme et financer en même temps le quadruplement des ressources
du dispositif ambulatoire ? Ne serait-il pas plus logique de revoir le
financement de l'ambulatoire à partir de ressources nouvelles ou par le
biais d'une avance sur investissement, en attendant la rationalisation
espérée du dispositif hospitalier, dont on sait toutefois que le retour
peut-être aléatoire ?
De nombreuses réformes préconisées par le
rapport, que nous approuvons, peuvent être entreprises et mises en œuvre
sans changer la réglementation et l'organisation actuelles. On ne peut
affirmer que le coût final (80% des dépenses sont liées au personnel) sera
nettement supérieur au coût actuel du fonctionnement de la psychiatrie
générale au sein du dispositif national de psychiatrie. Par contre la
remise à niveau de la psychiatrie infanto-juvénile et le développement
d'une véritable psychiatrie en milieu pénitentiaire nécessiteront des
ressources additionnelles significatives. Dans l'idéal, on devrait arriver
à transférer une partie notable du personnel hospitalier dans la
communauté au profit, du travail ambulatoire. Le problème de faisabilité
financière principal concernera le surcoût important de
transformation-transition, qui devra être financé au préalable, soit par
des ressources nouvelles, soit par une avance sur investissement. Ce
surcoût s'explique par la nécessité de création par anticipation des
centres d'accueil intersectoriel et des équipes mobiles ainsi que des
places médico-sociales et sociales pour les "sortants" de la psychiatrie,
faute de quoi aucune modernisation hospitalière ne pourra réussir et donc
aucune ressource ne pourra en être dégagée de façon significative
(3). Il faut y rajouter le coût simultané des rénovations
institutionnelles nécessaires et des délocalisations définitives, le coût
social des transferts de personnel et de la perte d'activité des sites
psychiatriques restructurés, le coût de formation nettement accru pour
toutes les catégories de personnel pendant une certaine durée, celui du
changement dans l'équilibre des métiers dans le poids de la rémunération
consécutive. Ceci implique une avance significative sur investissement
dont on sait que le retour n'est jamais garanti même s'il doit être
clairement contractualisé. Enfin, une telle politique devra garantir
l'affectation intégrale à l'activité ambulatoire des recettes prélevées
sur la partie hospitalière du dispositif.
(3) Deux options sont possibles à cet égard :
l'une consiste à respecter l'aspect régionalisé de cette modernisation
hospitalière, en laissant chaque région maîtresse de la forme, du rythme,
du lieu et des modalités de financement des transformations. L'autre
consiste à englober les 120 CHS principalement concernés dans un vaste
plan national de restructuration. Chacune des stratégies présente des
avantages et des inconvénients.
9. Des propositions
organisationnelles limitées mais structurantes
Si nous
retenons, avec les rapporteurs, l'importance du débat national et de
l'engagement du politique, le développement de l'influence des usagers et
des familles, de la formation des acteurs, de l'évaluation et de la
communication, le levier pratique principal concerne le financement
préalable de la forte structuration d'amont et d'aval du dispositif
hospitalier, pour en contenir le périmètre à des conditions acceptables,
seule susceptible d'amorcer le transfert d'une partie notable des
ressources vers l'activité ambulatoire.
Un premier outil concerne l'articulation en réseau des
administrations centrales de l'Etat au sein des Ministères de la Santé, de
l'Emploi et de la Solidarité, en renforçant le développement continu des
actions transversales concernées par la santé mentale. Une cellule
opérationnelle consultative nationale, constituée de représentants des
administrations centrales transversalisées, des administrations
régionales, de professionnels et de représentants d'usagers, pourrait
servir d'appui technique et stratégique aux administrations régionales.
(Commission des Maladies Mentales revue et corrigée, MNASM plus comité de
pilotage revue et corrigée, Comité Consultatif National de Santé Mentale
revu et corrigé, etc.).
Un autre outil concerne l'articulation en réseau des
administrations régionales et départementales autour des Agences
Régionales de l'Hospitalisation.
Une cellule opérationnelle consultative régionale à visée
méthodologique et de synthèse, à l'initiative et sous couvert de l'Agence
Régionale de l'Hospitalisation, pourrait être chargée d'aider à piloter
les multiples travaux nécessaires à l'application d'un SROS désormais
unifié mais identifiant, sans le spécifier comme niveau d'organisation de
décision, un volet santé mentale, d'en suivre et d'en accompagner la
réalisation, afin de maintenir une vision régionale.
Une méthode générale consisterait à faciliter tous les modes
de coopérations, informels et formels (SIH, GIP, synchronisation de
contrats d'objectifs et de moyens, conventions...), entre tous les acteurs
privés et publics, psychiatriques et non psychiatriques, individuels,
institutionnels et administratifs concourant à la santé mentale, sans
faire de cette, formalisation un but en soi. Une lettre régionale pourrait
être régulièrement adressée à l'ensemble des professionnels concernés et
aux usagers, dans un souci d'information et d'échange des expériences.
Ceci permettrait de recevoir une information actualisée sur la politique
suivie, les réalisations et la nature des projets en cours.
L'évaluation de la mise en œuvre du SROS commence par celle
du respect du calendrier établi et des procédures et moyens mis en œuvre à
propos des objectifs poursuivis, et les mesures de l'impact escompté sur
la santé de la population.
Ce comité régional de suivi du SROS pourrait être composé
de représentants des établissements de santé publics, privés et
associatifs, mais aussi de la psychiatrie libérale et des usagers. Il
serait le lieu de concertation pour répartir les tâches évoquées ci-dessus
et analyser les raisons des éventuelles difficultés rencontrées, comme
structurer les informations et les échanges avec les représentations
institutionnelles nécessaires.
Dans le cadre des bassins d'activité en santé mentale
pourrait être constituée une commission consultative composée de
représentants de niveaux multiples, émanation des CDSM. Dans ces
commissions seraient définis les plans de travail à suivre pour appliquer
toutes les dispositions du SROS. Les conditions selon lesquelles devront
être menées les négociations entre des établissements de santé destinés à
développer des complémentarités seraient alors proposées, après débat au
sein de la commission(4).
Un dernier outil concerne la responsabilisation et le
management des acteurs. On ne peut les mobiliser qu'en s'appuyant sur leur
motivation de soignants, par l'élaboration et la mise en œuvre coopérative
et articulée de référentiels d'objectifs et d'actions auxquels ils
contribuent, dans le cadre géo-démographique le permettant. Alors qu'il
semble difficile de mobiliser les équipes autour du seul enjeu économique,
le devoir de s'organiser collectivement en vue de la mise en œuvre d'un
dispositif local de santé mentale se présente différemment.
Une telle responsabilisation implique la clarté à propos des
contraintes établissant le champ des possibles pour chacun des bassins
d'activités de santé mentale : allocations et transferts de ressources
notamment (mais formulés sous forme de nombre de postes médicaux et
non-médicaux, et pas seulement de données financières), doivent être
indiqués clairement pour permettre aux acteurs de "réfléchir avec", de ne
pas demeurer dans l'hypothèque globale de toute nouvelle perspective ou au
contraire dans l'évitement de tout engagement ou de toute participation,
souhaité comme aussi prolongé que possible.
Il peut être adressé à tous les médecins assurant une
responsabilité institutionnelle de premier plan ainsi qu'aux chefs
d'établissement, une lettre d'objectifs portant sur la pleine
participation de chacun et sur le calendrier. On peut envisager également
la constitution temporaire de binômes médico-administratifs, chargés de
mission par bassins d'activités. Ces derniers, de manière évidente,
devront travailler étroitement avec l'organisation de leur bassin
d'activité en santé mentale.
(4) La multiplication du nombre de
commissions consultatives, souvent peu opérationnelles ou parfois même non
réunies malgré les préconisations réglementaires (conseil local de
secteur, CDSM), pose des problèmes de confusion et de déperdition
d'énergie, et en définitive de simplification sous couvert des ARH.
L'OMS et la santé mentale
L'OMS
exhorte à développer une politique de santé mentale fondée sur les soins
dans la communauté.
Selon l'agence Reuters, l'organisation
mondiale de la santé (OMS) exhorte les gouvernements à développer une
politique de santé mentale, fondée sur des soins dans la communauté, dans
son rapport 2001 sur la santé dans le monde, rendu public le 4 octobre
2001.
Le rapport, sous-titré "Nouvelles
conceptions, nouveaux espoirs" souligne que des "solutions abordables"
sont possibles pour améliorer la prise en charge des troubles mentaux et
neurologiques.
"Chaque pays, quelles que soient ses
ressources, peut faire quelque chose pour améliorer la santé mentale de sa
population. Il a simplement besoin de courage et de s'engager à prendre
les mesures nécessaires", estime l'OMS.
Les pays "doivent (...) se tourner vers
les soins communautaires et intégrer la santé mentale dans les soins de
santé primaires et le système général de santé", en évitant d'avoir
recours aux "grands établissements spécialisés".
L'OMS recommande une formation des
médecins généralistes à la psychiatrie, soulignant que plusieurs pays en
développement (Afrique du Sud, Brésil, Colombie, Iran, Inde, Pakistan,
Malaisie, Nigéria) ont développé cette approche.
Elle cite aussi, du côté des pays
riches, l'exemple de l'Australie qui, en 5 ans (1993-1998) a diminué le
nombre de lits en institutions psychiatriques de 42%, a augmenté de 34% le
nombre de lits d'urgence dans les hôpitaux généraux et a augmenté la part
des soins communautaires de 29 à 46%.
Le rapport se montre très critique
envers les soins en hôpitaux psychiatriques fermés, qui "entraînent une
perte des aptitudes sociales, des contraintes et une discipline
excessives, la dépendance, la dépersonnalisation et des possibilités
réduites en réadaptation".
Au final, ils "ne représentent plus la
meilleure option pour les malades et leur famille" et "vont également
souvent de pair avec la violation des droits de l'homme".
L'OMS recommande une transition en
douceur, avec, parallèlement à un abandon des grands établissements
psychiatriques, la mise en place d'alternatives de soins
communautaires.
Ce schéma est très proche de celui
préconisé pour la France par les psychiatres Eric Piel et Jean-Luc
Roelandt, lui-même expert auprès de l'OMS pour la santé mentale, notent
les observateurs.
Trois scénarios de
transition
Le rapport propose 3 scénarios d'action,
suivant la situation initiale du pays.
Pour les pays pauvres ou aux ressources
très limitées, tout le personnel de santé doit être formé, les médicaments
essentiels doivent être disponibles dans toutes les structures de
santé.
Pour les pays aux ressources modestes,
les hôpitaux psychiatriques de type carcéral doivent être fermés et les
soins de santé mentale doivent être intégrés dans les soins
généraux.
Pour les pays les plus riches, la prise
en charge doit être améliorée au niveau des soins primaires, l'accès aux
nouveaux médicaments doit être facilité et les structures de soins
communautaires avec une prise en charge à 100 % doivent être mises en
place.
450 millions de personnes
souffrant de pathologies mentales
Une personne sur quatre présente un ou
plusieurs troubles mentaux ou du comportement, au cours de sa vie, dans
les pays développés comme dans ceux en développement, souligne l'OMS dans
son rapport.
Environ 450 millions de personnes
souffrent actuellement de ces pathologies, dont 121 millions de
dépression, 70 millions de dépendance alcoolique, 50 millions d'épilepsie
et 24 millions de schizophrénie. Les tentatives de suicide concernent
chaque année 10 à 20 millions de personnes, dont 1 million parviennent à
mettre fin à leurs jours.
L'OMS a passé en revue la dépression, la
schizophrénie, la maladie d'Alzheimer, l'épilepsie, le retard mental, les
troubles liés à l'utilisation de substances psychoactives (tabac, alcool,
opioïdes, cannabis, hypnotiques, cocaïne, hallucinogènes, solvants
volatils) et les troubles de l'enfance et de l'adolescence (dyslexie,
autisme, troubles déficitaires de l'attention, troubles des conduites,
troubles émotionnels).
"Il existe des traitements mais près des
deux tiers des personnes, que l'on sait souffrir d'une pathologie mentale,
ne vont jamais se faire soigner auprès d'un professionnel de la santé", en
raison du rejet social et de la discrimination, les deux entraînant des
négligences.
L'OMS souligne qu'un traitement adéquat
permet de "vivre des vies productives", même dans le cas de maladies
chroniques ou de longue durée.
"Les rechutes peuvent disparaître pour
plus de 80% des schizophrènes après un an de traitement par des
neuroleptiques associés à une intervention familiale. Il est possible, de
guérir jusqu'à 60% des cas de dépression en associant judicieusement les
antidépresseurs et la psychothérapie. Près de 70% des épileptiques n'ont
plus de crises une fois qu'ils sont traités avec des anticonvulsivants
simples et peu onéreux".
Un nombre limité de médicaments
suffisent à traiter la majorité des troubles mentaux, souligne l'OMS. "De
nombreuses spécialités arrivent en fin de période de protection conférée
par leur brevet, ce qui offre aux pays en développement la possibilité
d'accéder à des marques génériques moins coûteuses".
Pourtant, environ 25% des pays ne
disposent pas des trois médicaments les plus couramment prescrits pour
traiter l'a schizophrénie, la dépression et l'épilepsie au niveau des
soins de santé primaires.
L'OMS a lancé en 2000 une cartographie
des ressources pour la santé mentale dans le monde (191 pays), baptisée
Atlas. Le premier recueil de données, d'octobre 2000 à mars 2001, est
disponible sur 185 pays.
Actuellement, 40% des pays n'ont pas
explicitement de politique de santé mentale, 33% n'ont pas de programme,
33% n'ont pas de politique traitant spécifiquement de la drogue ou de
l'alcool. Budgétairement, 33% des pays signalent ne pas avoir de poste
spécifique "santé mentale" dans le budget de la santé, 33% affectent moins
de 1% de leur budget public pour la santé à la santé mentale et le dernier
tiers y consacre moins de 5%.
L'OMS recommande aussi de mener des
campagnes de sensibilisation sur la santé mentale, d'associer les
communautés, les familles et les consommateurs à l'élaboration des
politiques, d'adopter une législation au niveau national spécifique à la
santé mentale, de développer les ressources humaines et de soutenir la
recherche. *
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